Richie

Richard … Vous voulez en dire du mal ou du bien ? Parce qu’il y a matière à en faire un démon ou un saint, vous savez ! Richie est le surnom affectueux que donnait les étudiants de Sciences Po à leur directeur bien aimé Richard Descoings. Jamais on a avait vu directeur d’école adulé comme une rock star et il y avait des raisons à cet amour. Homosexuel et militant de la première heure pour l’association AIDES, il était un fêtard invétéré. Un profil atypique pour un haut fonctionnaire ayant fait Sciences Po et l’ENA qui passait ses nuits dans les boîtes mythiques de la capitale: Le Queen, Les Bains Douches, Le Palace – elles ont toutes fermées leur porte – qui troquait au petit matin son pantalon en cuir et son t-shirt contre un classique costume-cravate pour rejoindre une réunion au sein d’un cabinet ministériel. Mais être anticonformiste ne suffit pas à faire de vous une idole, surtout auprès d’une population aussi exigeante, il faut obtenir des résultats. Il a réformé profondément cette école ancrée dans la plus grande tradition française pour en faire une institution au rayonnement international sur le modèles des grandes universités anglo-saxonnes comme Oxford ou Harvard. ...

Rousse

Comme si chaque trace qu’elle inscrivait sur terre si longtemps sienne, une fois effacée par jours et vent, plus rien n’allait rester d’elle dans sous-bois qu’elle aimait tant. Rousse ou Le vent dans les saules à l’heure de l’exode climatique et des réfugiés écologiques, une climate fiction à la J. G. Ballard, mais avec des personnages tirés d’un livre pour enfant – Ballard qui est d’ailleurs lui aussi édité chez Tristram. J’exagère un peu, dans ce livre, les animaux ne prennent pas le thé en discutant, mais vivent simplement leur vie d’animaux confrontée au danger climatique. ...

Frontier

Je suis tombé sous le charme de cet univers et des dessins dès les toutes premières pages – autant dire que la suite de cette note n’est pas objective. Commençons par là, les personnages semblent être tirés d’un jeu vidéo – ils sont trop mignons. Les décors sur les planètes, dans l’espace et surtout dans les différents vaisseaux et autres stations spatiales sont géniaux. Il démontre une inventivité, un bon goût couplé à un souci du détail qui est de l’ordre du perfectionnisme voire de l’obsession. Le résultat est époustouflant, on en prend plein les yeux et on peut s’arrêter de longs moments sur une case pour en apprécier le raffinement. ...

17 mai 2024 ·  BD  ♥

Aliène

Le livre ressemble au récit d’un rêve ou plutôt d’un cauchemar. Mais pas de n’importe quel cauchemar, celui dont on se réveille en sueur, avec une impression amère et tenace de réalité. Dans ce genre de cas, la rémanence de ce malaise est souvent assez longue et l’on peine à s’en remettre. Le début du livre est enthousiasmant, l’atmosphère est particulièrement prenante. On est tout de suite plongé dans un univers subtilement étrange. Le subtilement a son importance car il pique la curiosité, on ne voit pas les grosses ficelles et on n’a qu’une envie, celle de tourner les pages. Cet effet est atteint par la combinaison de l’histoire et de l’écriture alliant modernité et usage de mots de savants. On n’est pas dans l’horreur, mais on tourne autour. ...

La colère et l’oubli

Je ne suis pas un spécialiste de ce sujet, juste un témoin occidental de la montée du jihadisme dans nos pays européens et de ses manifestations les plus visibles et les plus cruelles, les attentats. Ce livre retrace clairement l’histoire de cette vague qui, comme le souligne Hugo Micheron, évolue en deux temps, à marée haute et à marée basse. L’ouvrage est articulé en trois phases chronologiques. Les vétérans - décennie 1990: Il revient sur les origines du mouvement à Peshawar pendant la guerre d’Afghanistan, qui a vu se rejoindre des musulmans de nombreux pays pour faire la guerre à l’envahisseur russe. À la fin de la guerre, ils sont retournés essaimer dans leur pays ainsi q’en Europe et en particulier à Londres pour former ce qui a été nommé le Londonistan. Les pionniers - décennie 2000: Les attentats du 11 septembre sont le point de départ d’un jihadisme européen, c’est-à-dire émanant d’Europe pour frapper l’Europe. Les autochtones: C’est l’époque de la guerre en Syrie qui attire sur son sol des combattants, de l’essor de Daech (État islamique) et de l’établissement, relativement éphémère, d’un califat. Tout est extrêmement bien documenté – Hugo Micheron est un enseignant-chercheur spécialiste de ce sujet – et très clair – même pour le profane que je suis. Il montre bien les mécaniques de radicalisation qui passent principalement par l’établissement de communautés dans des villes ou des quartiers, les prêches et la prison et qui ont su s’adapter aux nouveaux moyens de ommunication numériques qui ont connu une révolution pendant ces décennies. Les propos factuels et dépassionnés d’Hugo Micheron donnent au lecteur une vision claire et clinique des récents évènements qui ont bouleversé nos vies d’européens. Ce livre est un outil indispensable pour acquérir une connaissance de ce phénomène, connaissance qui est un préalable obligatoire à la compréhension de l’évolution de nos sociétés. Comme l’auteur le souligne dans sa conclusion, les différents mouvement politiques ne semblent toujours pas appréhender cette problématique de la bonne manière. ...

Quand sort la recluse

Au bout du 11ème volume des aventures du commissaire Adamsberg on a compris la mécanique des romans de Fred Vargas. Ce sont des enquêtes très décousues qui suivent une logique que même le commissaire – le seul en capacité de comprendre – a du mal à suivre. Il se laisse guider par son instinct. Il y a toujours la vie de la brigade avec ses personnalités bigarrées. Et enfin un élément étrange, souvent tiré d’une ancienne légende – ici la recluse –, sert de fil rouge. ...

Seek You

On parle volontiers de romans graphiques, on pourrait alors parler ici d’un essai graphique. Kristen Radtke livre une réflexion à la fois personnelle et documentée sur la solitude dans notre monde contemporain. Elle fait habilement l’aller-retour entre ses expériences personnelles et les théories sur le sujet. Les illustrations en lignes claires dans des tons pastels accompagnent merveilleusement le texte. Le constat est toujours le même. L’homme est un animal social qui a besoin des autres – pas seulement au sens matériel – pour vivre de façon épanouie. La solitude – au moins lorsqu’elle est subie – est une souffrance. Tout ceci est parfaitement mis en évidence, illustré et étayé dans cet ouvrage à tel point que l’on se prend à réfléchir à sa propre situation et à celle de ses proches. ...

28 avr. 2024 ·  BD  ♥

Swan Song T1

Je n’ai pas de chance avec les histoires post-apocalyptiques. Je suis toujours emballé au début – surtout avant de commencer la lecture –, puis je me lasse. Le même schéma s’est déjà produit avec des poids lourds du genre comme Metro 2033 ou Le Fléau. Pourtant, ce premier tome de Swan Song ne manque pas de qualités à commencer par le beau travail éditorial – comme toujours chez Monsieur Toussaint Louverture – reprenant pour cette série les codes du roman pulp – l’affreuse couverture est donc pleinement assumée. Ensuite on est dans l’apocalypse, la vraie, la troisième guerre mondiale comme on l’imaginait pendant la guerre froide – le roman a été publié en 1987 – à grands coups de missiles nucléaires. ...

It’s Lonely at the Centre of the Earth

Encore une BD plus qu’autobiographique, autocentrée. C’est vrai que l’on pense en ouvrant cette BD à d’autres récits consacrés aux troubles psychologiques comme le récit de sa bipolarité que fit Ellen Forney dans Une case en moins, mais aussi au Nao de Brown pour la finesse des dessins et la fragilité du personnage. Alors quoi de neuf ici ? Un récit de dépression dont souffre l’autrice depuis l’enfance et des efforts faits pour vivre avec. ...

14 avr. 2024 ·  BD

Les altruistes

Pour commencer je dois avouer que je suis un très bon client des romanciers américains dans le style – pour simplifier – de Jonathan Franzen. Je parle d’histoires contemporaines, souvent des histoires de famille ou des histoires d’amour. J’ai découvert Andrew Ridker à l’occasion de la sortie récente de son dernier roman – que j’ai bien envie de lire –, Hope. Les altruistes est son premier roman et on est clairement dans l’histoire familiale ou comment les traumatismes se transmettent de génération en génération. Il reprend le thème du péché originel qui, bien enfoui au tréfonds des consciences, pourrit lentement avant d’exploser au grand jour. Au passage, le patriarcat en prend un bon coup. Le livre sur ce point, mais aussi plus généralement, est drôle et très second degré. ...

Sambre

Alice Géraud nous raconte une sordide histoire de viols. Un homme a sévi pendant des dizaines d’années autour de la Sambre dans le nord-est de la France. C’était à une époque où les tueurs et les violeurs en série ne remplissaient pas encore les écrans télé – c’était avant les affaires Marc Dutroux, Michel Fourniret et Guy Georges. Les profilers, l’analyse des données, le bornage téléphonique et la police scientifique n’existaient pas encore. Mais est-ce vraiment une excuse ? Ce qui semblait occuper les enquêteurs à cette époque préhistorique par rapport à la révolution #MeToo était plutôt la guerre entre la police et la gendarmerie et la tendance à minimiser le sort de victimes quand ce n’était pas les culpabiliser pour leur comportement ou leur tenue. ...

Le père Goriot

Je possède ce Folio depuis que l’on m’a demandé de l’acheter dans le cadre des cours de Français au collège – ou au lycée. A l’époque, je ne l’avais pas lu, seulement certaines parties – le strict minimum. Depuis, de temps en temps, il se rappelait à moi et j’ai enfin sauté le pas. Il n’y a pas de principes, il n’y a que des évènements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les évènements et les circonstances pour les conduire. ...

Astra Nova

La science-fiction ne sert pas qu’à se projeter dans le futur pour explorer de nouveaux mondes ou rêver à des avancées technologiques qui pourraient changer le sort de l’humanité. Elle sert aussi, comme c’est le cas ici, à faire évoluer des personnages dans un contexte radicalement différent afin de mettre en exergue les relations humaines – comme l’impact sur celles-ci de vivre confinés dans un vaisseau pendant des mois ou des années. ...

23 mars 2024 ·  BD

Kill It with Fire

L’exergue du livre donne le ton. We build our computer systems the way we build our cities: over time, without a plan, on top of ruins. Au début j’étais dubitatif en lisant le résumé sur l’histoire d’UNIX/Linux et sur celle des langages de programmation, mais c’était une façon d’introduire des concepts. Ensuite, le livre prend de l’ampleur. Marianne Bellotti nous fait partager son expérience concernant la modernisation des systèmes, elle a beaucoup travaillé sur ces applications que l’on nomme legacy – une appellation à double sens. Elle parait énoncer pas mal de généralités qui sont du bon sens, mais elle a raison, parfois le bon sens ne s’applique pas à l’informatique. ...

L'emprise

Je n’avais pas lu Marc Dugain depuis très longtemps – depuis la Malédiction d’Edgard peut-être. Puis, à l’occasion de la sortie de son livre Tsunami, j’ai entendu parler de son précédent thriller politique dont le premier volet est L’emprise. Alors qu’en dire ? Les premières choses qui me viennent à l’esprit sont les similitudes qu’il présente avec la série TV Baron Noir – c’est dire la référence. Il contient quelques réflexions politiques intéressantes. ...

Le Nao de Brown

J’ai l’habitude d’être plutôt enthousiaste – ou au moins positif – lorsque je rends compte de mes impressions sur un livre. Mais là, je n’exagère pas en disant que je n’ai pas lu – en une vingtaine d’années – des dizaines de BD de cette qualité – je la mettrais par exemple au même rang qu’Asterios Polyp. Au moins sur le plan graphique c’est indéniable. Souvent la couverture d’une BD donne à voir le meilleur du dessins – l’équivalent de la bande annonce pour un film –, c’est souvent elle qui est à l’origine de l’acte d’achat. Mais ici, paradoxalement, elle n’est pas à la hauteur du reste de l’ouvrage. Les dessins sont magnifiques, d’une élégance rare et délicatement mis en couleur à l’aquarelle. C’est un régal de la première à la dernière page. Le dessin de Glyn Dillon, d’une sensibilité extrême, fait écho à l’histoire qui est elle aussi très raffinée. Celle d’une jeune femme, Nao Brown, qui est à moitié japonaise et à moitié anglaise. Elle souffre de TOC qui rendent sa vie difficile. Cette BD nous fait partager son quotidien. On découvre ses passions, ses amis, sa recherche de l’amour et d’une vie sereine. Il y a aussi un récit enchâssé, lui aussi magnifiquement illustré. ...

4 mars 2024 ·  BD  ♥

Un week-end dans le Michigan

Premier livre de la tétralogie qu’a consacré Richard Ford à son héros Frank Bascombe, l’écrivain devenu journaliste sportif – et pas l’inverse. Il date un peu, mais cette série, qui porte le nom de son héros, est considérée comme une pièce maîtresse de l’auteur américain. Ce côté un peu daté ne m’a pas gêné, c’était une autre époque qui a ses codes et ses conventions. Frank n’a pas été épargné par la vie, mais il est parvenu à surnager. Il se satisfait de son métier qui semble être un pis-aller à celui d’écrivain et tente de retrouver l’âme soeur. Au travers des rencontres de son personnage, Richard Ford veut explorer la vie des hommes dans ce pays, à cette époque. Il partage avec son héros une préférence marquée pour la ruralité. ...

Chainsaw Man

Je ne sais pas trop quoi dire à propos de ce manga. D’un côté il se laisse lire – avec un léger plaisir coupable –, de l’autre on est sur une énième déclinaison du chasseur de démons et des hybrides hommes-démons. L’action ne se situe pas, comme dans Demon Slayer, dans le passé, mais dans un futur proche qui frise le post-apocalyptique – je n’ai pas creusé le sujet. Alors on est toujours dans la surenchère de violence mais avec une vraie originalité. Le jeune héros orphelin – l’originalité n’est pas là puisque ce statut ou au moins l’absence de parents est celui de nombreux héros de shonen – ne va pas tarder – après seulement quelques pages – à fusionner avec son chien-démon-tronçonneuse pour se transformer en homme-tronçonneuse à la demande en actionnant simplement une tirette astucieusement disposée sur son torse. ...

19 févr. 2024 ·  BD

Exorcisme

Gérald Bronner est un sociologue reconnu, il s’est même récemment vu confier une mission par l’Élysée connue sous le nom Les Lumières à l’ère numérique – ou plus prosaïquement commission Bronner. Dans ce livre, il revient sur sa jeunesse à Nancy. Enfant de la classe populaire, il a frôlé la délinquance avant d’être détourné de ce chemin et guidé vers des mondes mystérieux par un oncle taciturne qui ne sortait jamais de son appartement rempli de livres. Cette initiation a donné lieu à la formation du C.E.R.F., le rétroacronyme – puisqu’il a un double sens – de “Chercheurs En Réalisme Fantastique” qui réunissait tout ce que la ville de Nancy comptait d’enthousiastes pour la féérie, le mystère, le caché, en somme tout ce qui n’était pas la vie plate et ennuyeuse. Le Seigneur des anneaux et Le Matin des magiciens – sous-titré Introduction au réalisme fantastique – étaient leurs livres de chevet. ...

Le dîner

Ce livre est plein de mauvais sentiments, il est malsain, toxique. Ne nous y trompons pas, il s’agit d’une oeuvre de fiction et ce que ressent le lecteur correspond certainement à l’effet recherché par l’auteur. Après Villa avec piscine, il s’agit du deuxième livre d’Herman Koch que je lis et c’est aussi la deuxième fois que son personnage principal me met mal à l’aise. La fiction est aussi là pour cette raison, pour nous bousculer, nous proposer d’autres choses, nous faire réfléchir et réagir, même si, comme ici, ce n’est pas toujours agréable. ...