Les âmes grises

J’avais attendu longtemps avant de lire ce livre, il était là tout proche prenant, depuis de longs mois déjà, la poussière sur l’une de mes étagères. C’est un livre que j’avais acheté d’occasion, je ne sais pas ce qui a poussé son ancien propriétaire à le revendre mais je ne pense pas que ce soit lié à la qualité du texte. Après l’avoir lu, j’ai dû encore attendre longtemps avant de m’atteler à la rédaction de ce billet tant la claque je j’avais reçu lors de la lecture des âmes grises était grande. ...

30 août 2010 ·  Noir  ♥

Dr Fischer de Genève

Comme souvent chez Graham Greene on retrouve dans ce court roman de nombreuses références à la religion. Cette fois, elle sont mises au service de la description d’un homme oscillant entre Dieu et le Diable. Je ne suis pas le Christ et il n’est pas Satan; d’ailleurs, je croyais que nous nous étions mis d’accord pour dire qu’il est Dieu Tout-Puissant - mais j’imagine qu’aux yeux des damnés, Dieu Tout-Puissant ressemble beaucoup à Satan. ...

Quai d'Orsay T1

Ce n’est pas si fréquent, voici une BD qui nous parle de politique. Nous sommes donc plongés dans les méandres et les intrigues des cabinets ministériels. Le ministre en question a l’esprit chevaleresque et est épris de littérature et de bons mots. Je donne un dernier indice physique, il est grand et porte des cheveux blancs mi-longs rejetés en arrière. Ca y est vous avez trouvé, il s’agit de Dominique de Villepin. Quai dOrsay donne une vision imagée de cet homme dont l’un des hauts faits est le désormais célèbre discours à l’ONU. C’est vraiment cet esprit qui est souligné (au Stabilo ceux qui lirons la BD comprendront): la culture en politique, le courage, le droit a être différent, noble et à s’opposer à la pensée unique par une approche singulière pour servir la paix. Mais c’est aussi les rivalités entre les divers conseillers, les coups bas, le pouvoir du chef qui, d’un geste d’humeur, d’un coup de tête, sans justification peut balayer le travail de plusieurs jours qui sont ici magistralement rendus. Le ministre pense et agit plus vite que les autres, jette quelques idées, esquisse quelques phrases inspirées par son livre fétiche Fragments d’Héraclite. De quoi a être complètement perdu lorsque l’on est un jeune homme sans expérience et que l’on se voit confier la charge de rédiger les discours d’un tel personnage. ...

19 juin 2010 ·  BD  ♥

L'année où j'ai vécu selon la Bible

Après s’être attaqué à la gigantesque encyclopédie Britannica, A.J. Jacobs, journaliste pour le magasine Esquire, s’est attaqué à un autre monument. Je parle bien évidemment du livre parmi les livres: La Bible. L’auteur a décidé de vivre pendant un an selon les préceptes du livre saint. Il expérimente le littéralisme en appliquant les règles au sens strict. Suivre ces principes vieux de plusieurs milliers d’années dans le New York des années 2000 réserve quelques surprises et quelques situations cocasses. Porter une barbe, une robe blanche à laquelle – la robe pas la barbe – sont accrochés des pompons attire évidemment quelques regards interrogateurs. Il n’est pas non plus facile de garder des moutons ou de pratiquer la lapidation en plein Central Park. Mais, il est encore plus difficile d’éviter les mauvaises actions que tout citadin pratique avec assiduité et une régularité d’horloger chaque jour: ...

Invisible

“Si comme moi vous lisez pour éprouver le plaisir de tomber amoureux d’un roman, alors lisez Invisible. C’est le meilleur roman que Paul Auster ait jamais écrit.” Ces propos ne sont pas de moi mais de Clancy Martin un journaliste du New York Times. C’est après les avoir lu, au dos du numéro du magasine Lire du mois d’avril, que j’ai décidé de courir acheter ce nouvel opus de Paul Auster. Même si ça me gène profondément d’être à ce point manipulable par la publicité, je ne vais pas m’en plaindre pour cette fois car je partage largement l’avis de ce journaliste américain. Je n’ai pas lu tout Paul Auster et loin s’en faut mais parmi mes lectures, dont Léviathan, il se hisse aisément sur le podium. L’alternance entre les types de narration, les époques, les personnages est un modèle du genre. Cette maîtrise dans la narration transforme ce qui, vis à vis de l’histoire, était déjà un très bon livre en un très grand. ...

La mort du roi Tsongor

La mort du roi Tsongor est d’abord une tragédie grecque ou un drame shakespearien transposé en Afrique. Il y est question d’un roi bien sûr, d’amour, de liens fraternels, de trahison, de mort et de guerre – c’est deux derniers allant malheureusement toujours ensemble. Tous les ingrédients qui ont été utilisés, depuis l’Iliade et l’Odyssée, pour raconter les plus belles histoires, les grands mythes fondateurs, sont à nouveau réunis et agrémentés d’épices africaines. En faisant le voyage sur ce continent, ce mythe s’est nourri des contes et des légendes locales. Il y a croisé la magie et a fait sienne l’imaginaire de tout un peuple. Ce changement de décor lui confère une esthétique originale et nous prouve que quelque soit le lieu et l’époque, seule la folie des hommes est invariante. ...

Les falsificateurs

Les falsificateurs est un de mes gros coups de coeur de l’année 2008. A ce titre, je tenais absolument à en parler ici. Antoine Bello raconte le parcours d’un jeune homme au sein d’une organisation clandestine (le CFR) dont le but est de falsifier le réel (d’où le titre !). Dans tous les métiers il y a différents niveaux, pendant que certains bâtissent des cathédrales, d’autres construisent des barbecues. La falsification n’échappe pas à cette règle universelle. On débute donc sa carrière de falsificateur par de petites missions qui pourraient paraître insignifiantes au profane mais qui ne modifie pas moins insidieusement le cours de l’Histoire. Changer la date à laquelle une statue a été érigée ou les statistiques d’un poisson du bout du monde sont des actes a priori anodins et indépendants qui ne tendent pourtant pas moins vers le même objectif. Mais lequel … ...

Léviathan

En lisant un article du New York Times relatant la mort d’un homme suite à l’explosion d’une bombe, Peter Aaron réalise avec effroi que c’est de son ami Ben Sachs qu’il s’agit. Avant que la police ne parvienne à identifier la victime et à comprendre l’affaire, il entreprend la rédaction de l’histoire de son ami inextricablement liée à la sienne. Comment un écrivain reconnu comme Benjamin Sachs a pu finir en miettes, littéralement soufflé par une explosion ? ...

Crime

Ce roman ne sort pas de l’imagination du journaliste et écrivain américain Meyer Levin. Il relate une histoire vraie dans laquelle seuls les noms des personnages ont été changés. Ce roman est d’ailleurs l’un des premiers romans documentaires ou romans basés sur des faits réels. Truman Capote réalisera plus tard un roman du même genre, le célèbre De sang-froid1. Meyer Levin connaît très bien l’histoire qu’il raconte car il étudiait dans la même classe que les deux jeunes hommes tenant les premiers rôles de son roman : Nathan Freudenthal Leopold Jr. alias Judah Steiner Jr. et Richard A. Loeb alias Artie Strauss. Il a donc vécu cette affaire de l’intérieur et c’est peut-être pour cette raison qu’il parvient à la raconter avec autant de réussite. L’affaire en question est connue sous le nom d’affaire Leopold and Loeb. Ces deux personnes sont en fait des jeunes gens, ayant respectivement 19 et 18 ans au moment des faits, exceptionnellement intelligents. Artie Strauss, grand amateur de romans policiers, fut le plus jeune diplômé dans l’histoire de l’université du Michigan. Judd Steiner, passionné d’ornithologie et parlant plus de dix langues, étudiait le droit et s’apprêtait à entrer à la prestigieuse université d’Harvard. Tous deux fils de millionnaires, ils étaient amis et voisins dans un quartier chic de Chicago. Malgré leur situation enviable, les deux camarades sont résolus à réaliser, pour l’exploit un crime parfait. Le plus important pour eux étant qu’il soit totalement gratuit car dépourvue de toute motivation ou émotion. Ils vont donc mettre au point minutieusement l’enlèvement, la demande de rançon et le meurtre d’un jeune garçon. ...

2 janv. 2008 ·  Noir  ♥

La part de l'autre

Comment imaginer que même le pire tyran aurait pu être un autre ? Emettre l’hypothèse que l’Homme n’est pas intrinsèquement mauvais, que c’est la vie qui le transforme. C’est le pari risqué que tente ici Eric-Emmanuel Schmitt en s’attaquant au chef de file des nazis. Pour démontrer sa thèse, il utilise un genre particulier d’uchronie. Dans ce roman, la séparation entre les deux Histoires a lieu au cours du récit. Afin de mettre en perspective les deux univers résultants – la réalité historique et la fiction –, l’auteur nous propose de suivre en parallèle le parcours d’Adolphe et d’Hitler. De ce fait, tout en revivant les horribles évènements de l’Histoire aux côtés d’Hitler, nous observons les choix de son double fictionnel Adolphe. ...

Dans les bois éternels

Je n’ose rien dévoiler de l’intrigue pour ne pas gâcher le plaisir de lecture. Je peux seulement divulguer que le commissaire aménage dans une maison qui est, selon son voisin – un vieil italien manchot –, hantée par une sainte ayant tuée de ses mains sept femmes avant de périr sous celles d’un tanneur et qu’un nouvel élément, une vielle connaissance du commissaire, vient ajouter sa pierre à la déjà très hétéroclite brigade. Il faut savourer ce roman, se laisser planer aux côtés du désormais célèbre Adamsberg. Fred Vargas flirte encore une fois, et avec de plus en plus de réussite, avec les limites de la réalité et les frontières de l’étrange. Elle nous offre, au fil des aventures de son cher commissaire, toujours plus de plaisir. Avec ce nouvel opus elle resserre les liens entre les aventures (il est d’ailleurs préférable d’avoir lu son précédent ouvrage – Sous les vents de Neptune – avant d’attaquer ce roman) et ajoute même de la cohérence à son univers en faisant intervenir l’un des trois apôtres découverts dans Debout les morts. ...

8 juil. 2007 ·  Noir  ♥