Roman

Boussole

Le mot qui revient le plus souvent lorsque l’on entend parler de ce livre est érudition. Et, après seulement quelques pages, on comprend pourquoi et on ne peut que se rallier à cette opinion. C’est vrai que c’est surprenant, impressionnant – et beaucoup d’autres superlatifs – et même si l’on sait que Mathias Enard est un spécialiste de l’Orient, on se demande comment il a fait pour réunir dans ce roman une telle somme de connaissances, d’anecdotes, d’histoires – avec un petit et un grand H –, bref de tout, une somme, un monde.

Moon Palace

Je suis un inconditionnel de Paul Auster et je poursuis, avec la lecture de Moon Palace, le parcours de son oeuvre. Le livre commence bien, le personnage principal est un jeune homme étrange dont la vie n’est pas simple. Il est passionné de littérature, anticonformiste, bref un personnage comme on les aime. Puis, il fera la rencontre d’un vieil homme au passé trouble et qui pourrait bien se révéler être encore plus étrange que lui.

Soumission

«C’est la soumission» dit doucement Rediger. «L’idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue.» Quoi que l’on en dise, Michel Houellebecq s’assagit avec le temps – il vieillit peut-être ? Depuis maintenant deux romans, il devient plus consensuel et gomme petit à petit la violence et le sexe – il en reste tout de même un peu rassurez-vous – de ses ouvrages pour les rendre plus cérébraux – voir l’article consacré à son précédent roman, La carte et le territoire.

Vernon Subutex T1

Virginie Despentes a écrit son voyage au bout de la nuit. Enfin celui de Vernon, un disquaire qui n’a plus que son iPod en poche. La fête est finie, plus de disque ou au moins de magasin qui en vend, les trente ans sont loin, les pots qui ont un peu trop abusé des bonnes choses tombent comme des mouches et c’est carrément tout notre monde occidental d’opulence qui est en train de méchamment se casser la gueule.

Extrêmement fort et incroyablement près

Extrêmement original et incroyablement émouvant voilà comment résumer ce livre en reprenant les termes préférés d’Oskar. Oskar est un petit garçon surdoué qui a perdu son père lors des attentats du 11 septembre. Ils entretenaient une relation très fusionnelle et très complice et son père lui manque bien sûr beaucoup. Un jour en cherchant dans ses affaires, il casse un vase et découvre une enveloppe au nom de Black contenant une clé.

La moustache

Je crois n’avoir jamais lu de romans d’Emmanuel Carrère et je crois me souvenir qu’il disait dans Le Royaume ne plus en écrire depuis longtemps – à la place il écrit de la non-fiction. Lorsque mes yeux se sont posés sur le mince volume de La moustache à la bibliothèque, je me suis dit que c’était l’occasion. A vrai dire, je l’aurais lu depuis longtemps, si le fait d’avoir vu l’adaptation au cinéma interprétée, en autre, par le magistral Vincent Lindon ne me faisait craindre de lire une histoire complètement déflorée.

Supplément à la vie de Barbara Loden

Derrière ce très beau titre, se cache une idée assez originale. Nathalie Léger, ou plutôt la narratrice puisqu’il s’agit d’un roman, doit écrire une notice biographique sur Barbara Loden. Elle nous raconte dans ce petit livre cette expérience, ses recherches, son travail, ses doutes. Barbara Loden était une actrice et réalisatrice qui a connu son heure de gloire – enfin si l’on peut parler ainsi – dans les années 70. Son CV de réalisatrice ne compte qu’un seul et unique film, Wanda dans lequel elle tint le rôle principal.

Le cas Sneijder

Le cas Sneijder me fait beaucoup penser à un autre livre de Jean-Paul Dubois que j’avais bien apprécié: Kennedy et moi. Avec le temps et les souvenirs qui se sont émoussés, je les prendrais presque pour des clones. Sans aller jusqu’à là, je pense qu’ils ont beaucoup de points communs. Les narrateurs et personnages principaux des deux livres se ressemblent, Le ton, sorte de mélange très réussi entre de l’humour de la mélancolie et du cynisme – le livre vaut d’être lu rien que pour ça, L’épouse du narrateur et leurs jumeaux sont les mêmes ou presque – des emmerdeurs de première, La présence d’une montre, L’omniprésence de la dépression.

14

D’habitude je ne cite pas les quatrièmes de couverture, mais là je ne peux pas résister. Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état. Jean Echenoz va bien aux éditions de Minuit et vice-versa. Ainsi le contenant ressemble au contenu: sobre, épuré et élégant. Si vous voulez vous convaincre du lien qui existe entre l’écrivain et cette maison, lisez Jérôme, l’hommage qu’il a rendu à Jérôme Lindon qui en fut l’emblématique directeur.

Kafka sur le rivage

Confortablement installé sur le canapé, j’observe les alentours et me rends compte que ce salon est exactement l’endroit que je cherchais depuis longtemps. Un endroit secret, tapi dans un creux du monde, exactement comme celui-là. Mais jusqu’ici ce lieu n’existait que dans le secret de mon imagination. Je n’arrive pas encore à croire tout à fait qu’il existe réellement. Je ferme les yeux, inspire profondément, et il s’installe doucement en moi, comme un doux nuage.

Karoo

Saul Karoo est un docteur en scénarios. Il oeuvre pour l’industrie du cinéma et parvient parfois à faire des miracles. Il est grassement payé pour ses services, on peut mesurer son talent à la taille de son compte en banque – même si ce n’est pas toujours proportionnel dans ce milieu. A part ça, c’est un gros looser. Il a divorcé, il ne voit jamais son fils – il l’évite –, il est dans un état de santé proche de celui d’un cadavre, il n’a plus d’assurance maladie, il fume, il boit et ne parvient même pas à être saoul.

Un soir au club

Un jour il a claqué la porte. Terminé le piano, le jazz et les clubs. Et tout ce qui va avec: la nuit, l’alcool et les femmes. Depuis, il s’est reconstruit une petite vie tranquille. Un travail sérieux – et ennuyeux –, une femme aimante et attentionnée – bien loin des tumultes de la passion en somme. Bref, tous les ingrédients qui l’avaient transformé en un monsieur tout le monde heureux – au moins en apparence.

Des éclairs

Je clos avec Des éclairs ma lecture de la trilogie des Vies imaginaires. Il est donc l’heure de faire un bilan et de considérer l’oeuvre dans son ensemble. Jean Echenoz a voulu évoquer le destin de trois hommes qui ont marqué leur époque dans trois domaines distincts: l’art (la musique avec Maurice Ravel), le sport (la course à pied avec Emil Zátopek) et la science (la physique avec Nikola Tesla). Pour quelle raison a-t-il fait ce choix là ?

Ciseaux

Une histoire d’amour, celle de Maryann et de Raymond. Une histoire qui a démarré un peu trop vite. Raymond et Maryann sont mariés lors de la naissance de leur deuxième enfant, Raymond a 20 ans et Maryann deux ans de moins que lui. On était des gamins, avec deux enfants arrivés trop tôt. Qu’est-ce que vous faites quand la route se resserre et que vous ne pouvez plus reculer ?

Le Livre des illusions

Je ne sais pas trop quoi dire. Je suis un peu déstabilisé, c’est la première fois que je n’apprécie pas un livre de Paul Auster. Pourtant, on présente ce Livre des illusions comme une pièce maitresse de l’oeuvre de l’écrivain new-yorkais. Paul Auster est un précurseur, il a mis le cinéma muet à l’honneur bien avant qu’il soit brusquement sorti des oubliettes par le triomphe du film The Artist. Jean Dujardin tiendrait ici le rôle d’Hector Mann, un acteur qui a connu le succès, mais qui n’a pas su – ou pu –, principalement à cause d’un accent étranger, prendre le virage du cinéma parlant.

De si braves garçons

Après un Nobel et le visionnage d’un reportage de Bernard Pivot lui étant consacré, j’ai voulu lire du Modiano – j’ai seulement deux livres à mon actif. On était dimanche – non je ne voulais pas acheter de livre sur mon Kindle –, j’ai donc commandé le «Quarto» 1 qui compile «l’épine dorsale de ses autres romans» et je suis parti au marché de Saint-Aubin bien décidé à dénicher chez les nombreux bouquinistes un volume, à la belle couverture crème et aux liserés rouges, siglé «NRF».

Bonjour tristesse

On parle beaucoup de Sagan en ce moment. Ma grand-mère était une grande lectrice et aimait Sagan. Je me suis donc mis en quête de son plus célèbre roman Bonjour tristesse et je l’ai vite retrouvé dans sa bibliothèque. Le volume en question est une réédition pourvue d’une jaquette qui a un peu – beaucoup – vieilli, notamment la police de caractère utilisée pour le titre – elle ressemble un peu à du Comic Sans MS.

Courir

Faire marcher la machine, l’améliorer sans cesse et lui extorquer des résultats, il n’y a que ça qui compte et sans doute est-ce pour ça que, franchement, il n’est pas beau à voir. C’est qu’il se fout de tout le reste. Cette machine est un moteur exceptionnel sur lequel on aurait négligé de monter une carrosserie. Son style n’a pas atteint ni n’atteindra peut-être jamais la perfection, mais Émile sait qu’il n’a pas le temps de s’en occuper : ce seraient trop d’heures perdues au détriment de son endurance et de l’accroissement de ses forces.

La promesse de l’aube

De ma lecture de La promesse de l’aube cet été, j’ai retenu quelques citations et une impression mitigée qui m’a rendu la tâche d’écrire sur ce livre très difficile. J’ai trouvé qu’il oscillait en permanence — et ce dès le début et jusqu’à la fin – entre l’émotion et le burlesque d’une façon assez déstabilisante. Romain Gary est un mystificateur génial, il l’a prouvé de façon magistrale avec son double Goncourt – performance inégalée et inégalable.

Video games

En ouvrant ce Video games, j’étais parti pour lire quelques pages par curiosité et abandonner la lecture, convaincu par avance que ce livre était une imposture, un édifice à la gloire du marketing conçu pour occuper l’esprit tourmenté de trentenaires dépressifs et nostalgiques de leur jeunes années. J’ai donc lu le premier chapitre, qui est une allégorie du capitalisme à base de Pac-Man, et j’ai eu envie de lire la suite.