Le Meurtre du Commandeur T1

La sortie d’un nouveau Murakami est devenue au fil du temps un événement mondial. L’auteur japonais a acquis une notoriété qui lui aurait certainement valu une reconnaissance par le comité Nobel littérature si celui-ci n’était pas tombé en disgrâce. A une bien moindre échelle, j’ai moi même été victime de cet engouement qui m’a conduit à me procurer à prix d’or (près de 50 €) les deux tomes, dès leur sortie en librairie – alors que je préfère habituellement attendre l’arrivée des livres sur le marché de l’occasion. Alors que faut-il en penser ? Est-ce le chef-d’oeuvre qui couronne son oeuvre ? ...

Écoute le chant du vent suivi de Flipper, 1973

Écoute le chant du vent et Flipper, 1973 sont les deux premiers romans d’Haruki Murakami. Il les a écrits sur la table de sa cuisine. Ils forment avec La Course au mouton sauvage La trilogie du Rat – le Rat est une personne d’où la majuscule. Le Rat tourna la tête vers le plafond et puis, lentement, il ferma les yeux. Ensuite, il éteignit toutes les lumières qui peuplaient son cerveau, et son esprit s’engouffra dans de nouvelles ténèbres. ...

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

Patrick Modiano creuse toujours le même sillon. Celui de son enfance et des souvenirs évanescents. Des noms, des lieux qui emergent à la surface de sa conscience et qui peu à peu prennent forme sans jamais se clarifier complètement. De cette période trouble de l’occupation et de l’après guerre. Il l’a fait sous les traits de multiples personnages, celui de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, comme d’autres avant lui, se prénomme Jean, Jean Daragane. ...

Les locataires de l’été

Je pense – mais j’ai la flemme de vérifier – que ce titre m’a été conseillé par Frédéric Beigbeder dans son livre Premier bilan après l’apocalypse. Je ne connaissais pas du tout Charles Simmons avant de lire ce livre et le titre Les Locataires de l’été ne m’aurait pas attiré. Seule la belle couverture du Phébus libretto, illustrée par un détail d’une oeuvre d’Edward Hopper, aurait pu allumer une étincelle dans mon regard. Il est vrai que ce titre, Les Locataires de l’été, n’est pas une grande trouvaille du traducteur. Le titre original, même s’il est simple, Salt Water, me semble beaucoup plus approprié car je suppose qu’il fait précisément référence à ce passage très évocateur du livre. ...

La Leçon d'anatomie

C’est fou comme les romans de Philip Roth peuvent être différents. Autant Némésis que j’ai lu récemment est clair et limpide, se lit facilement, coule tout seul tout en étant très travaillé et parfaitement réalisé, autant ceux du cycle Nathan Zuckerman sont sinueux, complexes et pour résumer torturés. Je conseillerais les premiers à tout lecteur – pour ne pas dire n’importe quel lecteur ce qui pourrait sembler péjoratif – et je réserverais les autres à un public d’avertis qui a déjà beaucoup lu et qui est à la recherche de quelque chose de moins conventionnel, de plus profond voire d’expérimental. ...

Némésis

Némésis est le dernier roman du cycle éponyme et le dernier roman de Philip Roth avant qu’il raccroche définitivement pour attendre le Nobel et son entrée dans la Pléiade – ça, c’est fait. Ce roman n’a rien à voir avec ceux du cycle Nathan Zuckerman qui est certainement le plus connu. Autant je trouve que les romans mettant en scène Nathan Zuckerman sont denses et complexes – tout simplement difficiles à lire pour dire les choses – autant je trouve que ce livre et d’autres comme Le Complot contre l’Amérique sont l’exact opposé, simples et accessibles. Il est curieux de trouver une telle différence chez un auteur, d’autres sont plus homogènes – Auster ou Modiano par exemple. Cette simplicité n’enlève rien à la qualité de ce roman, il est très réussi – on s’en doute, il ne pouvait pas partir sur un échec quand même. ...

Rue des boutiques obscures

La simple évocation du nom de Modiano convoque toute une idée de la littérature des quarante dernières années. Rue des Boutiques Obscures est certainement l’un de ses romans les plus connus, peut-être parce qu’il fut couronné par le prix Goncourt en 1978. Si je devais qualifier ce roman sur le fond en quelques mots, je dirais: quête identitaire, mémoire, disparition et mystère. Non, il ne m’avait pas reconnu. Personne ne me reconnaissait. ...

Le grand jeu

Céline Minard est coutumière des livres originaux. J’avais pour la première fois entendu parler d’elle lorsqu’elle avait publié Bastard Battle1, un roman médiéval écrit en ancien français qui puisait également son inspiration dans le monde des samouraïs. Avant cela, elle avait écrit Le Dernier Monde2 un roman de SF imaginant le destin du dernier survivant de l’espèce humaine. Mais c’est surtout avec Faillir être flingué3 qu’elle s’est fait connaître du grand public notamment par le biais d’une critique élogieuse. Dans ce roman au titre qui sonne elle explore cette fois l’univers du Western. Plutôt amateur d’originalité, je l’avais dans le viseur et lorsque j’ai mis la main sur Le grand jeu, je me suis dit que c’était une bonne occasion. ...

Le jour ne se lève pas pour nous

Il fait nuit à la surface de l’Océan, mais demain le jour se lèvera sur lui. Pas sur nous. Là où nous sommes, dans la coque et hors de la coque, ce ne sont que ténèbres. J’ai commencé la lecture du roman Le jour ne se lève pas pour nous non pour ses qualités romanesques – pas qu’il n’en ait pas –, mais à titre documentaire. J’ai toujours été intrigué par la vie à bord d’un sous-marin. J’avais déjà eu une vision bien peu idyllique dans le très noir, mais très bon Immergés – dommage que la série ait été arrêtée prématurément. ...

Adieu, Alice

J’ai acheté ce livre édité par la Table Ronde dans sa très belle collection de poche “La petite vermillon” simplement sur l’impression laissée par sa couverture. J’ai commencé à le lire sans rien connaître de l’histoire ni de son auteur, John Hopkins – je ne lis jamais les quatrièmes de couverture. Lorsque je lis un livre j’aime particulièrement la découverte, les cent premières pages. Que nous apprend la couverture ? Elle représente un jeune homme bien habillé et portant des lunettes. Il se trouve au balcon de ce qui ressemble à un riad. Il a un visage pensif et regarde vers l’horizon dans un pays qui ne semble pas être le sien. Quant au titre, Adieu, Alice, il nous fait comprendre qu’il y a une femme dans cette histoire. Peut-être qu’elle n’est pas là et que c’est à elle qu’il pense en regardant au loin. ...

Les amants du Spoutnik

Les livres de Murakami sont pour moi comme un lieu où l’on aime se retrouver, où l’on se sent à l’aise. Je l’ai déjà dit – certainement à plusieurs reprises –, mais je le répète encore, j’adore ses descriptions du quotidien, l’ambiance de ses livres. Ses personnages aiment les plaisirs simples comme savourer une bière bien fraîche en écoutant un bon disque, certains arrêtent de fumer et j’aime à croire que ces comportements ont eu une influence sur moi – pas besoin de vous faire un dessin. Le souvenir de mes premières lectures de Murakami est encore très présent alors qu’elles datent d’une grosse dizaine d’années – depuis j’ai arrêté de fumer, mais je me suis aussi mis à boire de la bière et à écouter du jazz. ...

Freedom

Pour moi Freedom est l’archétype du roman américain moderne. Ce n’est pas un hasard puisque Jonathan Franzen est un des plus grands représentant de cette littérature. Il dépeint dans ses livres de larges fresques représentant la société actuelle, celle qu’il connaît, il décrit le monde dans lequel il vit et c’est ce que les écrivains ont toujours fait de mieux. Si le roman du mariage, d’un autre grand écrivain américain Jeffrey Eugenides, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre est plus un campus novel qu’un wedding novel, Freedom est par contre un modèle du genre. Ce néologisme doublé d’un anglicisme n’est pas très élégant, mais se révèle bien pratique pour qualifier des romans dont le sujet n’est pas tant le mariage en lui-même – heureusement, la réalité ce suffit à elle-même dans ce registre –, que le couple ainsi sacralisé, puis la famille qu’il va s’efforcer de constituer pour se diriger tout doucement, mais surement vers un lent déclin. Il se fait l’observateur de ce phénomène – physiologique et / ou culturel – qui pousse les hommes et les femmes à se rassembler pour ne faire qu’un. Mettre de côté – ou au moins niveler – pour un temps sa personnalité, ses envies pour se consacrer d’abord à l’être aimé puis à ses enfants. On a l’habitude d’opposer le mariage d’amour au mariage de raison, il donnera sur cette question également quelques éclairages. ...

Boussole

Le mot qui revient le plus souvent lorsque l’on entend parler de ce livre est érudition. Et, après seulement quelques pages, on comprend pourquoi et on ne peut que se rallier à cette opinion. C’est vrai que c’est surprenant, impressionnant – et beaucoup d’autres superlatifs – et même si l’on sait que Mathias Enard est un spécialiste de l’Orient, on se demande comment il a fait pour réunir dans ce roman une telle somme de connaissances, d’anecdotes, d’histoires – avec un petit et un grand H –, bref de tout, une somme, un monde. Le sujet de ce roman, qui a reçu le prix Goncourt en 20151, son thème, est l’Orient et plus spécifiquement l’orientalisme qui est un mouvement culturel occidental – au sens large – manifestant un attrait pour la culture orientale. Après la lecture de ce livre je me risque à en donner ma propre définition: “L’Orient fantasmé par les occidentaux” – éminemment subjective, réductrice et donc critiquable. ...

Moon Palace

Je suis un inconditionnel de Paul Auster et je poursuis, avec la lecture de Moon Palace, le parcours de son oeuvre. Le livre commence bien, le personnage principal est un jeune homme étrange dont la vie n’est pas simple. Il est passionné de littérature, anticonformiste, bref un personnage comme on les aime. Puis, il fera la rencontre d’un vieil homme au passé trouble et qui pourrait bien se révéler être encore plus étrange que lui. Leur rencontre est-elle le simple fruit du hasard ? ...

Soumission

“C’est la soumission” dit doucement Rediger. “L’idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue.” Quoi que l’on en dise, Michel Houellebecq s’assagit avec le temps – il vieillit peut-être ? Depuis maintenant deux romans, il devient plus consensuel et gomme petit à petit la violence et le sexe – il en reste tout de même un peu rassurez-vous – de ses ouvrages pour les rendre plus cérébraux – voir l’article consacré à son précédent roman, La carte et le territoire. Ceux qui parlent de Soumission comme d’un livre polémique n’ont rien compris. ...

Vernon Subutex T1

Virginie Despentes a écrit son voyage au bout de la nuit. Enfin celui de Vernon, un disquaire qui n’a plus que son iPod en poche. La fête est finie, plus de disque ou au moins de magasin qui en vend, les trente ans sont loin, les pots qui ont un peu trop abusé des bonnes choses tombent comme des mouches et c’est carrément tout notre monde occidental d’opulence qui est en train de méchamment se casser la gueule. Bref, c’est la grosse merde. ...

Extrêmement fort et incroyablement près

Extrêmement original et incroyablement émouvant voilà comment résumer ce livre en reprenant les termes préférés d’Oskar. Oskar est un petit garçon surdoué qui a perdu son père lors des attentats du 11 septembre. Ils entretenaient une relation très fusionnelle et très complice et son père lui manque bien sûr beaucoup. Un jour en cherchant dans ses affaires, il casse un vase et découvre une enveloppe au nom de Black contenant une clé. La recherche de la serrure correspondante va être une quête pour Oskar, son absolue priorité, une manière de prolonger la relation avec son père. ...

La moustache

Je crois n’avoir jamais lu de romans d’Emmanuel Carrère et je crois me souvenir qu’il disait dans Le Royaume ne plus en écrire depuis longtemps – à la place il écrit de la non-fiction. Lorsque mes yeux se sont posés sur le mince volume de La moustache à la bibliothèque, je me suis dit que c’était l’occasion. A vrai dire, je l’aurais lu depuis longtemps, si le fait d’avoir vu l’adaptation au cinéma interprétée, en autre, par le magistral Vincent Lindon ne me faisait craindre de lire une histoire complètement déflorée. Mais le temps a passé et je ne me souviens à présent que de cet évènement qui est au coeur de l’histoire et qui concerne un des attributs les plus masculins qui soit: la moustache. Même si cette scène est très connue, je regrette de rater le plaisir de la découvrir en lisant le livre. Sachant cela, je me concentre sur l’écriture, sur l’ambiance et je me dis que c’est dommage qu’Emmanuel Carrère n’écrive pas plus de romans – il trouve certainement que la réalité est bien plus romanesque. Il a le ton juste, des phrases courtes, une belle écriture qui n’en fait pas trop tout en étant élégante. Pour tout dire, ce roman m’a fait penser à ceux de Jean-Philippe Toussaint pour le style avec une forte inspiration des romans de Philip K. Dick pour la manipulation de la réalité – ou des réalités – et le le côté paranoïaque du personnage. Ce n’est pas pour rien qu’il a écrit Je suis vivant et vous êtes morts. ...

Supplément à la vie de Barbara Loden

Derrière ce très beau titre, se cache une idée assez originale. Nathalie Léger, ou plutôt la narratrice puisqu’il s’agit d’un roman, doit écrire une notice biographique sur Barbara Loden. Elle nous raconte dans ce petit livre cette expérience, ses recherches, son travail, ses doutes. Barbara Loden était une actrice et réalisatrice qui a connu son heure de gloire – enfin si l’on peut parler ainsi – dans les années 70. Son CV de réalisatrice ne compte qu’un seul et unique film, Wanda dans lequel elle tint le rôle principal. Peut-être parce que le personnage principal lui ressemblait beaucoup, une fille perdue qui passe à côté de sa vie. ...

Le cas Sneijder

Le cas Sneijder me fait beaucoup penser à un autre livre de Jean-Paul Dubois que j’avais bien apprécié: Kennedy et moi. Avec le temps et les souvenirs qui se sont émoussés, je les prendrais presque pour des clones. Sans aller jusqu’à là, je pense qu’ils ont beaucoup de points communs. Les narrateurs et personnages principaux des deux livres se ressemblent, Le ton, sorte de mélange très réussi entre de l’humour de la mélancolie et du cynisme – le livre vaut d’être lu rien que pour ça, L’épouse du narrateur et leurs jumeaux sont les mêmes ou presque – des emmerdeurs de première, La présence d’une montre, L’omniprésence de la dépression. Le début est génial, l’incipit est terrible et les réflexions sur l’existence et ses non-sens sont bien trouvées et exprimées. ...