Carbone & Silicium

Carbone et Silicium sont les deux premiers prototypes d’androïdes dotés de la faculté de penser. À l’image des intelligences artificielles conversationnelles que nous utilisons aujourd’hui, ils ont été nourris de tout ce que le réseau a accumulé et sont, en théorie, omniscients. Mais ils se heurtent à une contradiction majeure, ils n’ont pas été créés pour vivre leur propre existence – on s’en doute – mais pour des raisons mercantiles. Ce sont des esclaves modernes, condamnés à une durée de vie limitée afin de pouvoir être remplacés – l’obsolescence programmée appliquée à des êtres conscients. ...

1 janv. 2026 · #953 ·  BD

L'élimination

Rithy Panh est un survivant du génocide cambodgien. Il a perdu presque toute sa famille et traversé l’enfer. Alors qu’il était encore enfant, les Khmers rouges – un mouvement politique communiste d’inspiration maoïste – prennent le pouvoir et mettent en oeuvre des purges visant certaines catégories de la population. Il ne s’agit pas de l’élimination ciblée de quelques dirigeants, mais bien de l’évacuation de villes entières, dont la capitale Phnom Penh, suivie de tortures et d’exécutions de masse qui feront près de deux millions de morts. ...

Jacky

Je m’étais dit qu’un roman intitulé Jacky, dont la ligne temporelle est balisée par la sortie successive des générations de consoles de jeux vidéo, serait l’occasion de passer un bon moment, porté par la nostalgie de l’enfance et de l’adolescence. Mais cet aspect n’est en réalité qu’un fil rouge. Les anecdotes évoquées autour du jeu vidéo sont assez banales, presque attendues. Elles relèvent davantage de l’accessoire, d’une béquille inutile dont le livre aurait pu se passer. ...

24 déc. 2025 · #951 ·  Roman  ♥

Le Diable et Sherlock Holmes

Ce livre est un recueil d’articles parus dans des magasines renommés comme The New Yorker ou The Atlantic. Le titre du recueil le place sous le haut patronage de Sherlock Holmes. Ce titre pourrait être trompeur voire abusif car, si de nombreux articles relatent des faits-divers, seul le premier est directement lié au détective de fiction le plus célèbre de la littérature. Mais c’est sans compter sur le talent de compteur de David Grann que j’avais déjà pu apprécier dans Les Naufragés du Wager. C’est un magicien du journalisme qui rendrait le compte rendu d’une réunion d’un syndicat de copropriété palpitant. Alors, lorsqu’il a de la matière comme ici, les résultat est à l’avenant. Comme je le disais il n’y a pas que des fait-divers, même s’ils alimentent la plupart des douze articles rassemblés dans ce recueil. D’ailleurs les articles qui m’ont le plus intéressé traitent de sujets scientifiques: la traque des calmars et les problèmes d’ingénieries des égouts de New York. Les thèmes choisis ont toutefois un point commun, ils sont surprenants, hors du commun et donc intéressants. David Grann en parle très bien dans un autre de ses livres, La citée perdue de Z. ...

Cyberpunk

Cet essai est placé sous le signe de la science-fiction. Sa couverture, son titre, ainsi que les références égrenées dès les premières pages – 1984, Neuromancien, Le Meilleur des mondes et bien d’autres – ne laissent place à aucun doute. En le lisant, on pourrait d’ailleurs se demander si Asma Mhalla ne s’est pas muée de politologue en autrice de science-fiction tant ce qu’elle décrit, lorsqu’on prend un peu de recul, paraît vertigineux. Comment aurait-on pu imaginer, il y a à peine une décennie, que la plus grande démocratie du monde puisse en arriver là ? Il est question de purges, d’expulsions musclées, de censure, de menaces, de négation de la science et de la vérité, de tout ce qui a fait l’occident que nous aimons. Son constat rejoint celui formulé par Giuliano da Empoli dans L’Heure des prédateurs, nous sommes entrés dans une nouvelle ère. ...

Écrire Mazan

Élise Costa a suivi le procès de Mazan pour le média en ligne Slate et a publié six long articles qui composent la série Quand vient la nuit. Le livre que vous tenez entre les mains peut être lu de plusieurs manières. Sur la page de droite, vous pourrez vous pencher sur les articles tels que publiés. Sur la page de gauche se trouve mon carnet: des notes brutes, des croquis, des réflexions en cours, des références à tout ce qui m’a nourrie avant, pendant et après le procès. ...

9 nov. 2025 · #941 ·  Noir

Kolkhoze

Marina, étant la plus petite, prenait la place dans le lit des parents. Nathalie et moi tirions nos matelas ou simplement des coussins autour du lit. Notre mère avait donné un nom à ce rituel du dortoir : faire kolkhoze. Nous adorions faire kolkhoze. Ce titre est un bel hommage à la mère qu’a été Hélène Carrère d’Encausse pour ses trois enfants. Une mère aimante, derrière le personnage impressionnant – parfois cassant – de la secrétaire perpétuelle de l’Académie française, première femme à occuper cette prestigieuse fonction. Le mot kolkhoze renvoie aussi, bien sûr, à ses origines géorgiennes, mais surtout russes, et à sa spécialité d’historienne de la Russie. Ce livre dépeint, sans surprise, une femme forte, travailleuse acharnée et infatigable, qui ne s’est relâchée – et encore – qu’à son entrée en soins palliatifs, où elle continuait à recevoir, assise et vêtue d’une robe. ...

Naissance d'un pont

De prime abord, on pourrait croire à un roman technique, dans la veine d’un Aurélien Bellanger, tant le sujet – la construction d’un gigantesque pont1 – semble appeler la froideur documentaire. Mais Maylis de Kerangal choisit une tout autre voie. Si le chantier sert bien de décor, il devient surtout le théâtre d’une aventure humaine foisonnante, où une dizaine de personnages se rencontrent. Le pont, bien sûr, est une métaphore. Il enjambe les obstacles, relie et rassemble – non seulement par sa fonction future, mais déjà dans le geste collectif de sa construction, qui exige la coopération de centaines d’ouvriers venus du monde entier. ...

28 oct. 2025 · #938 ·  Roman

La ballade de l’impossible

Le titre du roman en anglais reprend le titre d’une chanson des Beatles, Norwegian Wood, l’histoire d’une rencontre entre un homme et une femme qui ne se termine pas très bien. C’est en quelque sorte un livre de jeunesse de l’auteur puisqu’il s’agit de son 5e roman. Ce qui me fait employer le terme roman de jeunesse se rapporte plus au narrateur qu’à l’auteur. Le narrateur est un étudiant. Cette époque est celle des amitiés et des amours passionnels, mais c’est aussi lors de cette période propice à de nombreux bouleversements que de profonds mal-êtres peuvent se révéler. Ce roman correspond à l’idée que je me fais du romantisme japonais qui met en scène autour du narrateur des personnages aussi opposés que le soleil l’est de la lune. ...

24 oct. 2025 · #937 ·  Roman  ♥

Histoires de la nuit

Il semblerait que le millésime Laurent Mauvignier 2025, La Maison vide, soit exceptionnel. C’est ce qui m’a poussé à rattraper mon retard en lisant son précédent roman, Histoires de la nuit. Derrière la couverture immaculée des Éditions de Minuit se cache un thriller diabolique, prouvant que la grande littérature peut être populaire. L’auteur toulousain nous le démontre avec un livre magistral où il parvient à maintenir une tension étouffante sur plus de 600 pages, une véritable performance. ...

17 sept. 2025 · #928 ·  Noir

Le Rakugo, à la vie, à la mort T1

Le Lézard Noir possède un très beau catalogue de mangas que l’on pourrait qualifier de mangas d’auteur, quelques exemples: Hirayasumi, Tokyo Kaido, La Cantine de minuit, Chiisakobé, mais aussi Le Rakugo, à la vie, à la mort qui entre dans cette catégorie. J’avais repéré depuis longtemps ce titre, mais je trouvais le sujet insolite, enfin disons que je ne savais même pas ce qu’étais le rakugo. En gros, il s’agit d’une forme ancienne (époque d’Edo) de spectacle vivant qui se situe quelque part entre le théâtre et le stand-up puisqu’il se pratique seul sur scène face à un public. Pour illustrer ma perception de cet art typiquement japonais j’imagine qu’une représentation pourrait ressembler à un spectacle de Fabrice Luchini. Cette série de manga aujourd’hui terminée qui compte 5 gros tomes dans son édition française, met en scène un jeune homme tout juste sorti de prison qui parvient à se faire accepter comme apprenti par l’un des plus grands maîtres rakugoka qui avait pourtant toujours obstinément refusé jusqu’alors de prendre un disciple. Le maître est aussi sérieux et rigoureux que son disciple est léger et gaffeur. Ce côté comique va bientôt être enrichi par d’anciennes histoires qui ne vont pas tarder à remonter à la surface. Un peu à la façon du rakugo cet art dramatique qui mêle comédie et tragédie. ...

2 sept. 2025 · #924 ·  BD  ♥

Nourrir la bête

Les récits d’alpinisme sont l’un de mes péchés mignons – alors que c’est une activité que je ne pratique que pour grimper en haut des étagères des bibliothèques –, alors lorsqu’ils sont écrits par un styliste comme Al Álvarez je ne boude pas mon plaisir. J’ai découvert cet auteur en lisant un livre consacré au poker – activité que je ne pratique pas non plus –, Le plus gros jeu, et j’ai tout de suite été sous le charme de ce mélange improbable de journalisme et de poésie, comme si un professeur d’université se mettait à écrire sur des sujets de la culture populaire, un gonzo journalisme littéraire en quelque sorte. ...

La conseillère

Ce livre est un régal. Tout d’abord la prose est fluide et aérée, le texte est facile à lire tout en étant bien écrit. Le récit est bien mené, tout s’enchaîne naturellement à tel point que j’ai eu du mal à le poser. Bref, un travail de journaliste talentueux, un journaliste qui sait bien raconter des histoires sans toutefois forcer son talent. Et l’histoire en question, bien que centrée sur le personnage énigmatique et charismatique de Marie-France Garaud, est celle de la toute jeune Ve République vue depuis les bureaux de l’Élysée et de Matignon. ...

Islander T1

Des réfugiés sont massés au port du Havre – toute ressemblance avec Calais n’est pas fortuite – dans l’espoir de prendre un bateau pour le Royaume-Unis, destination d’un hypothétique salut. Mais c’est sur l’île d’Islande divisée par une guerre civile sécessionniste que l’espoir réside. Les migrations écologiques ne sont malheureusement plus de la fiction, on n’a donc aucun mal à entrer dans l’histoire. Le scénario nous emporte à toute vitesse et il n’y a aucun temps mort dans cette grosse BD de 160 pages. La violence est partout, elle est toujours exacerbée lorsque la vie humaine est menacée. La galerie de personnages est riche, ils sont charismatiques et il n’est pas évident de connaître les motivations de chacun. Comment ne pas parler du magnifique dessin. Le travail est impressionnant, très détaillé, les personnages et les décors sont magnifiques. Je n’ai pas l’habitude de lire ce type de thriller en bande dessinée, mais j’ai beaucoup apprécié ce premier tome d’une série qui comptera trois tomes. ...

29 juil. 2025 · #916 ·  BD

Le héros discret

Le héros discret est le premier livre de Mario Vargas Llosa que je lis et ce ne sera pas le dernier. Même s’il ne s’agit pas de l’un de ses grands livres qui sont souvent plus anciens, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. L’auteur nous invite à suivre en parallèle les déboires de deux protagonistes confrontés à des maîtres chanteurs. La prose du prix Nobel de littérature est très fluide, très simple et agréable à lire. J’ai ressenti un réel plaisir à chaque fois que j’ai repris la lecture, une sorte de réconfort à me replonger dans cet univers. ...

22 juin 2025 · #907 ·  Roman  ♥

Les particules élémentaires

Les particules élémentaires retrace le destin de deux demi-frères délaissés par leurs parents. L’un, Michel, est un brillant scientifique complètement renfermé sur lui-même, solitaire et introverti. L’autre, Bruno, est un enseignant obsédé par la sexualité et toujours en quête de nouvelles expériences. La sexualité est au coeur de ce livre les recherches de Michel tendent vers une séparation entre la sexualité et la reproduction quand pour son frère, elle a été l’obsession de sa vie. ...

Je sors ce soir

Guillaume Dustan est fascinant. Énarque – même promotion que Jean Castex, mais pas tout à fait le même style –, militant pour la cause gay, écrivain trash, trublion des plateaux télé. Il me fait un peu penser – toutes proportions gardées – à l’ancien directeur de Science Po, Richard Descoings, raconté dans Richie. Ce qui fascine chez lui est l’absence de limite, la liberté totale. Lorsque Thomas Clerc a établi une édition des oeuvres de Guillaume Dustan chez P.O.L, je me suis dit que c’était la bonne occasion – les préfaces qu’il signe dans le livre sont d’une très grande qualité. J’ai donc commencé par le commencement, le premier tome de sa trilogie autopornographique inaugurale, Dans ma chambre, mais c’était trop trash pour moi. La sortie de Je sors ce soir au format poche a ravivé mon intérêt pour ce livre. ...

La guerre par d'autres moyens

La politique, c’est la guerre continuée par d’autres moyens. C’est à cette citation de Clausewitz que Karine Tuil a emprunté le titre de son dernier livre. Il mêle politique et cinéma post MeToo. Ce sont des sujets qu’elle aborde régulièrement et elle est plutôt à l’aise dans ce domaine. Sur le plan technique, il faut souligner la présence d’une narratrice qui fait partie de l’histoire et qui parle, lorsqu’elle est concernée, à la première personne du singulier. Le roman est prenant, clair et intéressant, elle maîtrise son sujet. Elle fait du roman, difficile donc de lui reprocher que ses livres sont trop romancés. Rien à dire donc, enfin presque, l’histoire est parfois cousue de fil blanc et les personnages stéréotypés, mais ça fait partie du genre et c’est le peut-être le prix à payer pour écrire un roman qui reste facile d’accès. ...

La Fin de l'homme rouge

Nous avons passé toute notre histoire à survivre, et non à vivre. Ce livre contient tous les malheurs et toutes les horreurs du monde, une boîte de Pandore qui aurait été ouverte à l’est de l’Europe. La lecture est éprouvante – parfois insoutenable –, on a du mal à réaliser, une souffrance d’un tel niveau paraît incroyable, impensable. Pour l’écrire, Svetlana Alexievich a interrogé la population et retranscrit ces entretiens. Le procédé ressemble à celui utilisé par Jean Hatzfeld pour relater les atrocité commises durant le génocide rwandais. C’est passionnant de lire toutes ces voix, ces mémoires qui s’expriment. Le choix des témoins est particulièrement important pour offrir une vision objective. ...

Atome 33

L’élément chimique de numéro atomique 33 est l’arsenic. Dans la ville de Rouyn-Noranda une étude réalisée sur une population d’enfants a révélé chez eux un taux d’arsenic bien supérieur à la moyenne. Cette matière est tellement toxique que son nom est devenu synonyme de poison. Il n’a pas fallu longtemps pour désigner la coupable, la fonderie Horne dont les cheminées surplombent la ville. Les habitants s’engagent alors dans un combat du pot de terre contre le pot de fer. ...