Ce qu’il advint du sauvage blanc

Ancien élève de l’ENA, il a occupé plusieurs postes dans l’administration en tant que haut fonctionnaire — il travailla notamment pour la Nouvelle-Calédonie — avant de se consacrer à l’écriture et de rencontrer le succès avec son premier roman Ce qu’il advint du sauvage blanc. Cette reconnaissance est méritée tant le livre est bien réalisé. Il est construit sur deux plans temporels exploités dans un ordre chronologique. Dans le premier on suit les aventures du matelot Narcisse Pelletier depuis son abandon sur une île proche de l’Australie par le bateau sur lequel il officiait. Dans le second on s’intéresse, des années plus tard (18 ans), à la découverte d’un homme blanc entièrement tatoué vivant parmi ceux que l’on appelait alors les “sauvages”, c’est-à-dire les aborigènes d’Australie. Celui-ci incapable de parler sera baptisé “le sauvage blanc”. L’un raconte comment quitter la civilisation, l’autre comment y retourner. ...

29 sept. 2013 · #260 ·  Roman

La télévision

Je revois très bien le geste que j’ai accompli alors, un geste très simple, très souple, mille fois répété, mon bras qui s’allonge et qui appuie sur le bouton, l’image qui implose et disparaît de l’écran. C’était fini, je n’ai plus jamais regardé la télévision. C’est lors d’un été passé à Berlin que le narrateur et personnage principal de ce roman a pris cette terrible et irrévocable décision — pour les plus jeunes, il devait probablement disposer d’un modèle de télévision à tube cathodique dépourvu de télécommande ce qui explique la nécessité d’allonger le bras et le phénomène d’implosion observé lors de l’arrêt de l’appareil. Elle occupait depuis quelques temps trop de place dans sa vie. Et du temps il en a besoin puisque cet été il est resté seul, sa famille partie en vacances, pour se consacrer à la rédaction d’un gros essai — il a déjà le titre, ce sera Le pinceau — consacré à Titien. Enfin à Titien ou Titien Vecellio ou Vecelli ou encore Le Titien comme le nommaient certains dont Alfred de Musset. Cette question du nom à employer peut vous sembler anecdotique pourtant elle ne l’est pas. Elle est même très irritante et il faut bien la trancher pour pouvoir s’atteler sereinement à la rédaction. Il ne s’agit pas de faire preuve de la même inconstance que Proust qui tantôt utilisait Titien tout court et tantôt “[…] préférai[t] adjoindre un petit article défini devant son prénom et l’appeler le Titien, comme à la campagne” — décidément on ne peut se fier à personne. ...

22 sept. 2013 · #259 ·  Roman  ♥

Ravel

Ravel est le premier volet de la trilogie des vies imaginaires. Comme vous pouvez aisément le deviner, celui-ci est consacré à l’art et plus précisément à la musique. Les deux autres s’intéressent au sport avec Courir (Emil Zátopek) et à la science avec Des éclairs (Nikola Tesla). Vies imaginaires contient une figure de style, une opposition entre vie qui renvoie à la biographie et imaginaire qui renvoie au roman. Cette opposition est représentative de ce qu’a souhaité faire Jean Echenoz, puiser dans la vie de personnalités marquantes l’essence d’un roman — ou romancer leur vie selon comment on voit les choses. Dans cette entreprise, son approche n’est pas exhaustive car son projet n’est pas d’écrire une biographie, mais de détourer quelque chose de précis et de finalement assez réduit: ce qui fait une vie. C’est pour cette raison qu’il ne s’intéresse qu’aux dix dernières années de la vie du compositeur français. ...

4 sept. 2013 · #256 ·  Roman  ♥

À livre ouvert

Nous sommes en présence de la publication du journal intime de Logan Mountstuart. Comment, ce nom ne vous dit rien, vous ne connaissez pas ce célèbre écrivain ? En cherchant un peu mieux, vous commencez à deviner le subterfuge, il est écrit Roman sur la couverture … Si vous n’avez jamais entendu parler de ce Logan Mountstuart, c’est donc normal car il n’existe pas et n’a jamais existé. Il est né dans l’esprit de l’écrivain britannique bien réel William Boyd. Ce dernier a décidé de réaliser un exercice de style particulier: écrire un journal intime à la place d’un autre. Ce n’est déjà pas facile mais il s’est lancé un défit supplémentaire en en se mettant dans la peau d’un homme vivant au début du XXe siècle. Si ce positionnement temporel n’a pas été choisi par hasard, le destin et la profession de ce personnage ne l’ont pas été non plus. Positionner son personnage au début d’un siècle aussi mouvementé va permettre à l’auteur de confronter son personnage à de nombreux choix et difficultés dans le but de mieux l’évaluer et d’explorer toutes ses facettes à la lumière de ces différents éclairages. Faire de lui un écrivain est le moyen d’explorer le processus complexe de ce métier si particulier qui a la plupart du temps des répercussions importantes sur la vie. ...

20 août 2013 · #254 ·  Roman

La nuit a dévoré le monde

J’ai entendu parler de ce roman à la radio, en écoutant l’émission Le Masque et la Plume. L’excellent Arnaud Viviant en avait fait son coup de coeur de fin d’émission. Encore une fois, j’ai bien fait de l’écouter. Derrière ce beau titre se cache un roman de zombie. Ce sujet de la culture populaire est en passe de devenir un sous-genre dans la littérature tant la production est importante dans ce domaine et le succès croissant. Après les vampires, c’est le zombie qui fait vendre — pourtant il fait quand même moins rêver. Les livres ou les bandes dessinées finissent adaptés en film ou en séries télé: The Walking dead, Je suis une légende ou encore World War Z pour en citer quelques-uns. ...

29 juil. 2013 · #252 ·  Roman  ♥

Vengeances

Il n’avait pas été très malin de ramener cette fille chez lui, de refaire le chemin avec elle pour l’installer dans la chambre d’amis. Il n’y comprenait rien. Il avait l’impression d’avoir agi comme un somnambule, d’avoir agi sous l’emprise d’un charme funeste, et d’ailleurs, la matinée avait été étrangement lumineuse, l’air glacé. En lisant les commentaires des lecteurs de Djian concernant ce livre paru en 2011, j’ai retenu une chose: ce n’est pas son meilleur livre. Et pourtant, le néophyte que je suis a été emballé par ces Vengeances. Plusieurs personnes m’avaient parlé de ce célèbre auteur français connu pour le sulfureux 37°2 le matin et s’étaient même offusquées lorsque je leur avais avoué sans ambages ne rien avoir lu de lui. Je n’ai pas d’explication concernant cette impasse. Peut-être des souvenirs de plateau télé à l’époque de la sortie de sa série Doggy Bag. Je me souviens très bien que le personnage m’avait déplu, sans raison particulière comme l’impression négative que l’on éprouve parfois lors d’une première rencontre. Il faut donc mieux définitivement faire connaissance avec l’oeuvre avant de rencontrer son auteur. ...

11 juil. 2013 · #249 ·  Roman  ♥

Le sermon sur la chute de Rome

Pour la deuxième fois, le Goncourt est remporté par Actes Sud. La maison d’édition d’Arles ne pouvait rêver mieux pour inaugurer ses nouvelles couvertures qu’un beau bandeau rouge siglé du Graal de la littérature française. Elles ne sont plus illustrées, mais affichent l’austérité qui est devenu l’apanage des prestigieuses collections des grandes maisons comme Gallimard ou Grasset. La seule concession au conformiste concerne le format plus étroit que les standards qui devenu au fil du temps la marque de fabrique de la maison. Mais parlons du livre et de son auteur Jérôme Ferrari. Ce professeur de philosophie avait déjà fait parler de lui avec son précédent roman Où j’ai laissé mon âme1 traitant de la torture en Algérie. L’Algérie où il a enseigné, il en est question dans ce livre, mais ce n’est pas le théatre principal du roman. Il se déroule sur les lieux d’une autre de ses affectations : la Corse. ...

17 juin 2013 · #245 ·  Roman

La nuit de l’oracle

New York, un écrivain, un carnet — un bleu et pas un rouge —, le hasard, une pointe de mystère et une mise en abîme, on est bien chez Paul Auster. Installez-vous confortablement et profitez de ce bon moment. Tout le monde connaît l’histoire du gars qui sort acheter des cigarettes et qui ne revient jamais. Eh bien c’est un peu cette histoire, mais en plus subtil. Sidney Orr, le personnage écrivain de Paul Auster, va se lancer dans l’écriture d’un roman dont l’idée lui a été soufflée par son ami et l’ami de sa femme — vous verrez, ce n’est pas anodin — lui aussi écrivain John Trause. Il s’agit de reprendre à son compte une anecdote racontée par Sam Spade le détective du roman de Dashiell Hammett Le faucon de Malte1. Elle est connue sous le nom de “parabole de Flitcraft”. Flitcraft, raconte Spade, est un homme bénéficiant d’une vie confortable, d’une famille, de l’argent, bref quelqu’un qui, comme l’on dit, a tout pour être heureux. Mais un jour, il quitte son travail et disparait. Que lui est-il arrivé ? Eh bien en allant déjeuner, il manquât d’être tuée par la chute d’une poutre tombée d’un immeuble en construction. Le souffle de la mort lui fit prendre conscience que l’existence peut s’arrêter d’un moment à l’autre et qu’il est temps de mettre de côté sa vie rangée pour en vivre une nouvelle. La morale — puisqu’il s’agit d’une parabole c’est-à-dire d’une allégorie — ne se trouve paradoxalement pas dans cette prise de conscience subite, mais dans la fin de l’histoire. Lorsque Spade croise Flitcraft des années plus tard, il vit sous le nom de Charles Pierce — ce qui semble être une référence au philosophe Charles Sanders Peirce — dans une autre ville. Il a un nouveau travail, une nouvelle femme et un bébé. Bref, Flitcraft a quitté sa précédente vie pour en recréer une similaire, il est revenu à sa vie d’avant. ...

4 mai 2013 · #239 ·  Roman  ♥

Une fille, qui danse

Une fois n’est pas coutume, — et je vais faire plaisir à Olivier Mannoni, le traducteur de Martin Suter et ancien président de l’ATLF (Association des Traducteurs Littéraires de France), qui avait écrit un commentaire en réponse à mon billet consacré au Diable de Milan — je vais débuter cet article en parlant traduction. Dans Une fille, qui danse, c’est d’abord la virgule figurant dans le titre qui m’a interpelé lorsque j’ai observé la couverture. Ensuite, j’y ai repensé et me suis interrogé sur son sens lors de la lecture. Il semblait seulement faire écho à un épisode anecdotique du livre — après tout pourquoi pas. Lorsque j’ai reposé le livre une fois terminé, cette question du titre m’agaçait encore l’esprit et j’ai donc vérifié ce qu’il donnait dans sa version originale — cette fois, je savais sans le moindre doute qu’il s’agissait d’une traduction — : The sense of an ending. Il n’y a pas besoin d’être très doué en anglais pour s’apercevoir que ces deux titres n’ont rien à voir. Pour en parler qui est mieux placé que le traducteur lui-même, Jean-Pierre Aoustin, que nous avons la chance de lire sur le blog de l’ATLF — tiens nous y revenons, désolé j’ai coupé deux commentaires car je ne voulais pas trop en dévoiler sur l’intrigue : ...

Musique absolue

Le public n’en revient pas de ce qu’il a entendu. À la dernière mesure, il n’applaudit pas, il reste muet, on entend juste le souffle du micro, ensuite seulement quelques applaudissements partent, des applaudissements timides, puis encore un silence, et la salle explose en salves longues et bruyantes. Munich. 7 novembre 1983. Symphonie n°6 de Beethoven dite Pastorale. Si vous me demandez quel est mon enregistrement préféré de Carlos Kleiber, vous avez votre réponse. ...

La déesse des petites victoires

Une documentaliste, Anna, est chargée par l’IAS (Institute for Advanced Study) de Princeton de récupérer les archives de Kurt Gödel, son Nachlass. Pour ce faire, elle va devoir amadouer le cerbère qui les garde, Adèle la veuve du célèbre logicien et mathématicien. Le récit se déroule sur deux plans temporels. Le présent relate les relations entre Adèle et Anna et la vie privée de cette dernière — pas très réjouissante. Le passé, au travers des souvenirs d’Adèle, raconte une vie aux côtés du génie Kurt Gödel — pas très réjouissante. Les deux récits ne sont pas d’un intérêt égal. ...

19 déc. 2012 · #221 ·  Roman

Glamorama

Un livre peut-il être périmé ? En lisant Glamorama, il semblerait que la réponse est oui. Je ne sais pas s’il pourrait être lu par une personne ne se trouvant pas dans la bonne tranche d’âge. C’est-à-dire quelqu’un qui avait entre 20 et 30 ans dans les années 90. Comment alors ne pas être submergé par la liste pléthorique — jusqu’à l’indigestion — de célébrités (people) citées. Bret Easton Ellis a atteint le seuil ultime du name dropping, il a établi un record. Heureusement — ou pas — je suis dans la tranche d’âge éligible et je n’ai donc eu aucun mal à me souvenir des quelques peoples tombés depuis dans les oubliettes du star system — qui se souvient aujourd’hui du groupe suédois Ace of Base ? ...

8 déc. 2012 · #220 ·  Roman

Kennedy et moi

J’ai du mal à parler de ce livre. Pourtant je l’ai beaucoup aimé. Peut-être que mon manque d’inspiration est lié à son sujet, diffus et finalement assez commun. Il met en scène une famille qui s’est fissurée et est prête a éclater. En fait, le coeur a déjà éclaté mais une fine couche à la surface permet de la maintenir à flot. Les enfants sont grands (une fille et deux fils, des jumeaux) et la famille n’est désormais composée que d’adultes qui n’ont plus grand chose en commun — je dirais même que tout oppose. Le plus atteint de tous est incontestablement le père — disons que c’est lui qui supporte le plus difficilement le poids de cette situation. Depuis un pétage de plomb mémorable en public, cet écrivain n’a plus écrit une ligne et navigue entre neurasthénie et folie pure. ...

Permission

Prenez un fond de 19841, ajoutez-y une bonne dose de Fahrenheit 4512, assaisonnez d’une pincée de Kafka, modernisez le tout et vous obtenez Permission. Mon raccourci est un peu facile mais il s’agit bien, comme pour ses illustres prédécesseurs, d’une dystopie. L’histoire se déroule ici au sein d’une entreprise qui officie dans le domaine politique. Elle joue un rôle dans le processus complexe des négociations entre états — nous en savons quelque chose en tant qu’européens.Le protagoniste de cette histoire est chargé d’établir les comptes rendus des débats et des réunions. Il va sans dire que ses écrits se doivent d’être impartiaux et rédigés de façon formelle. L’écriture réside donc au coeur de son activité professionnelle. Il l’utilise également à des fins personnelles puisqu’il rédige également un journal. C’est au travers de ce journal que nous découvrons l’histoire. ...

27 oct. 2012 · #215 ·  Roman

La théorie de l'information

On a beaucoup parlé de La théorie de l’information lors de la rentrée littéraire 2012 dont il a été LE premier roman. Est-ce que toute cette couverture médiatique était méritée ? Eh bien la réponse est oui, sans hésitation. Tout le monde connaît un peu l’histoire qui est celle de Pascal Estranger créateur de la société Ithaque et du fournisseur d’accès Internet Démon double romanesque du puissant patron d’Iliad, la maison mère de Free, le prophète des temps modernes Xavier Niel. ...

21 oct. 2012 · #214 ·  Roman

Le rapport de Brodeck

On vient de confier à Brodeck une lourde tâche. Alors qu’il n’avait rien demandé, c’est tombé sur lui. Il a désormais la charge de raconter ce qu’il s’est passé cette fameuse nuit de l’Ereigniës. Pour s’acquitter de sa mission, il va devoir lire au fond de l’âme des habitants du village et finira par explorer la sienne réduite en bouillie, à l’état de viande hachée, par la guerre et les camps. Il devra découvrir qui est vraiment l’homme que l’on appelle Vollaugä (yeux pleins), De Murmelnër (le murmurant), Mondlich (lunaire), Gekamdörhin (celui qui est venu de là bas) mais que tout le monde s’accorde finalement à nommer tout simplement l’Anderer (l’Autre.) Celui qui est arrivé un jour sans prévenir dans ce village balafré par la guerre. ...

23 sept. 2012 · #210 ·  Roman  ♥

Messieurs les enfants

Dès les premières lignes, on reconnaît le style caractéristique de Daniel Pennac. Un style simple, vivant et faussement naïf. Voici le sujet du livre: Vous vous réveillez un matin, et vous constatez que, dans la nuit, vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents. Ils ont été transformés en enfants. Racontez la suite. Cette rédaction a été donnée comme punition à trois gamins, trois copains par un professeur craint des élèves depuis des générations, le terrible Crastaing. C’est un exercice proche de celui réalisé par Jirō Taniguchi dans Quartier lointain où il imaginait un adulte redevenant l’enfant qu’il avait été. ...

5 sept. 2012 · #208 ·  Roman

La carte et le territoire

Ce n’est pas mon livre préféré de Houellebecq mais c’est certainement le plus consensuel. Adieu les provocations, le duo des sujets polémiques sexe & religion. Le Goncourt est à ce prix. Même si ça ne fait pas tout, il est quand même dommage de renoncer à voguer à contrecourant de la bien-pensance et à jeter des pavés dans la marre. S’il a clairement renoncé au sexe dans ce roman “La sexualité est une chose fragile, il est difficile d’y entrer, si facile d’en sortir.”, il n’hésite pas à égratigner quand il en a l’occasion, tiens Mitterrand — pourquoi lui ? — prends ça : “Il revoyait les affiches représentant la vieille momie pétainiste sur fond de clochers, de villages.”. Pourquoi la littérature s’interdirait-elle d’aborder certains sujets, pourquoi devrait-elle être hypocrite et ne pas représenter le monde tel qu’il est avec sa variété d’opinions et de discours ? ...

11 août 2012 · #205 ·  Roman

L'absent

“Comment un homme qui a gouverné l’Europe peut-il se retrouver sur un îlot avec les pouvoirs d’un sous-préfet ?” La question posée par Patrick Rambaud dans l’auto-entretien figurant à la fin du livre le résume à elle seule. Le contraste est tellement fort entre l’Empire, la Grande Armée et cette île minuscule où vit une poignée d’habitants qu’il en devient un ressort comique: Le comte Bertrand indiqua de l’ongle un point perdu en mer à côté de la Corse. — On dirait un puceron. — C’est pourtant l’île d’Elbe. — Une île, ça ? Un rocher, oui. ...

5 août 2012 · #204 ·  Roman

Les fleurs

L’histoire est toujours la même, celle du hasard, une rencontre. Si banal finalement et pourtant toujours aussi troublant. Comment une telle conjonction d’évènements a pu se produire pour aboutir à ce résultat ? Ce qui est original dans ce roman ce n’est donc pas l’histoire, j’entends la chaîne des évènements et des actions qui se produisent. Non, ce qui est intéressant, c’est ce qui se passe dans les coulisses, dans la tête des personnages. Christian Gailly nous en ouvre grand les portes et les met au premier plan, sur le devant de la scène. Alors, l’intérêt n’est plus le même car il s’en passe des choses dans la tête des gens. Une idée qui pointe son nez, un remords qui agace, un souvenir qui déboule ou une impression qui tamise de son éclairage unique une scène de la vie quotidienne. Dévoiler cette vie intérieure pour mieux comprendre les raisons, parfois complètement irrationnelles, qui animent les personnages se nomme en littérature courant de conscience. Ce procédé est parfois difficile à suivre mais permet d’appréhender pleinement la complexité de la psychologie des personnages. ...

22 juil. 2012 · #202 ·  Roman