Le bûcher des vanités

C’est le premier livre de Tom Wolfe que je lis et quelle claque. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on prend ce pavé de 900 pages en pleine figure. Les descriptions sont précises et font montre d’une grande lucidité et perspicacité de la part de l’auteur. Les dialogues sont terriblement efficaces, parfois drôles mais surtout sonnent vrai. Ce livre est le livre de New York des yuppies de Manhattan aux malfrats du Bronx. Toute une kyrielle de personnages se débat dans cette ville présentée comme LA ville du XXème siècle. Au fil de l’histoire, on sent bien que les destins des personnages vont finir par se croiser. On voit le terrible piège tissé par Tom Wolfe se mettre en place dans une mécanique implacable. Les fils de cette toile ne sont pourtant pas grossiers mais diaboliquement bien arrangés. On prend beaucoup de plaisir à les découvrir puis à les suivre pour voir les personnages s’agiter et glisser pourtant irrémédiablement vers cet abîme. On comprend peu à peu quel rôle va jouer chacun dans cette grande pièce dramatique. ...

L'écume des jours

Son peigne d’ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l’aide d’une fourchette dans de la confiture d’abricots. Colin reposa le peigne et, s’armant du coupe-ongles, tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard. Il devait recommencer souvent, car elles repoussaient vite. Ai-je besoin d’en dire plus pour vous donner envie de lire ce livre ? Je ne peux pas m’empêcher de dire quelques mots mais je vais faire court car je n’ai pas la prétention de m’appesantir sur une oeuvre qui a été abondamment commentée. Avec ce premier extrait, vous avez eu un aperçu de la poésie et de l’originalité de ce roman mais quel en est le sujet ? Dans cet univers improbable où les associations d’idées semblent prendre vie, nous suivons celles de Colin. Colin est un jeune homme d’une trentaine d’années appartenant à la jeunesse dorée – qui ressemble un peu à celle de Saint-Germain-des-Prés. Il ne travaille pas, passe sa vie à se divertir et ne rêve que d’une chose: les filles. ...

La cote 400

Avec ce titre énigmatique faisant référence à la classification de Dewey, Sophie Divry nous immerge dans une conversation avec une bibliothécaire d’une cinquantaine d’année. Malgré son amour pour les livres, cette employée n’est pas heureuse de sa situation. Au contraire, elle développe un peu de rancoeur, un sentiment d’avoir laissé passer sa chance tant sur le plan professionnel que dans sa vie amoureuse. Elle part dans un long monologue et, de digression en digression, nous dévoile sa vie, nous fait part de ses pensées sur le monde qui l’entoure. Il y a beaucoup de nostalgie chez cette femme. Tout était mieux avant, elle voit d’un mauvais oeil le changement, le progrès technologique. Elle perd sa vie à en attendre une autre. ...

Mrs Dalloway

Le milieu dans lequel évolue Mrs Dalloway, le personnage central de ce récit, est celui de la bourgeoisie londonienne du XXème siècle. Cette femme vit une vie sans joie ni chagrin depuis qu’elle a laissé filé son amour de jeunesse, Peter, vers les Indes en choisissant un mariage de raison, aux antipodes de l’amour passionnel. Elle n’est pas proche de sa fille et, comme nous l’avons vu, ne partage quasiment rien avec son mari, voici ce qu’elle pense de ce dernier ...

La Chute du British Museum

Adam Appleby est un jeune chercheur en littérature de 25 ans. Plus exactement, ça fait déjà quelques années qu’il tente de boucler sa thèse dont le sujet est “La structure des phrases longues dans trois romans anglais modernes”. A ce jour, il n’a pas choisi les trois romans en question et n’est pas encore parvenu à se décider sur la longueur à partir de laquelle une phrase peut prétendre à entrer dans cette catégorie. A côté de ces occupations professionnelles, Adam est un catholique pratiquant. Cette pratique fervente conduit à utiliser la méthode des températures comme seul moyen de contraception. Ce n’est pas chose facile lorsque l’on est un littéraire avec un esprit scientifique peu développé. Dans ces conditions, le succès d’une telle méthode peut comporter quelques aléas qui se sont traduits, dans le cas d’Adam et de sa femme, par la naissance de trois enfants, et peut-être bientôt d’un quatrième. Le problème est qu’il faut pouvoir nourrir une telle famille. Malheureusement, lire des livres toute la journée, confortablement installé dans l’un des rares fauteuils rembourrés de la salle de lecture du British Museum, ne rapporte pas trop d’argent. ...

Swap

Ce livre est celui d’un anti-héros prénommé Harvey. Il est le propriétaire d’un magasin de bande dessinées, aime beaucoup la bière et est donc un peu bedonnant. Il passe le plus clair de son temps à soupirer et à se lamenter – il me fait un peu penser au vendeur de comics avec catogan des Simpson. La principale cause de ses lamentations est un cuisant souvenir d’enfance. N’allez pas croire qu’il était la tête de turc de son école, non, bien au contraire, il faisait partie à l’époque – puisque ce n’est plus trop le cas désormais – du clan des branchés. Sa principale occupation était, comme tout membre de ce club, de tyranniser un élève surnommé “Bleeder”. Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où, comble des idées saugrenues, il a décidé de faire un échange avec ce souffre-douleur – d’où le titre du livre. ...

La Musique du hasard

J’étais de mauvaise humeur et je ne trouvais rien à lire. Après avoir ouvert plusieurs livres, lu les premières pages et aussitôt reposé le livre, j’ai décidé de revenir aux fondamentaux. Direction l’étagère réservée aux romans de Paul Auster et sélection d’un roman au titre évocateur sans être pompeux ni aguicheur – comme l’on en voit malheureusement de plus en plus – La musique du hasard. Comme le laisse supposer le titre, le hasard joue un rôle central dans ce roman. Vous savez, celui qui vous fait prendre une route plutôt qu’une autre, entrer dans un magasin et y croiser, au détour d’un rayonnage, une personne que vous n’aviez pas vu depuis longtemps, enfin celui qui vous pousse à vous arrêter lorsque vous apercevez un inconnu marcher seul au bord de la route… ...

HHhH

Voilà un titre à la fois cryptique et évocateur lorsque l’on a compris le message – HHhH est le sigle de “Himmlers Hirn heiβt Heydrich” ce qui signifie “le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich”. L’histoire est centrée sur Reinhard Heydrich et, à travers lui, sur le IIIe Reich, la Seconde Guerre mondiale et les atrocités commises, lors de cette période, par les nazis. Si Heydrich n’est pas le plus connu des nazis il est certainement l’un des plus dangereux. Les surnoms dont il est affublé sont assez évocateurs et parlent pour lui: le boucher de Prague, le bourreau, la bête blonde, … Son ascension au sein de l’appareil SS est fulgurante. Il deviendra l’un des plus hauts gradés (Obergruppenführer) et l’un des principaux artisans de la solution finale. Le livre raconte ce que vont tenter deux hommes, un tchèque et un slovaque pour mettre fin aux nuisances de cet homme et porter ainsi un sévère coup au IIIe Reich. ...

Plateforme

Avec Plateforme, Michel Houellebecq nous emmène en voyage mais à sa façon. Sa façon n’est pas celle d’un récit de voyage et encore moins celle d’un guide du routard – ceux qui le liront sauront pourquoi. Malgré tout, il est principalement question de tourisme dans ce livre. Michel Houellebecq ausculte ou autopsie, par le prisme des voyages, notre société. Il considère que le tourisme est devenu le dernier eldorado, un exutoire permettant de supporter les contraintes du quotidien. Il capte l’esprit du moment et dépeint le monde qui nous entoure de manière hyper réaliste avec un oeil acerbe et une acuité impressionnante. Contrairement à ce que l’on pourrait croire en commençant ce livre, il est beaucoup moins sombre que ses autres romans, sur ce point, il est aux antipodes de Extension du domaine de la lutte. ...

La reine des lectrices

Suite à une rencontre fortuite avec un bibliobus, la reine d’Angleterre se prend de passion pour la lecture. Ce passe temps qui semble complètement anodin pour le commun des mortels – voire ennuyeux pour certains – aura des conséquences surprenantes sur sa majesté. Elle y consacre de plus en plus de temps jusqu’à négliger ses royales obligations. Ceci à le don d’énerver tout le monde. Jusqu’où cette passion va-t-elle la mener ? ...

La flèche du temps

La flèche du temps est une expression qui a été employée par Eddington pour désigner la perception par l’être humain du sens ou de la direction de l’écoulement du temps. C’est tout le principe de ce livre que d’en inverser le cours. Martin Amis a imaginé raconter la vie d’un homme à l’envers, de son lit de mort à sa naissance. Il ne s’est pas contenté de raconter les évènements dans l’ordre chronologique inverse mais a poussé le concept assez loin en narrant toutes les actions comme on pourrait les voir dans un film projeté à l’envers. On ne paie pas avant de repartir avec ses courses du magasin mais on les apporte au magasin et l’on reçoit de l’argent en échange. Sans déflorer l’histoire, il s’avère que l’homme en question n’a pas un passé ou un futur – selon le point de vue – très glorieux. C’est le moins que l’on puisse dire. ...

La solitude du docteur March

Geraldine Brooks a décidé de réutiliser l’univers du roman de Louisa May Alcott, Les Quatre Filles du docteur March. Pour cela, elle a choisi de centrer son histoire, non pas sur les filles, qui vivent seules avec leur mère, mais sur le père de famille le fameux docteur March. Elle souhaite nous raconter ce qui se passe de l’autre côté du roman originel, ce que vit ce père absent. Le roman est construit sur plusieurs plans temporels. Le plan principal raconte la participation de March à la guerre de sécession en tant qu’aumônier militaire. Les évènements qu’il vit sont l’occasion pour lui de revenir sur son passé. ...

Le Maître de Pétersbourg

Un homme se rend à Saint-Pétersbourg sur les traces de son fils. Qu’est-il arrivé à Pavel, seul dans cette ville de tous les dangers ? Quels ont été ses derniers jours ? Ce pèlerinage ne sera pas de tout repos pour ce père qui sera rattrapé par ses démons, perdu dans ses rêveries jusqu’à la lisière de la folie. Cet homme qui part sur les traces de son fils, au risque de se perdre lui-même, n’est autre que Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski. ...

Le musée du silence

Dans un petit bourg japonais isolé, une très vielle dame conçoit un étrange projet. Elle souhaite dédier un lieu aux habitants de son village. Ce sera un musée, le musée du silence puisque ceux auxquels elle souhaite rendre hommage sont morts. Pour ce faire, elle a une idée originale. Elle souhaite exposer un objet propre à chacun des défunts. Bien sûr ce n’est pas n’importe quel objet mais un objet qui représente le plus fidèlement possible chaque habitant. Ce ne doit donc pas être un objet banal comme une brosse à dent ni un objet d’exception comme peut l’être une montre ou un bijou. Il faut qu’il soit intimement lié à la personne, qu’il contienne un peu de son âme afin qu’elle puisse survivre par-delà la mort. C’est pour rassembler cette collection et devenir le conservateur de ce curieux musée qu’est embauché le jeune homme, protagoniste principal de cette histoire. Surpris dès le début par l’entreprise que souhaite mener cette troublante vielle dame, il va tomber de Charybde en Scylla en découvrant bien des mystères. ...

Une forme de vie

Dans l’armée, le taux d’obésité a doublé depuis 2003, selon des études du Pentagone. – LCI C’est peut-être en tombant stupéfaite devant ce type de phrase que l’idée de son nouveau livre a germé dans l’esprit d’Amélie Nothomb. Cette affirmation est surprenante pour tout un chacun - les militaires véhiculent une image de muscles et de rigidité bien loin de l’obésité - mais elle doit l’être encore plus pour la romancière belge qui a un passé commun avec les problèmes de poids. D’abord l’anorexie dont elle a été victime racontée dans Biographie de la faim puis l’obésité évoquée au travers du personnage de Prétextat Tach dans Hygiène de l’assassin. Pour traiter ce sujet elle a choisi le genre épistolaire. Elle imagine donc un dialogue, par courrier interposé, entre un soldat Américain mobilisé en Irak et elle même. Si les situations et les dialogues sont complètements fictifs, les positions et les réflexions d’Amélie Nothomb, semblent bien réelles. C’est donc d’une autofiction qu’il s’agit. C’est un genre intéressant dans lequel l’auteur peut évaluer ses propres réactions face à un univers et des situations fictives, les exemples récents d’autofiction qui me viennent à l’esprit sont le très bon Trois jours chez ma mère de François Weyergans et le moins bon Lunar Park de Bret Easton Ellis. ...

Dr Fischer de Genève

Comme souvent chez Graham Greene on retrouve dans ce court roman de nombreuses références à la religion. Cette fois, elle sont mises au service de la description d’un homme oscillant entre Dieu et le Diable. Je ne suis pas le Christ et il n’est pas Satan; d’ailleurs, je croyais que nous nous étions mis d’accord pour dire qu’il est Dieu Tout-Puissant - mais j’imagine qu’aux yeux des damnés, Dieu Tout-Puissant ressemble beaucoup à Satan. ...

Le voyage d'hiver

Se délecter de la médiocrité d’autrui reste le comble de la médiocrité. Voici une des phrases tirée du Voyage d’hiver, la cuvée 2009 d’Amélie Nothomb. La romancière belge n’est pas médiocre, loin s’en faut et je ne me réjouis pas non plus que ce livre ne fasse, selon moi, pas partie de ses meilleurs ouvrages. Classé dans la catégorie des romans non autobiographique, je le situerais entre Journal d’Hirondelle et Le fait du prince, bien loin des géniaux Hygiène de l’assassin, Cosmétique de l’ennemi et Mercure. Comme toujours chez elle, il y a des prénoms bizarres, un phrasé parfaitement maîtrisé, de très bonnes idées, une intrigue originale et un tout se déroulant dans un mouchoir de poche. On est loin de la débauche de personnages et de décors que l’on peut trouver chez certains auteurs. ...

Le démon

C’est l’histoire d’Harry White un jeune cadre brillant dans son travail et véritable coureur de jupons à ses heures perdues. Bref, il a tout pour réussir et pourtant … Il lui arrive parfois d’avoir en fin de journée une boule au creux du ventre. Un sentiment en demi-teinte, l’impression de se sentir légèrement cafardeux sans raison apparente. Un peu comme certains dimanches après avoir passé la journée à l’intérieur à ne rien faire. Le soir venu, il peut arriver d’avoir le spleen sans trop savoir pourquoi, le regret de n’avoir rien fait, l’appréhension du lundi matin. Parfois, il lui arrive de s’emporter, de bouillir de rage. Ca lui arrive souvent après un week-end agité en prenant le métro le lundi matin, difficile de supporter ce qu’il nomme la populace qu’il trouve grouillante et puante, de se mêler à elle, d’en faire partie. Difficile aussi pour lui de supporter les petits échecs qui sont le lot quotidien d’un jeune cadre au travail: les remontrances du chef, les commérages des collègues, les rivalités, la réussite des autres. Harry sent bien que quelque chose couve et pousse au fond de lui et se sent à l’étroit mais pour l’instant il arrive à le contenir. ...

Docteur Nikola

Docteur Nikola est un roman datant de la fin du 19ème siècle aujourd’hui réédité chez Phébus dans la collection “Libretto”. C’est un roman d’aventure mettant en scène – comme son titre l’indique – l’intriguant docteur Nikola. L’originalité de ce récit tient au fait que les intentions de cet occultiste ne sont, a priori, pas de sauver le monde … L’intrigue se déroule dans la Chine coloniale où le docteur se met en quête de pouvoirs spéciaux détenus par des moines. Pour y parvenir, il va user de toute son intelligence, de sa ruse ainsi que de sa science de l’hypnose. Un peu à la manière des aventures de Sherlock Holmes, les événements sont racontés par Wilfred Bruce, le Watson du docteur Nikola. ...

L'élégance du hérisson

Bien sûr de l’élégance dans ce roman dont on a déjà beaucoup parlé. C’est pour cette raison que je vais m’efforcer d’être concis. Belle écriture et belle histoire qui ne tombe pas dans les écueils du genre en n’hésitant pas à être grinçante et acerbe quand il le faut (Paloma notamment). Cette phrase, tirée du livre, résume à elle seule le style et la morale de cette histoire: Comme nous concluons vite, de l’apparence et de la position, à l’intelligence des êtres … ...