lundi 20 février 2012

L'Eté de cristal par Philip Kerr

La page blanche
L’été de cristal est le premier volet d’un triptyque, connu sous le nom de La trilogie berlinoise, qui a pour protagoniste principal un détective privé dénommé Bernhard Gunther. Pour l’instant ça ne fait pas rêver, on se croirait presque dans un épisode de Derick mais attendez la suite. La particularité réside dans le contexte servant de cadre à ces histoires. Elles se déroulent en Allemagne pendant le IIIme Reich. L’été de cristal / la nuit de cristal, le parallèle est plutôt facile voire un peu grossier. Ce manque de finesse n’est pas imputable à l’auteur mais à un choix éditorial un peu trop marketing — chacun ses goûts - puisque le titre du livre était à l’origine Les violettes de mars. Ce titre qui ne vous dit peut-être rien — c'était mon cas — est tiré d’un terme désignant les adhérents tardifs au parti Nazi. C’est à dire ceux qui se sont ralliés à la cause des plus forts une fois qu’ils ont été au pouvoir.

dimanche 12 février 2012

Tous les matins du monde par Pascal Quignard

La page blanche
J'appréhendais de lire mon premier livre de Pascal Quignard. J'avais une image d'un auteur exigeant envers ses lecteurs voire austère — ce n'est pas vraiment la même chose mais c'est ce que son nom m'évoquait. J'ai choisi Tous les matins du monde un peu par hasard ou plus certainement parce que ce titre m'a séduit ou, plus certainement encore, parce qu'il sonnait bien à mon oreille.
J'ai appris, en rédigeant ce billet — un peu tard donc — que ce livre est fortement lié à un précédent roman La Leçon de musique. Ce roman est également qualifié de roman-scénario car il a été porté à l'écran la même année sous le même titre par Alain Corneau.

dimanche 5 février 2012

La page blanche par Pénélope Bagieu & Boulet

La page blanche
Oh mon Dieu deux blogueurs BD ont fusionné pour donner naissance à un joli livre tout rose intitulé La page blanche. Le titre fait moins référence à la célèbre peur de l'écrivain ou du dessinateur qu'à la perte de mémoire, l'amnésie qui ne laisse qu'un vide. Combien d'histoires ont été écrites sur ce trouble tellement perturbant pour l'être humain ? Ne pas savoir qui l'on est, d'où l'on vient nous est parfaitement insupportable et nous empêche de savoir où l'on va. C'est donc un sujet de choix pour un conteur d'histoires. Dans ce type de récit elle progresse dans deux sens chronologiquement opposés. Plus elle avance dans le temps et plus le passé se révèle à la lumière des évènements vécus par le personnage. La protagoniste est une jeune fille perdue, seule sur un banc qui ne cesse d'écarquiller les yeux et de regarder en tout sens en se demandant non seulement ce qu'elle fait là mais mais qui elle est.Boulet — dont j'apprécie tout particulièrement le travail — est au scénario pendant que Pénélope Bagieu — dont je découvre l'oeuvre — s'occupe des dessins. Ces derniers sont tout à fait dans le style de Pénélope Bagieu — normal me direz-vous mais on aime ou on aime pas — et les couleurs sont un peu trop présentes, trop marquées à mon goût.

mercredi 1 février 2012

Quai d'Orsay Tome 2 par Christophe Blain & Abel Lanzac

Après un premier tome très réussi — voir ici — que vaut ce deuxième opus ? N'y allons pas par quatre chemins, il s'inscrit dans la continuité et est tout aussi excellent que le précédent. Quel plaisir de se retrouver plongé dans l'intimité d'un cabinet ministériel, d'observer l'art subtil de la diplomatie et de voir se nouer les luttes intestines. Avec à sa tête un ministre d'une telle carrure — au propre comme au figuré — et possédant un tel phrasé, c'est un réel plaisir et une bonne partie de rigolade. Nous retrouvons un Dominique de Villepin — pardon un Alexandre Taillard de Worms — encore plus flamboyant, charismatique, imprévisible et énergique que jamais. On ne peut s'empêcher d'avoir de l'empathie pour le personnage principal, conseiller en charge des "langages" auprès du ministre — comprenez en charge de rédiger les discours. On partage son incrédulité devant la fulgurance de son chef, ses sauts contextuels, ses idées hors du commun et sa propension à élever le débat pour affronter ses adversaires très haut dans un monde parallèle.

lundi 30 janvier 2012

De la réalité à la fiction

Avec Claustria — contraction de claustration et Austria (Autriche) —, Régis Jauffret remet sur le devant de la scène le lien ténu qui unit la réalité et la fiction. Pour le faire il ne pouvait pas trouver meilleur sujet que l'horreur qui a été commise par Josef Fritzl qui a enfermé sa fille dans une cave emménagée pendant vingt-quatre ans. Pour ajouter au sordide de ce drame, il lui a fait sept enfants, dont l'un est mort et a été incinéré. Tout cela s'est déroulé au sous-sol du domicile familial ou il vivait tranquillement en compagnie de sa femme. Le romancier français n'en est pas à son coup d'essai puisqu'il avait traité l'assassinat du banquier suisse Edouard Stern dans un précédent livre intitulé Sévère — son histoire avait défrayé la chronique car il avait été retrouvé mort revêtu d'une combinaison en latex du type de celles utilisées dans les pratiques sadomasochistes. Chose surprenante, ce sujet avait été traité par pas moins de trois romans en incluant celui de Jauffret — Latex de Laurent Sweizer et Comme une Sterne en plein vol de Julien Hommage. Régis Jauffret n'est pas un cas isolé et bien d'autres avant lui ont trouvé dans les faits divers matière à rédiger des romans. Posons-nous la question de savoir pourquoi ils attirent tant les romanciers et les lecteurs.

samedi 28 janvier 2012

La vie secrète de E. Robert Pendleton par Michael Collins

La vie secrète de E. Robert PendletonCe roman débute comme l'un de ces nombreux romans se déroulant dans une université américaine. Les protagonistes sont E. Robert Pendleton dans le rôle du professeur frustré qui n'a jamais pu percer en tant qu'écrivain et Adi dans le rôle de la jeune étudiante pulpeuse éprise de littérature. Pour compléter ce duo, il manquait le poil à gratter, l'élément perturbateur. Il va apparaître sous les traits d'un écrivain sans talent mais devenu célèbre depuis que lui et le professeur Pendleton suivaient les mêmes cours à l'université. La venue de ce rival, va être le déclencheur d'événements qui moisissaient depuis trop longtemps.

dimanche 22 janvier 2012

Stalker par Arcadi et Boris Strougatski

Stalker : Pique-Nique au Bord du CheminL'idée de départ est très intéressante. Des extraterrestres ont fait une apparition sur Terre et ont laissé, comme trace de leur passage, six zones dans lesquelles il se passe des phénomènes étranges. Ces zones sont protégées par l'armée et étudiées par des scientifiques mais, malgré cette surveillance, des pilleurs s'adonnent à la chasse aux objets laissés par les visiteurs. Ces chercheurs de trésors sont connus sous le nom de stalkers — c'est un mot anglais difficile à traduire qui désigne en général des personnes peu recommandables. Ils prennent des risques inconsidérés pour revendre au marché noir leurs trouvailles aux propriétés et aux dangers encore méconnus — un peu comme de l'amiante ou du Mediator en bien pire. Ce roman nous propose de suivre les aventures de l'un d'eux vivant à Harmont, une ville mitoyenne de l'une des six zones visitées.

mardi 17 janvier 2012

Stoner par John Williams

StonerC'est un roman passif qui évoque toute une vie — ce n'est pas péjoratif, on emploie parfois ce terme par opposition au roman actif qui isole une crise. Cette vie, c'est celle de William Stoner. Ce n'est pas quelqu'un d'exceptionnel et c'est déjà l'une des forces de cette histoire. D'origine modeste, ce sont les études qui ont changé sa vie. Une matière a tout de suite retenu son intérêt: la littérature. Ce sera le fil rouge de sa vie. La seule chose que personne ne pourra lui enlever malgré les difficultés et les désillusions, elle restera toujours comme un refuge, une béquille de l'âme.
Il ferma les yeux et respira le parfum des vieux livres. Cette odeur apaisante de cuir et de bon savoir enfermé ... Enfin il soupira.

vendredi 13 janvier 2012

Voyage en Satanie T1 par F. Vehlmann & Kerascoët

Voyage en Satanie, Tome 1 :Ceux qui, dans leur jeunesse, ont lu le Voyage au centre de la Terre de Jules Verne en gardent certainement encore aujourd'hui un souvenir émerveillé. Découvrir un monde étrange et merveilleux qui se trouve là, juste sous nos pieds. Partir à l'aventure en montant une exploration scientifique pour conquérir ces nouveaux territoires encore vierges. Je fais partie de ces personnes là et j'ai même conservé l'édition Folio junior de ma jeunesse que je n'ai jamais voulu relire de peur de voir se flétrir ou s'évanouir un si beau souvenir. C'est certainement ce passif qui a éveillé ma curiosité concernant ce premier tome de Voyage en Satanie — il y a aussi le fait que j'apprécie beaucoup le travail de Fabien Vehlmann. Je ne me suis pas trompé, il est bien question d'exploration sous-terraine, autrement dit de spéléologie. C'est l'espoir de retrouver un frère disparu qui a poussé Charlie — c'est la jeune fille aux cheveux roux que l'on voit sur la couverture —, et un petit groupe d'amis, à s'aventurer dans les cavités sous-terraines. Le frère de Charlie était tout simplement parti, pour une raison que je ne révélerai pas, à la recherche de l'enfer — rien que ça. Ce petit groupe est rejoint par un curé spéléologue qui les sermonne pour leur imprudence — normal c'est un curé. Ses craintes vont pourtant se révéler fondées. Un violent orage va déclencher une brusque montée des eaux qui va forcer les imprudents à s'aventurer plus avant dans les profondeurs de la Terre.

jeudi 5 janvier 2012

En avant, route ! par Alix de Saint-André

En avant, route !Décidément je fais dans le Gonzo journalisme religieux après L'année où j'ai vécu selon la bible, me voici désormais sur la route direction Saint-Jacques de Compostelle en compagnie d'Alix de Saint-André. Alix de Saint-André est une journaliste de presse écrite qui avait officié quelques temps à la TV en tant que chroniqueuse. Elle nous raconte avec beaucoup d'humour parfois sarcastique mais toujours drôle, ses pèlerinages — ce n'est pas une erreur elle en fait plusieurs. Même si elle est issue d'un milieux religieux, elle ne se gène pas pour égratigner ses compagnons de voyage. On a droit à quelques bons moments et le franc-parler de la journaliste fait merveille. C'est vrai que c'est un sacré personnage. Elle râle, elle critique, elle fume cigarette sur cigarette et ne crache pas sur un bon apéro.

vendredi 30 décembre 2011

Je m'en vais par Jean Echenoz

Je m'en vais"Je m'en vais", c'est par ces mots que commence et se termine le livre de Jean Echenoz. Ferrer, le personnage principal, travaille dans le domaine de l'art — il se prénomme Félix mais le narrateur utilise le plus souvent son nom de famille seul. Ancien artiste lui-même il s'est petit à petit transformé en marchant d'art exerçant dans sa propre galerie parisienne. Cette galerie, il s'en sert également de dortoir lorsque les affres de la vie sentimentale le poussent à trouver un refuge. Cette vie et ses calcifications que deviennent avec le temps les habitudes le lassent. C'est pour cette raison, mais aussi pour l'appât du gain, qu'il ne va pas hésiter à embarquer direction le grand nord sur les traces d'un trésor d'art inuit (paléobaleinier plus précisément).

dimanche 25 décembre 2011

Le dernier cosmonaute par Aurélien Maury

Le dernier cosmonauteDès les premières pages, on pense tout de suite à Chris Ware, à son travail d'une précision quasi maniaque. Les dessins ligne claire au cordeau, les aplats de couleurs harmonieux produisent le même effet, on ne peut qu'être séduit. On retrouve d'autres similitudes comme le décor d'une petite ville américaine et l'immersion dans une lower class à la lisière de la dépression. Dans ce cadre, vivent deux jeunes gens un peu paumés voyant leur vie au travers d'un hublot. Pour Larry, c'est celui d'une fusée ou d'un casque de cosmonaute. Arrivé à la trentaine, il est encore englué dans ses rêves d'enfant instillés par l'influence d'un père aviateur. Depuis, il vit la tête dans les nuages ou plutôt dans les étoiles.
Pour Alice, les rêves sont plus terre à terre et c'est le hublot d'une machine à laver de lavomatique qui sert de fenêtre sur sa vie. Elle la compare au linge qui n'a de cesse de s'agiter mais ne peut que tourner en rond et finit par s'user. C'est la rencontre de ces deux personnes à peine sorties de l'adolescence que nous raconte ce livre.

mardi 20 décembre 2011

Les Forêts d'Opale T1 par C. Arleston & P. Pellet

Forêts d'opale, tome 1Le ton est donné dès la couverture, nous sommes dans de la fantasy pure et dure. Au centre de l'image se trouve un guerrier à l'air féroce portant un masque — à moins que ce ne soit son visage — et une armure hérissée de cornes. C'est tout d'abord la curiosité engendrée par ce personnage étrange qui m'a poussé à ouvrir ce livre. Autant le dire tout de suite, mis à part lui, vous n'y trouverez rien d'original — il suffit d'observer les autres personnages pour s'en convaincre. Le monde d'Opale est dominé par des religieux, le clergé de la lumière, qui oppriment les habitants. Selon une prophétie, un jeune héros peut libérer son peuple en provoquant le retour des Titans indûment chassés par le clergé.

dimanche 11 décembre 2011

1001 livres

La faim de Hoffman
En cherchant des cadeaux de Noël je suis tombé sur une série de livres plutôt intéressante. Il s'agit de la série des 1001 proposée par les éditions Flammarion. Le concept est simple. Il s'agit de présenter dans des domaines différents un florilège, une sélection de 1001 références. Cette collection adresse de nombreuses thématiques comme la musique, la gastronomie, l'architecture ou, plus récemment, les jeux videos. Bien évidemment dans ce genre d'exercice les choix sont toujours discutables mais il est toujours enrichissant de confronter les opinions.

Ce sont les livres qui nous intéressent ici, voici les ouvrages proposés dans ce domaine:
  • Les 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie
  • Les 1001 livres d'enfants qu'il faut avoir lus pour grandir
  • Les 1001 BD (à paraitre)

Je connaissais certaines listes accessibles sur internet comme par exemple: 1001 books you must read before you die — vite il faut se dépêcher ! —, mais disposer d'un livre papier présentant chacun des ouvrages me paraît être d'un plus grand confort. Revenir consulter ces presque 1000 pages pour découvrir, confirmer ses préférences ou trouver des suggestions de lecture me semble être une activité tout à fait passionnante.
Je n'ai pas eu la chance d'avoir l'un de ces livres entre les mains mais, si le père Noël m'écoute, qu'il sache que c'est une bonne idée.

Amazon : Les 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie, Les 1001 livres d'enfants qu'il faut avoir lus pour grandir

jeudi 8 décembre 2011

Le Maître ou le tournoi de go par Yasunari Kawabata

Le Maître ou le tournoi de goCe livre relate le dernier tournoi d'un grand maître du jeu de Go. Le jeu de Go est un jeu peu connu en Occident mais très populaire dans les pays asiatiques, principalement au Japon en Chine et en Corée. Il est articulé autour de règles très simples mais paradoxalement extrêmement complexes à maîtriser. Pour illustrer cela, on peut évoquer les programmes informatiques joueurs. S'ils sont capables de surpasser aux échecs les plus grands maîtres - on se rappelle de Deep Blue -, ils ne parviennent, au jeu de Go, qu'à donner la réplique aux meilleurs amateurs, les professionnels ne font qu'une bouchée de leurs rivaux numériques — ils sont capables de rivaliser en bénéficiant de handicap et en utilisant plus de temps. Ce phénomène s'explique notamment par la très grande combinatoire de coups possibles. Même un ordinateur, dont la qualité première est d'être capable de réaliser de nombreux calculs, est dépassé. Au Go, il faut jouer à l'instinct, avoir une vision et, dans ce domaine, les programmes informatiques sont encore bien loin des humains.