La Meute

Je ne m’intéresse pas particulièrement à La France Insoumise ni à son chef Jean-Luc Mélanchon. Par contre, je me suis toujours posé certaines questions qui ne portent pas sur les idées défendues. Comment porter au pinacle la démocratie représentative et diriger son mouvement d’une main de fer, ne pas hésiter à purger ses membres dès la moindre contradiction, bref se comporter en interne comme un autocrate ? Comment des personnes intelligentes – pas toutes, mais quand même – peuvent cautionner ce mode de fonctionnement, ces prises de positions parfois délicates et opportunistes, quitte à renier ses propres convictions ? Quelle est la réelle motivation de ce mouvement et de son guide suprême, améliorer la vie des gens, ou simplement accéder au pouvoir pour satisfaire une ambition – ou par esprit de revanche ? Questions subsidiaire, mais pourquoi est-il aussi méchant ? […] il est désormais convaincu que les 600 000 voix qui lui manquaient pour atteindre le second tout se trouvent dans les banlieues. ...

Le Diable et Sherlock Holmes

Ce livre est un recueil d’articles parus dans des magasines renommés comme The New Yorker ou The Atlantic. Le titre du recueil le place sous le haut patronage de Sherlock Holmes. Ce titre pourrait être trompeur voire abusif car, si de nombreux articles relatent des faits-divers, seul le premier est directement lié au détective de fiction le plus célèbre de la littérature. Mais c’est sans compter sur le talent de compteur de David Grann que j’avais déjà pu apprécier dans Les Naufragés du Wager. C’est un magicien du journalisme qui rendrait le compte rendu d’une réunion d’un syndicat de copropriété palpitant. Alors, lorsqu’il a de la matière comme ici, les résultat est à l’avenant. Comme je le disais il n’y a pas que des fait-divers, même s’ils alimentent la plupart des douze articles rassemblés dans ce recueil. D’ailleurs les articles qui m’ont le plus intéressé traitent de sujets scientifiques: la traque des calmars et les problèmes d’ingénieries des égouts de New York. Les thèmes choisis ont toutefois un point commun, ils sont surprenants, hors du commun et donc intéressants. David Grann en parle très bien dans un autre de ses livres, La citée perdue de Z. ...

Écrire Mazan

Élise Costa a suivi le procès de Mazan pour le média en ligne Slate et a publié six long articles qui composent la série Quand vient la nuit. Le livre que vous tenez entre les mains peut être lu de plusieurs manières. Sur la page de droite, vous pourrez vous pencher sur les articles tels que publiés. Sur la page de gauche se trouve mon carnet: des notes brutes, des croquis, des réflexions en cours, des références à tout ce qui m’a nourrie avant, pendant et après le procès. ...

Le Bûcher des innocents

Ce fait divers a hanté ma jeunesse – encore plus que l’affaire d’Outreau racontée par Florence Aubenas dans La méprise, avec là aussi un gros dérapage de la justice – j’ai eu l’impression de partager pendant des années mes repas avec les familles Villemin et Laroche – il existe meilleure compagnie. À l’époque je ne comprenais pas tout, mais ces histoires tordues, cette traque et surtout la présence terrifiante du Corbeau auteur de lettres et d’appels anonymes m’ont marqué. Bien des années après, j’ai dévoré avec un grand intérêt ce pavé, cette somme consacrée à l’affaire du petit Gregory. C’est un livre remarquable, fruit d’un travail de cinq ans qui a dû être une catharsis pour la journaliste qui a pu, avec le recul, revenir sur les évènements et sur les comportements des acteurs et des commentateurs de ce drame à commencer par elle-même qui s’interroge et nourrit des regrets et des remords. À leur décharge, il faut dire que cette affaire avait tout pour devenir le feuilleton macabre de la France des années 80. Les histoires de famille, la jalousie de la réussite sociale, la tromperie, un infanticide, la tabou de la mère, la vengeance, bref tout ce qui fait parler dans toutes les villes et les villages se retrouvait exposé jour à près jour au journal télévisé. On voudrait écrire une tragédie ou un polar, on ne pourrait pas inventer quelque chose de pire – ou de mieux selon le point de vue. ...

Les nuits que l'on choisit

Dans Les nuits que l’on choisit, Élise Costa nous fait vivre son métier de chroniqueuse judiciaire, elle est spécialisée dans les faits-divers. Son métier consiste avant tout à suivre les procès et à en rendre compte dans des articles – qui intéresseront si possible de nombreux lecteurs. C’est une chose, mais c’est sans compter l’impact qu’ont ces affaires sur celle qui les suit. Elle prend en pleine figure le flot d’émotions qui se déverse lors des procès, celles des victimes et de leurs proches, mais aussi celles des accusés et des personnes qui les entourent. Puis parfois le doute s’insinue et si ce n’était pas elle ou lui le coupable ? ...

Tor

Tor est un tout petit village de montagne situé non loin de la principauté d’Andorre, dans les Pyrénées Catalanes. Souvent dans les petits villages l’ambiance ne correspond pas à l’image de carte postale, les tensions, les fâcheries et les disputes sont monnaie courante et perdurent parfois sur des générations. Mais ici les conflits ont pris une toute autre ampleur puisqu’il y a eu des morts. Une équipe de télévision se rend sur place pour mener l’enquête sur ce sinistre village et se fait happer par son sujet. Elle se retrouve vite à mener une enquête qui n’est pas sans risque. Le livre raconte l’histoire du tournage de ce reportage qui est relativement intéressante. Le bémol est que l’on n’est pas du tout dans le journalisme littéraire, la narration est poussive et même parfois peu claire. ...

Atome 33

L’élément chimique de numéro atomique 33 est l’arsenic. Dans la ville de Rouyn-Noranda une étude réalisée sur une population d’enfants a révélé chez eux un taux d’arsenic bien supérieur à la moyenne. Cette matière est tellement toxique que son nom est devenu synonyme de poison. Il n’a pas fallu longtemps pour désigner la coupable, la fonderie Horne dont les cheminées surplombent la ville. Les habitants s’engagent alors dans un combat du pot de terre contre le pot de fer. ...

Le fantôme de Truman Capote

La journaliste Leila Guerriero a mis le doigt sur une ellipse dans la biographie de Truman Capote qui correspond à la fin de l’écriture de son chef-d’oeuvre, De sang froid. Pendant cette période qui a duré un peu moins de deux ans, il a séjourné loin de New York, dans un petit village de la Costa Brava, Palamós. À partir du printemps et jusqu’après l’été 1962, l’écrivain américain Truman Capote est resté dans cette maison, à écrire le dernier tiers de son livre De sang-froid, qu’il définissait comme un “roman de non-fiction”, un genre dont il s’est attribué l’invention. ...

Le Journaliste et l’Assassin

Le journaliste qui n’est ni trop bête ni trop imbu de lui-même pour regarder les choses en face le sait bien: ce qu’il fait est moralement indéfendable. Emmanuel Carrère a tout résumé dans cette préface à la nouvelle édition et, en tant qu’auteur de non-fiction écrivant sur des faits-divers – comme dans l’excellent L’Adversaire –, n’est d’ailleurs pas tout à fait d’accord avec cette phrase de Janet Malcolm qui constitue à la fois l’incipit et le noeud du livre. La relation particulière entre l’auteur (le journaliste) et le sujet (l’inculpé) est décortiquée dans le cadre d’une affaire particulièrement litigieuse, celle de Jeffrey MacDonald accusé d’avoir tué sa famille (sa femme enceinte ainsi que ses deux petites filles). Lors de son procès, il a passé un contrat avec le journaliste Joe McGinniss pour que celui-ci rédige un livre sur cette affaire. Il a honoré sa part du contrat, mais le contenu n’était pas du goût de l’accusé à tel point qu’il a intenté au journaliste un procès en diffamation. ...

6 août 2024 ·  Noir  ♥

Le Secret de Joe Gould

Joe Gould était ce que l’on appelle communément un marginal qui vivait au début du XXème siècle dans le quartier de Greenwich Village, connu pour être à cette époque le repère de tout ce que New York comptait d’artistes bohèmes. Jusqu’ici rien de vraiment étonnant, la plupart des quartiers ont leurs habitués que l’on croise régulièrement et qui peuplent les bars et les bureaux de tabac. Ce qui est plus rare en revanche, c’est que Joe Gould est issu d’une lignée de médecins et qu’il a, comme son géniteur, fait ses études à Harvard. Il dit avoir renoncé à toute activité pour se consacrer pleinement à l’oeuvre de sa vie, la rédaction d’un livre unique par son ampleur qu’il a intitulé Histoire orale de notre temps. Son ambition est de retranscrire des conversations et des réflexions qui disent selon lui plus de l’époque qu’un livre d’histoire. Lorsqu’il n’est pas occupé à boire un coup ou à récolter quelques subsides pour s’adonner à cette occupation, il consacre tout son temps à la rédaction de son livre sur des cahiers d’écolier qu’il garde jalousement dans sa sacoche en cuir qui ne le quitte jamais ou qu’il cache chez divers habitants du Village. ...

Capital et Idéologie en bande dessinée

Comment s’attaquer à un tel défi, adapter en bande dessinée le pavé de Thomas Piketty, Capital et idéologie ? Cette entreprise semble vouée à l’échec. Mais cette adaptation, comme c’est le cas pour le livre de Yuval Noah Harari, Sapiens est une réussite. Pourtant, le challenge semblait être encore plus relevé car les concepts de l’économie sont abstraits et ne se prêtent guère à la narration. Evidemment Economix a ouvert la voie et – beaucoup – d’autres on suivi depuis, mais quand même. Quel est le secret de cette réussite ? Tout d’abord – comme dans beaucoup de domaines – du travail, je crois savoir que cette adaptation a pris plus de deux années. Ensuite, la bonne trouvaille a été sans conteste d’ajouter une ossature narrative à cet essai pour raconter une histoire et proposer un fil conducteur au lecteur. Cette structure prend la forme de la destinée d’une famille depuis avant la révolution française jusqu’à nos jours. L’arbre généalogique sert de repère et d’index dans le temps, mais permet aussi aux auteurs d’illustrer le poids de l’hérédité et de la transmission du patrimoine dans l’accumulation de la richesse. ...

1 juin 2024 ·  BD  ♥

Sambre

Alice Géraud nous raconte une sordide histoire de viols. Un homme a sévi pendant des dizaines d’années autour de la Sambre dans le nord-est de la France. C’était à une époque où les tueurs et les violeurs en série ne remplissaient pas encore les écrans télé – c’était avant les affaires Marc Dutroux, Michel Fourniret et Guy Georges. Les profilers, l’analyse des données, le bornage téléphonique et la police scientifique n’existaient pas encore. Mais est-ce vraiment une excuse ? Ce qui semblait occuper les enquêteurs à cette époque préhistorique par rapport à la révolution #MeToo était plutôt la guerre entre la police et la gendarmerie et la tendance à minimiser le sort de victimes quand ce n’était pas les culpabiliser pour leur comportement ou leur tenue. ...

Le combat du siècle

Le combat du siècle ou The Rumble in the Jungle est le combat, organisé par Don King, qui eut lieu en 1974 à Kinshasa (au Zaïre, devenu depuis la RDC) et qui opposa les deux plus grands boxeurs de l’époque, le puncheur Georges Foreman et le technicien Mohamed Ali pour la conquête du titre de champion du monde de boxe anglaise. Et ce n’est pas tout, le combat n’est pas raconté par n’importe quel journaliste, mais par l’écrivain Norman Mailer plusieurs fois lauréat du prix Pulitzer. Vous en voulez encore ? Mailer a inscrit son récit dans la mouvance du nouveau journalisme. Le récit est très novateur – même aujourd’hui prés de 50 ans après sa publication – puisqu’il sort du cadre du reportage pour s’inclure dans le récit – il parle d’ailleurs de lui à la troisième personne, en utilisant son prénom, Norman – comme le fait aujourd’hui Emmanuel Carrère et comme l’on fait avant lui Tom Wolfe, Truman Capote, Joan Didion ou encore le roi du Gonzo Hunter S. Thomson – ce dernier est d’ailleurs présent dans le récit puisqu’il se trouvait sur place pour suivre l’évènement. Il profite de cette position d’observateur pour dire son étonnement de découvrir ce pays immense au coeur de l’Afrique dirigé par le dictateur Mobutu. ...

Le plus gros jeu

Al Alvarez était un journaliste – il pratiquait le journalisme gonzo –, il a écrit plusieurs reportages pour des journaux prestigieux comme celui-ci pour le New Yorker consacré aux championnats du monde de poker (World Series) qui se sont déroulés à Las Vegas en 1981 – ils se déroulent chaque année dans la ville du jeu depuis 1970. Mais il était avant tout un écrivain et un poète. Le flegme britannique s’est dilué dans les vapeurs de bourbon et les voix paisibles des hôtesses de l’air, tandis que nous filions tout droit vers l’Ouest, dans la pénombre d’une nuit continuellement prolongée. ...

Hell’s Angels

Qui serait partant pour une petite virée en compagnie de Terry le clodo, Marvin la torpille, Bob le Miro sans oublier Ed le dégueulasse ? Cette aventure bucolique a manifestement tenté Hunter S. Thompson qui a pris son travail de journaliste de terrain (Gonzo) à coeur en accompagnant les motards sauvages lors de leurs virées – qui se résument à de grosse beuveries auxquelles on se rend en grosse cylindrée vêtu de jeans qui tiennent debout tout seuls tellement ils sont imprégnés de crasse et de cambouis. Le premier venu ne peut évidemment pas les accompagner – sans risquer de graves ennuis –, il faut être adoubé et mériter leur respect, autant dire qu’il ne faut pas tourner à la limonade – je pense que de ce côté là, l’auteur de Las Vegas Parano n’a pas eu besoin de trop forcer sa nature. ...

Maison ronde

Intéressant, une BD documentaire consacrée à Radio France et plus particulièrement, comme le suggère son titre, à ses locaux, La Maison de la Radio, situés dans le XVIeme arrondissement de Paris. La radio ou, devrais-je dire, les radios sont un véritable bien public et il en va de même pour le bâtiment qui héberge également des salles de concert et les orchestres de Radio France. Si l’on ajoute à cela l’aspect historique, social – c’est le service public – et l’évolution subie par tout ce petit monde à l’heure du numérique et des menaces sans cesse réitérées de coupes budgétaires, on est sur un sujet qui a de la matière. ...

8 janv. 2023 ·  BD

L’obsession du pouvoir

Encore une BD sur la politique. Nuance, il s’agit d’une BD sur deux journalistes politiques grands reporters au journal Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Je le précise car je m’attendais à un portrait des trois derniers présidents alors qu’il s’agit de l’histoire professionnelle des deux journalistes et plus particulièrement de la rédaction des livres consacrés à Nicolas Sarkozy (Sarko m’a tuer et Sarko s’est tuer) et à François Hollande (Un président ne devrait pas dire ça…) – pour ce qui est d’Emmanuel Macron, il n’y a vraiment pas grand chose, c’était juste pour l’ajouter sur la couverture. ...

7 déc. 2022 ·  BD

Cher pays de notre enfance

Le SAC, c’était cette zone grise de la Ve république dont on aime pas vraiment se souvenir. Le Service d’Action Civique (SAC) a été créé dans les années soixante pour servir les intérêts du général de Gaulle. Le journaliste Benoît Collombat et le dessinateur Etienne Davodeau rouvrent les vieux dossiers et vont à la rencontre des différents protagonistes pour tenter de faire la lumière sur les activités de cette organisation qui semble avoir franchi plus d’une fois la ligne rouge. ...

30 nov. 2022 ·  BD

Indélébiles

Après la sidération racontée dans Catharsis vient le temps des souvenirs et de la nostalgie. Luz nous fait revivre les bons moments, la grande époque de la rédaction de Charlie Hebdo. Des moments qu’il évoque en se mettant en scène lors d’une nuit d’insomnie, sous un trait différent réalisé au pinceau. Tous les collaborateurs du journal sont très bien croqués – il faut dire qu’il les connai[ssai]t par coeur et qu’il avait dû les dessiner un nombre incalculable de fois. Dans le lot, et même si ce n’est pas le seul, Cabu rendu en quelques traits est génial. Son statut de papa de la rédaction, de mentor de Luz, le respect que les autres ont pour lui, n’en est que plus émouvant. ...

19 nov. 2022 ·  BD  ♥

Tchétchénie, An III

Jonathan Littell, l’auteur du roman Les Bienveillantes, a travaillé pour l’organisation humanitaire Action contre la Faim en Tchétchénie. An III, si l’on en doutait désigne la troisième année du règne – appelons ça comme ça – de Ramzan Kadyrov qui a succédé à son père Akhmad Kadyrov après qu’il a trouvé la mort dans un attentat. La Russie – enfin Vladimir Poutine – semble avoir trouvé avec Ramzan un compromis qui ne satisfait personne, mais qui arrange tout le monde tant qu’il parvient à tenir les indépendantistes. ...