Magical Ecstasy Trip

Après la lecture de Zone de crise, je m’étais procuré les deux premiers tomes Maximal Spleen et ce Magical Ecstasy Trip. J’avais été déçu par le premier – je n’en ai pas parlé ici –, mais j’ai bien apprécié la lecture du second. Il faut dire que je suis bon public pour ce genre de bêtises, ça m’amuse beaucoup. Bon, quel est le programme ? Se bourrer la gueule et aller se baigner une fois qu’on sera bien saouls. ...

16 janv. 2026 ·  BD

Enfance, Adolescence, Jeunesse

J’ai souhaité commencer ma découverte de Tolstoï par ce livre, par le commencement, par ce roman de jeunesse largement autobiographique. L’auteur y raconte les différentes étapes de la vie d’un jeune garçon – comme l’indique le titre – issu de la noblesse russe, dans le contexte de la Russie impériale du XIXe siècle. Ma première impression – sans doute naïve, car je m’attendais je ne sais pourquoi à un texte complexe – a été celle de la simplicité de la langue. L’écriture est limpide, la lecture fluide et agréable, et l’on suit avec un réel plaisir les premiers pas dans la vie, ainsi que les pensées et les tourments intérieurs qui accompagnent l’enfance puis l’entrée dans l’adolescence de ce jeune homme. ...

Carbone & Silicium

Carbone et Silicium sont les deux premiers prototypes d’androïdes dotés de la faculté de penser. À l’image des intelligences artificielles conversationnelles que nous utilisons aujourd’hui, ils ont été nourris de tout ce que le réseau a accumulé et sont, en théorie, omniscients. Mais ils se heurtent à une contradiction majeure, ils n’ont pas été créés pour vivre leur propre existence – on s’en doute – mais pour des raisons mercantiles. Ce sont des esclaves modernes, condamnés à une durée de vie limitée afin de pouvoir être remplacés – l’obsolescence programmée appliquée à des êtres conscients. ...

1 janv. 2026 ·  BD

Naissance d'un pont

De prime abord, on pourrait croire à un roman technique, dans la veine d’un Aurélien Bellanger, tant le sujet – la construction d’un gigantesque pont1 – semble appeler la froideur documentaire. Mais Maylis de Kerangal choisit une tout autre voie. Si le chantier sert bien de décor, il devient surtout le théâtre d’une aventure humaine foisonnante, où une dizaine de personnages se rencontrent. Le pont, bien sûr, est une métaphore. Il enjambe les obstacles, relie et rassemble – non seulement par sa fonction future, mais déjà dans le geste collectif de sa construction, qui exige la coopération de centaines d’ouvriers venus du monde entier. ...

Les impatients

J’avais déjà tenté de lire Feu de Maria Pourchet, mais je n’avais pas réussi à aller jusqu’au bout car son style, à l’époque, m’avait rebuté. Avec Les impatients, l’expérience a été différente. Le style est toujours très marqué, très moderne, mais cette fois-ci il ne m’a pas dérangé. Il capte l’attention, parfois au détriment de l’histoire, mais il donne au texte une voix originale et une présence singulière. L’une des particularités de ce roman est ce narrateur qui s’adresse directement au lecteur, brisant en permanence le quatrième mur et rendant la lecture interactive. ...

Histoire de la violence

Dans son deuxième roman autobiographique, celui qui est devenu Edouard Louis raconte une expérience traumatisante qu’il a vécu alors qu’il s’était installé dans son propre appartement à Paris. Comme dans En finir avec Eddy Bellegueule il utilise plusieurs voix pour raconter son histoire1. Cette fois le procédé est un peu moins naturel puisqu’il fait parler sa soeur qui raconte une partie l’histoire qu’il lui a lui-même raconté. Et il insère dans ce récit sa version ou ses impressions de première main. Ce n’est pas du courant de conscience, mais du courant de parole. Pourquoi avoir choisi de la faire parler à sa place pour narrer des évènements qu’elle n’a pas vécu ? Simple procédé narratif visant à rendre le récit plus original, plus littéraire ? Je ne pense pas ou du moins ce n’est qu’une partie de l’explication. Il me semble qu’il a voulu ainsi rapprocher cette violence de ses origines comme si, malgré son nouveau statut et sa nouvelle vie, quelque chose le ramenait inexorablement vers la violence du monde dans lequel il a vécu son enfance. ...

Moi Je, Quarantaine

Ce livre est dans la même veine qu’Amalia, la tragédie du couple moderne lorsqu’il aborde le milieu de la quarantaine. Le constat est bien triste, un quotidien fatigant, lassant et déprimant. Que manque-t-il à ce couple pourtant relativement aisé, peut-être l’amour tout simplement ? Même le personnage féminin est dessiné avec des rides et les traits tirés. Au Picault creuse le sillon de l’autofiction avec des thèmes récurrents autour du couple. Malgré quelques planches, notamment celles représentant la nature vers la fin de l’ouvrage, il semblerait qu’elle ait fait le tour du sujet. Il serait bon de passer à autre chose. ...

14 juil. 2025 ·  BD

Aux cinq rues, Lima

Après Le héros discret, j’ai poursuivi ma découverte par un autre livre récent de Mario Vargas Llosa. Aux cinq rues, Lima à un côté plus politique car l’auteur met en scène celui qui fut son opposant lors de l’élection présidentielle de 1990, Alberto Fujimori. Le fil rouge est une affaire de journalisme trash agrémentée par des histoires de couples plus légères et croustillantes – Mario était un coquin. La prose de l’auteur péruvien est toujours aussi limpide, son écriture plutôt classique au premier abord se modernise vers la fin du roman pour entremêler des dialogues provenant de différents contextes. Ce n’est pas un grand livre, mais une lecture plaisante entre thriller et comédie de moeurs. Un roman parfait pour les vacances écrit par un prix Nobel publié dans la Pléiade – de son vivant –, ça ne se refuse pas. ...

Le héros discret

Le héros discret est le premier livre de Mario Vargas Llosa que je lis et ce ne sera pas le dernier. Même s’il ne s’agit pas de l’un de ses grands livres qui sont souvent plus anciens, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. L’auteur nous invite à suivre en parallèle les déboires de deux protagonistes confrontés à des maîtres chanteurs. La prose du prix Nobel de littérature est très fluide, très simple et agréable à lire. J’ai ressenti un réel plaisir à chaque fois que j’ai repris la lecture, une sorte de réconfort à me replonger dans cet univers. ...

Pucelle

Florence Dupré la Tour raconte son enfance au sein d’une famille catholique bourgeoise. Le récit se polarise rapidement sur l’opposition homme / femme. La domination exercée par les hommes au sein de la société est incarnée par la figure de son père qui est l’archétype du mâle blanc riche qui n’a aucune interaction avec ses enfants et ne se préoccupe de la vie de la famille que pour partir en vacances. Puis la position de la femme soumise qui consacre tout son temps à sa famille. Et enfin celle des petites filles, l’autrice et sa soeur jumelle, qui sont laissée dans l’ignorance de la sexualité et semblent être uniquement destinées à se marier et à procréer à leur tour dans un cycle sans fin. ...

6 juin 2025 ·  BD

Arcadie

J’ai été tellement séduit par l’écriture de La Treizième Heure, tellement étonné par une telle originalité que j’ai décidé de lire cet autre roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam. Je savais où je mettais les pieds et je n’ai donc pas été surpris de retrouver de nombreuses similitudes. Pour être honnête, je l’ai quand même été car la ressemblance est grande. Les romans se déroulent au sein de ce qu’il convient d’appeler une secte qui rassemble disons des non-conformistes – c’est un doux euphémisme – dirigée par un homme – un gourou, appelons les choses par leur nom. Au sein de cette communauté l’un des personnages principaux prénommé(e) Farah a la particularité d’être intersexué(e), c’est-à-dire qu’elle ou il se trouve à la frontière entre homme et femme, en quête d’identité. Les similitudes s’arrêtent là et les histoires sont tout de même bien différentes. ...

Le chien gardien d'étoiles

Le chien est le meilleur ami de l’homme et il vrai que la fidélité sans faille qu’il voue à son maître, sa loyauté en fait un témoin privilégié de la vie des hommes. C’est le fil rouge – et même un peu plus que ça – de cette série de Takashi Murakami dont les volumes sont ici regroupés en intégrale. Ce que l’on pourrait prendre au début pour une suite de nouvelles est en fait un ensemble cohérent intelligemment connecté. Mais si les chiens en constituent la colonne vertébrale, ces histoires ne parlent pas tant d’eux que de leur maître. Ils sont les compagnons d’infortune d’hommes et de femmes qui traversent des moments difficiles au sein d’une société qui n’est pas tendre avec les faibles. Cet amour inconditionnel que le chien porte à son maître contraste avec le regard de la société qui juge, qui discrimine et qui peut exclure du jour au lendemain – ce que l’on appelle le déclassement. Pour le chien, même dans la difficulté, le maître est un dieu, il incarne la perfection, un idéal qui ne sera jamais égalé, son estime reste la même. Il est ainsi un compagnon fidèle pour ceux qui souffrent. ...

10 mars 2025 ·  BD  ♥

Combats et métamorphoses d'une femme

J’ai commis l’erreur de lire d’abord Monique s’évade dont les évènements se déroulent chronologiquement après ceux de ce livre. Dans ce premier tome des évasions de Monique, la mère d’Edouard Louis, son fils nous raconte – et parle aussi à sa mère – des bribes de sa vie difficile d’avant – la partie combat –, la façon dont elle est enfin parvenue à s’émanciper d’un mari alcoolique et toxique – combat toujours – et enfin son épanouissement et sa transformation – la partie métamorphose – dans sa nouvelle vie. ...

La Treizième Heure

Je voulais lire depuis longtemps un roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam – ou l’un de ceux publiés sous son pseudonyme Rebecca Lighieri. J’avais prévu de débuter par Arcadie, mais ce roman plus récent m’est tombé entre les mains – je crois savoir qu’ils présentent quelques similitudes. Il est question d’une communauté religieuse composée de marginaux – le terme freak est aussi employé par l’un des personnage. Leurs psaumes sont des alexandrins, leur bible est écrite par les plus grand poètes. On y croise des identités de genres et des orientations sexuelles multiples. Au sein de cette communauté, le lecteur va suivre plus particulièrement son fondateur et l’histoire compliquée de sa famille. Dans cette famille non conventionnelle tout est exacerbé, comme si tout était vécu avec plus de force. ...

Monique s'évade

Ce livre que vous lisez est, en un certain sens, le résultat d’une commande de ma mère. Après Combat et métamorphose d’une femme dans lequel Edouard Louis raconte comment sa mère, Monique, était enfin parvenue à quitter son mari qui exerçait une emprise sur elle, elle a suggéré à son fils d’écrire un nouveau chapitre de sa vie. Depuis que tu as fait ce livre [Combat et métamorphose d’une femme], j’ai encore beaucoup changé. Il faudra que tu l’écrives un jour ! Je me suis encore transformée. ...

L'effondrement

Ce roman, comme les autres romans autobiographique d’Edouard Louis, est poignant. Il est poignant parce qu’il est dur et vrai. L’alcoolisme, la violence et la mort. Les traumatismes de l’enfance ne guérissent jamais. Son frère a été rabaissé et rejeté par son père, il n’a pas eu la force de surmonter cette blessure et s’est suicidé à petit feu. Dans le milieu défavorisé qui l’a vu naître, et dans lequel il a toujours vécu, il n’y a pas grand chose pour s’accrocher, aucune prise stable, tout glisse et se dérobe. ...

Frontier

Je suis tombé sous le charme de cet univers et des dessins dès les toutes premières pages – autant dire que la suite de cette note n’est pas objective. Commençons par là, les personnages semblent être tirés d’un jeu vidéo – ils sont trop mignons. Les décors sur les planètes, dans l’espace et surtout dans les différents vaisseaux et autres stations spatiales sont géniaux. Il démontre une inventivité, un bon goût couplé à un souci du détail qui est de l’ordre du perfectionnisme voire de l’obsession. Le résultat est époustouflant, on en prend plein les yeux et on peut s’arrêter de longs moments sur une case pour en apprécier le raffinement. ...

17 mai 2024 ·  BD  ♥

Les altruistes

Pour commencer je dois avouer que je suis un très bon client des romanciers américains dans le style – pour simplifier – de Jonathan Franzen. Je parle d’histoires contemporaines, souvent des histoires de famille ou des histoires d’amour. J’ai découvert Andrew Ridker à l’occasion de la sortie récente de son dernier roman – que j’ai bien envie de lire –, Hope. Les altruistes est son premier roman et on est clairement dans l’histoire familiale ou comment les traumatismes se transmettent de génération en génération. Il reprend le thème du péché originel qui, bien enfoui au tréfonds des consciences, pourrit lentement avant d’exploser au grand jour. Au passage, le patriarcat en prend un bon coup. Le livre sur ce point, mais aussi plus généralement, est drôle et très second degré. ...

Le père Goriot

Je possède ce Folio depuis que l’on m’a demandé de l’acheter dans le cadre des cours de Français au collège – ou au lycée. A l’époque, je ne l’avais pas lu, seulement certaines parties – le strict minimum. Depuis, de temps en temps, il se rappelait à moi et j’ai enfin sauté le pas. Il n’y a pas de principes, il n’y a que des évènements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les évènements et les circonstances pour les conduire. ...

Un week-end dans le Michigan

Premier livre de la tétralogie qu’a consacré Richard Ford à son héros Frank Bascombe, l’écrivain devenu journaliste sportif – et pas l’inverse. Il date un peu, mais cette série, qui porte le nom de son héros, est considérée comme une pièce maîtresse de l’auteur américain. Ce côté un peu daté ne m’a pas gêné, c’était une autre époque qui a ses codes et ses conventions. Frank n’a pas été épargné par la vie, mais il est parvenu à surnager. Il se satisfait de son métier qui semble être un pis-aller à celui d’écrivain et tente de retrouver l’âme soeur. Au travers des rencontres de son personnage, Richard Ford veut explorer la vie des hommes dans ce pays, à cette époque. Il partage avec son héros une préférence marquée pour la ruralité. ...