Un tournant de la vie

Ah le triangle amoureux, c’est la recette qui fonctionne toujours bien. Ici, la narratrice – qui semble partager quelques traits communs avec l’autrice – croise à nouveau la route de son grand amour car il vient d’embaucher l’homme qui partage sa vie. Voilà, le décor est planté. On aime ou on n’aime pas, mais ces histoires sont souvent assez prenantes et c’est le cas ici. Christine Angot ne verse pas trop dans l’autofiction, l’action reste concentrée sur le présent et sur cette histoire. Après, c’est le service minimum, beaucoup de dialogues à la serpe, des SMS et une fin pas très convaincante. Rien d’inoubliable donc. ...

La voix des bêtes, la faim des hommes

Une BD au dessin très travaillé et expressif qui nous plonge dans le Moyen Âge des campagnes pendant la période d’évangélisation chrétienne. Le paganisme polythéiste régnait alors, les hommes croyaient en des dieux plus proches de la nature. Rien à dire de ce côté, l’ambiance est là et certaines planches sont magnifiques. Ensuite, j’ai dû rater quelque chose, dans la partie enquête. Je n’étais pas assez intéressé et attentif pendant la lecture. Difficile donc d’en conclure quelque chose. Soit ce n’était pas une lecture pour moi, soit ce n’était pas le bon moment. ...

6 déc. 2025 ·  BD

Le Bel Obscur

J’étais curieux de lire celle qui a figuré – en tant qu’outsider, mais qui a finalement terminé en deuxième position – dans la liste finale du Goncourt 2025. Avec Le Bel Obscur, Caroline Lamarche était parfaitement dans la tendance de l’année, le roman – ou l’autofiction – familial. J’ai soulevé le couvercle au bois gonflé et sorti une pile de documents. La photo retrouvée dans une vielle malle, on a déjà vu ça assez souvent. Anne Berest avec La carte postale et cette année Finistère, Christophe Boltanski dans Les vies de Jacob sans oublier le maître de la mémoire partiellement effacée, Patrick Modiano. Et il faut avouer que ça fonctionne plutôt bien, les enquêtes sont par essence prenantes et l’écriture dynamique teintée d’ironie de l’autrice rend la lecture agréable. ...

Le Complexe d’Eden Bellwether

De la pluie, des vestes de Tweed, du sherry, des étudiants fortunés, ça fleure bon le campus novel. Ces étudiants brillants attirés par le surnaturel ou le mystère m’on remémoré une lecture coup de coeur qui remonte à quelques années, Le maître des illusions. Alors un peu de circonspection, ne nous emballons pas, j’avais adoré ce livre qui a fait la réputation de Donna Tartt, mais cette lecture remonte à quelques années – l’engouement de la jeunesse c’est quelque chose. J’ai malheureusement perdu depuis bien longtemps cet enthousiasme naïf et bien failli arrêter la lecture à plusieurs reprises. Si les interminables descriptions font partie du charme, j’ai eu la désagréable impression que le livre aurait pu, sans ce remplissage, largement tenir en 300 pages. La narration est linéaire et les personnages secondaires ne sont pas exploités alors que la relation amoureuse occupe une place démesurée. ...

La jeune femme et la mer

Catherine Meurisse a écrit, mais surtout dessiné et peint, ce livre lorsqu’elle a séjourné au Japon dans le cadre d’une résidence d’auteur. Je commence par là car c’est ce qui a présidé à l’écriture de ce livre, on sent qu’elle a ramé pour l’écrire, à peu près autant que le peintre en manque d’inspiration qu’elle a choisi comme personnage principal. Tout ceci est donc tiré par les cheveux et pas très intéressant, tout semble forcé et peu inspiré. On se contente donc de profiter des très beaux paysages – qu’elle peint à merveille – et du décalage comique, entre ce raffinement et la façon caricaturale qu’elle a de se représenter. Catherine Meurisse a énormément de talent, mais il lui faut un sujet. ...

21 oct. 2025 ·  BD

Proust, roman familial

J’ai tenté de lire ce livre deux fois. Deux échecs. Il m’est littéralement tombé des mains. Non pas faute d’intérêt pour Proust, mais parce que je n’appartiens pas à la caste des initiés capables de vibrer à chaque mention d’un personnage secondaire de La Recherche. J’aime Marcel Proust, j’en ai lu une bonne partie – en tout cas assez pour briller en société –, mais je ne suis pas un proustien – loin de là. Or, Laure Murat s’adresse visiblement à ce petit cercle d’érudits – les nerds – qui continuent de chercher ce qui n’aurait pas encore été dit sur ce livre-monde. ...

Histoire de la violence

Dans son deuxième roman autobiographique, celui qui est devenu Edouard Louis raconte une expérience traumatisante qu’il a vécu alors qu’il s’était installé dans son propre appartement à Paris. Comme dans En finir avec Eddy Bellegueule il utilise plusieurs voix pour raconter son histoire1. Cette fois le procédé est un peu moins naturel puisqu’il fait parler sa soeur qui raconte une partie l’histoire qu’il lui a lui-même raconté. Et il insère dans ce récit sa version ou ses impressions de première main. Ce n’est pas du courant de conscience, mais du courant de parole. Pourquoi avoir choisi de la faire parler à sa place pour narrer des évènements qu’elle n’a pas vécu ? Simple procédé narratif visant à rendre le récit plus original, plus littéraire ? Je ne pense pas ou du moins ce n’est qu’une partie de l’explication. Il me semble qu’il a voulu ainsi rapprocher cette violence de ses origines comme si, malgré son nouveau statut et sa nouvelle vie, quelque chose le ramenait inexorablement vers la violence du monde dans lequel il a vécu son enfance. ...

Quand notre monde est devenu chrétien

En 312 le monde a connu un évènement majeur, la conversion – et non pas son baptême qui aura lieu sur son lit de mort – au christianisme de l’empereur romain Constantin. À cette époque la religion largement majoritaire de l’empire était le paganisme (le polythéisme antique) alors que le christianisme était encore considéré comme une secte. Puis un jour, à la suite d’un rêve, Constantin se convertit et arbore le chrisme (un symbole chrétien) sur son casque et les boucliers de ses soldats. Est-il possible que cette décision résulte uniquement de cette vision ? Quelles sont les conséquences de ce choix sur l’empire et sur toute l’Europe ? ...

Moi Je, Quarantaine

Ce livre est dans la même veine qu’Amalia, la tragédie du couple moderne lorsqu’il aborde le milieu de la quarantaine. Le constat est bien triste, un quotidien fatigant, lassant et déprimant. Que manque-t-il à ce couple pourtant relativement aisé, peut-être l’amour tout simplement ? Même le personnage féminin est dessiné avec des rides et les traits tirés. Au Picault creuse le sillon de l’autofiction avec des thèmes récurrents autour du couple. Malgré quelques planches, notamment celles représentant la nature vers la fin de l’ouvrage, il semblerait qu’elle ait fait le tour du sujet. Il serait bon de passer à autre chose. ...

14 juil. 2025 ·  BD

L'héritage fossile

Une énième histoire de colonisation d’une planète pour échapper au sort funeste de la Terre – le rêve d’Elon Musk. L’histoire est racontée en parallèle sur deux plans narratifs différents, pendant le très long voyage et, des milliers d’années plus tard, sur la planète de destination. Il y a une tension psychologique et éthique qui porte sur les moyens à employer pour atteindre l’objectif ultime, la sauvegarde de l’humanité. Un format original et des dessins très stylisés qui peinent à retranscrire des émotions. La chute est bien trouvée, mais tout le reste est assez conventionnel et ne pas pas emballé. Une petite déception. ...

16 juin 2025 ·  BD

Gomorra

J’ai piqué plusieurs fois du nez à force de lire des noms et des surnoms de mafieux. Je me suis réveillé, j’ai recommencé et puis j’ai finalement abandonné, assez frustré. Frustré parce que le sujet m’intéresse, j’aime beaucoup comprendre ces organisations et la façon dont elles fonctionnent. Ce livre contient énormément d’information, mais il est malheureusement assez indigeste. Sa structure est inexistante et l’écriture est au kilomètre, la combinaison des deux est de nature à décourager les lecteurs les plus tenaces. L’exact opposé d’un autre livre consacré au crime organisé, Tokyo Vice, dans lequel Jake Adelstein, par un subtil mélange entre journalisme et roman noir, parvient à la fois à informer et à divertir. Je ne déconsidère pas pour autant le travail de Roberto Saviano et je vais d’ailleurs lire son dernier livre consacré à celui qui a payé de sa vie la guerre qu’il a livré à la mafia, Giovanni Falcone. ...

Dans la forêt

Je suis un peu embêté par ce livre. D’un côté le début est plutôt réussi. Une histoire proche de la nature, l’apprentissage de la frugalité, la vie au rythme des saisons, l’autonomie. Et je me serais bien contenté de cette ambiance nature writing. Mais ce n’est pas le choix de l’auteur qui a décidé de pimenter son récit par des choix parfois surprenant auquel je n’ai pas toujours souscrit. La narration linéaire est liée à l’utilisation du procédé du faux journal intime tenu par l’un des protagonistes de l’histoire. Ce dispositif donne souvent des résultats décevants et c’est le cas ici. L’absence de chapitre qui découle de choix est aussi préjudiciable au rythme du récit. Bref, une déception qui m’incite à proposer des alternatives: ...

Tor

Tor est un tout petit village de montagne situé non loin de la principauté d’Andorre, dans les Pyrénées Catalanes. Souvent dans les petits villages l’ambiance ne correspond pas à l’image de carte postale, les tensions, les fâcheries et les disputes sont monnaie courante et perdurent parfois sur des générations. Mais ici les conflits ont pris une toute autre ampleur puisqu’il y a eu des morts. Une équipe de télévision se rend sur place pour mener l’enquête sur ce sinistre village et se fait happer par son sujet. Elle se retrouve vite à mener une enquête qui n’est pas sans risque. Le livre raconte l’histoire du tournage de ce reportage qui est relativement intéressante. Le bémol est que l’on n’est pas du tout dans le journalisme littéraire, la narration est poussive et même parfois peu claire. ...

Espionner, mentir, détruire

Martin Untersinger est journaliste au sein de la rubrique Pixels du quotidien Le Monde qui traite des sujets technologiques et il a reçu le prix Albert Londres pour ce livre. Tout commençait donc très bien, mais j’ai été déçu par cet ouvrage qui ressemble plus à un recueil d’articles qu’à un essai structuré. Il reprend, au sein des différents chapitres, des affaires de piratage qui ont déjà été très médiatisées comme Pegasus, WannaCry, Stuxnet ou encore SolarWinds. Pour certaines, comme Stuxnet, il semblerait qu’il se contente d’écrire ce qui ressemble plus à un résumé d’un livre qu’à une enquête. J’ai même cru déceler des imprécisions, comme dans cette phrase. ...

Trust

Je ne dois pas avoir d’affinités avec les lauréats du prix Pulitzer. Je suis complètement passé à côté de ce livre, mais j’ai pu constater en lisant des critiques que je n’étais pas le seul. C’est le genre de roman clivant que l’on adore – en criant au génie – ou que l’on déteste – en criant à l’arnaque. Tout d’abord je n’aime pas trop les livres “à procédés” et celui-ci en est indéniablement un. Il n’y a qu’à lire la deuxième partie, qui est présentée comme le brouillon d’un récit qui reprend les mêmes évènements que la première partie, la crise de 1929, pour s’en convaincre. Ce qui me gêne, ou plutôt ce qui m’importe, c’est ce qui reste derrière ces artifices. De mon point de vue, pas grand chose. ...

Rousse

Comme si chaque trace qu’elle inscrivait sur terre si longtemps sienne, une fois effacée par jours et vent, plus rien n’allait rester d’elle dans sous-bois qu’elle aimait tant. Rousse ou Le vent dans les saules à l’heure de l’exode climatique et des réfugiés écologiques, une climate fiction à la J. G. Ballard, mais avec des personnages tirés d’un livre pour enfant – Ballard qui est d’ailleurs lui aussi édité chez Tristram. J’exagère un peu, dans ce livre, les animaux ne prennent pas le thé en discutant, mais vivent simplement leur vie d’animaux confrontée au danger climatique. ...

L'emprise

Je n’avais pas lu Marc Dugain depuis très longtemps – depuis la Malédiction d’Edgard peut-être. Puis, à l’occasion de la sortie de son livre Tsunami, j’ai entendu parler de son précédent thriller politique dont le premier volet est L’emprise. Alors qu’en dire ? Les premières choses qui me viennent à l’esprit sont les similitudes qu’il présente avec la série TV Baron Noir – c’est dire la référence. Il contient quelques réflexions politiques intéressantes. ...

Le dîner

Ce livre est plein de mauvais sentiments, il est malsain, toxique. Ne nous y trompons pas, il s’agit d’une oeuvre de fiction et ce que ressent le lecteur correspond certainement à l’effet recherché par l’auteur. Après Villa avec piscine, il s’agit du deuxième livre d’Herman Koch que je lis et c’est aussi la deuxième fois que son personnage principal me met mal à l’aise. La fiction est aussi là pour cette raison, pour nous bousculer, nous proposer d’autres choses, nous faire réfléchir et réagir, même si, comme ici, ce n’est pas toujours agréable. ...

Normal People

C’est le troisième roman de Sally Rooney que je lis, certainement le plus connu et pourtant certainement pas le meilleur. Il tire sa notoriété de son adaptation en série télé. Il faut dire qu’une histoire d’amour un peu chaude entre deux étudiants sur fond de transfuge de classe était manifestement une aubaine pour les producteurs. La série est certainement plus spectaculaire – je ne sais pas pourquoi, mais les producteurs ont tendance à mettre en avant les scènes de sexe – que le livre qui reste un campus novel somme toute très classique, sa seule singularité résidant dans l’évolution sociale des deux amants. Etant plutôt amateur de ce genre de roman, j’ai tout de même passé un bon moment. ...

Le fils de Pan

Le livre est magnifique, une grosse et belle bande dessinée au dos toilé édité par Sarbacane. La couverture nous donne un bel aperçu de la qualité des dessins, ils sont somptueux. Bien que ce ne soit pas clairement indiqué – peut-être parce que les deux histoires peuvent se lire indépendamment –, il s’agit de la suite du Dieu vagabond. On retrouver le personnage d’Eustis, un satyre de la cour de Dionysos qui possède de nombreuses aptitudes. ...

1 déc. 2023 ·  BD