Courir

Faire marcher la machine, l’améliorer sans cesse et lui extorquer des résultats, il n’y a que ça qui compte et sans doute est-ce pour ça que, franchement, il n’est pas beau à voir. C’est qu’il se fout de tout le reste. Cette machine est un moteur exceptionnel sur lequel on aurait négligé de monter une carrosserie. Son style n’a pas atteint ni n’atteindra peut-être jamais la perfection, mais Émile sait qu’il n’a pas le temps de s’en occuper : ce seraient trop d’heures perdues au détriment de son endurance et de l’accroissement de ses forces. Donc même si ce n’est pas très joli, il se contente de courir comme ça lui convient le mieux, comme ça le fatigue le moins, c’est tout. […] Je courrai dans un style parfait quand on jugera de la beauté d’une course sur un barème, comme en patinage artistique. Mais moi, pour le moment, il faut juste que j’aille le plus vite possible. ...

Intérieur

J’ai acheté, en rentrant de vacances, Intérieur de Thomas Clerc – impossible de trouver ce livre dans une librairie grand public. Il faut dire que ce n’est pas un livre qui plaira à tout le monde. Pourtant, je ne suis pas fan de la littérature expérimentale, mais plusieurs choses me séduisent ici. La première est l’idée d’isolement, de sécurité que l’on peut retrouver en rentrant chez soi. Elle est assez basique, mais crée une ambiance agréable et apaisante. ...

La promesse de l’aube

De ma lecture de La promesse de l’aube cet été, j’ai retenu quelques citations et une impression mitigée qui m’a rendu la tâche d’écrire sur ce livre très difficile. J’ai trouvé qu’il oscillait en permanence — et ce dès le début et jusqu’à la fin – entre l’émotion et le burlesque d’une façon assez déstabilisante. Romain Gary est un mystificateur génial, il l’a prouvé de façon magistrale avec son double Goncourt – performance inégalée et inégalable. Cette facette est très bien illustrée dans ce livre dans lequel il fait passer le lecteur du rire aux larmes jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il s’est fait avoir. Oui car ce livre est un roman, mais le roman de sa vie. ...

30 mars 2014 · #287 ·  Roman

Hikaru no go T1

Après avoir rédigé – il y a très longtemps – un billet consacré au livre Le Maître ou le Tournoi de go, je vais vous parler d’une lecture plus ludique évoquant sous une tout autre forme le jeu de go. Il s’agit d’Hikaru no go (littéralement le go d’Hikaru) qui raconte l’histoire d’un adolescent qui, après avoir découvert un goban (le plateau de jeu) chez son grand-père, va se prendre de passion pour ce jeu. Il faut dire que cette relique renferme l’esprit de l’un des plus grands génie du go qui deviendra le mentor du jeune garçon. ...

15 mars 2014 · #285 ·  BD

Notes T8

Je suis un fidèle de la première heure du grand Boulet. Je possède tous les recueils sobrement intitulés Notes qui reprennent les billets publiés sur son blog depuis 2004 – j’ai même un autographe, le seul que je possède. Je me suis donc procuré le huitième tome dès sa sortie. Cet recueil est centré sur une performance à laquelle participe Boulet : Les 24 heures de la bande dessinée. Cet évènement a lieu chaque année lors du festival d’Angoulême et consiste a — comme son nom l’indique en partie – dessiner une BD de 24 pages en 24 heures. Ce n’est pas tout. A chaque édition sa contrainte à respecter. Par exemple, celle de l’édition 2013 était: ...

8 févr. 2014 · #280 ·  BD

Le Cinquième Beatles

Je dois définir un axiome important dès le départ. Je ne connais rien aux Beatles – enfin si, je connais ce que toute personne n’ayant pas vécu loin de la civilisation depuis les années 60 doit décemment connaître. On peut déduire de ce premier axiome deux affirmations 1/ je ne serai pas à même de juger du fond, disons de la véracité des faits et je suis donc obligé de faire une confiance aveugle au scénariste 2/ je vais forcément apprendre plein de choses et ça c’est plutôt une bonne nouvelle. ...

24 janv. 2014 · #278 ·  BD

Entre Chat et Chien

Je vais vous parler d’un livre que ma fille adore, je ne sais pas pour quelle raison. L’histoire est assez originale pour un livre pour enfants. Il s’agit d’un livre emprunté à la bibliothèque un peu par hasard – c’est pour cette raison qu’il faut aller dans les bibliothèques. Pas complètement tout de même car je cherchais un livre illustré qui raconte une histoire, un juste déséquilibre entre un peu de texte et beaucoup d’illustrations. ...

J’aime pas la chanson française

Je viens de lire d’une traite J’aime pas la chanson française et je me suis vraiment bien marré. Luz a un talent de caricaturiste énorme, on reconnaît tout de suite les tronches – puisqu’il faut bien parler ainsi dans ce contexte – trop souvent vues à la télé. Ses victimes sont en en priorité ceux que l’on appelle communément les chanteurs à texte : Delerm, Bénabar, Cali, pour ne citer que les principaux. Il met aussi quelques manchettes dans le nez de figures du milieu comme Pascal Nègre. ...

10 janv. 2014 · #276 ·  BD

Le chemin des morts

Quand un membre de la famille meurt, il est conduit de la maison au cimetière par un chemin particulier, que l’on appelle le chemin des morts. Chaque maison, chaque famille a le sien. Il ne se confondent pas. Si bien qu’au-dessus des routes et des sentiers du village, ou au-dessous d’eux, ou à côté comme on voudra, il y a d’autres chemins, invisibles, formant une toile dont l’église est le centre. ...

La survie de l’espèce

La survie de l’espèce ou comment parler de façon drôle et décontractée de l’économie – sujet éminemment sérieux qui fait prendre un ton grave aux journalistes et aux politiques. Vous voulez un exemple de ton décontracté, voici un patron qui s’exprime : “[…] et s’il faut vous attacher les couilles à vos pelleteuses pour y arriver, croyez-moi que j’ai du scotch !” et voici un ingénieur qui a une grande idée : “Je veux remplacer les cons par des machines.” Cette satire du capitalisme ne serait qu’une bonne farce si elle ne contenait pas, malheureusement, une part de vérité. ...

24 déc. 2013 · #274 ·  BD

Alice

C’est en consultant le dossier de presse que j’ai appris que Lewis Carroll avait écrit lui-même une version abrégée destinée aux jeunes enfants de son célèbre livre pour petits et grands Les Aventures d’Alice au pays des merveilles. Vous l’aurez compris, c’est la trame de cette version, publiée 25 ans après l’oeuvre originale, qui est reprise et mise en lumière ici. L’imagination débordante du mathématicien ne pouvait pas être mieux illustrée que par ce livre qui déborde d’astuces et de surprises. Gageons qu’il aurait été conquis par cette adaptation colorée et animée. Ce livre est un savant mélange de plusieurs genres ludiques pour enfants au premier rang desquels le pop-up. Le pop-up désigne des éléments qui se dressent en volumes, qui sortent littéralement du livre – je vous laisse découvrir le majestueux château de carte. Il est également un livre animé dans lequel on actionne des mécanismes par le biais de tirettes. Le facétieux chat du Cheshire – essayez un peu de lire ce début de phrase à haute voix – est encore plus convaincant que dans le dessin animé de Walt Disney. D’autres pages se déploient pour créer un tableau géant — vous vous souvenez, Alice change de taille. Enfin, on y trouve aussi des volets à soulever (lift—the—flap). Les enfants vont pouvoir aider la pauvre Alice à ouvrir toutes les portes pour trouver la sortie de la salle au fond du trou. Bref, pour un livre animé, c’est un livre animé et même un très beau livre, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. ...

Chroniques de Jérusalem

J’ai terminé la lecture des Chroniques de Jérusalem et je suis très agréablement surpris. L’histoire est celle de Guy Delisle dont la profession est – vous l’aurez deviné – auteur de BD. Il suit sa femme qui est médecin pour une ONG. Cette famille de québécois a donc l’habitude de séjourner à l’étranger, mais cette fois ils se retrouvent à Jérusalem. Malgré la couverture médiatique importante, personne n’est préparé au choc que représente la découverte d’une telle ville et d’un tel pays marqué par l’histoire, la guerre, le choc des cultures, des religions, des traditions. Cette découverte est très bien rendue dans le premier chapitre. L’auteur y retranscrit avec humour la naïveté de l’occidental découvrant ce pays déchiré. Puis, tout au long de ses chroniques, ou de ce qui pourrait être qualifié de journal ou de carnet de voyage, il décrit ses expériences sous forme d’anecdotes dans cet endroit où rien n’est “normal”. Il ne doit pas y avoir d’équivalent au monde et quasiment tout est source d’étonnement pour un occidental vivant en paix dans son pays. ...

23 nov. 2013 · #269 ·  BD

Qui se cache sous les fruits ?

J’ai voulu écrire quelque chose sur ce livre pour relever le défit suivant. Est-ce que je parviendrai à expliquer son principe par des mots. A priori rien de bien compliqué, il s’agit d’un livre pour jeunes enfants, et pourtant. Rétrospectivement, je pense que c’était une mauvaise idée et que j’ai échoué, je vous laisse en juger. Dans ce livre les fruits se transforment en animaux – c’est mal parti pour la clarté des explications. La magie opère par le biais de rabats. Sur chaque double-page, un rabat recouvre en partie un dessin et compose ainsi un fruit – la partie du dessin visible + l’extérieur du rabat représentent un fruit. En le soulevant, on découvre que la partie du dessin initialement visible et la partie se trouvant sous le rabat forment maintenant un animal – la partie du dessin visible + l’intérieur du rabat représentent un animal. Avec un exemple parlant ce sera peut-être mieux. Lorsque l’on soulève le rabat sur lequel figure l’extrémité d’une banane on a la surprise de découvrir que l’extrémité visible est en fait le bec du canard qui se cachait dessous – j’espère que l’exemple aide à la compréhension, c’est bien la seule chose qui peut me sauver. ...

Ravel

Ravel est le premier volet de la trilogie des vies imaginaires. Comme vous pouvez aisément le deviner, celui-ci est consacré à l’art et plus précisément à la musique. Les deux autres s’intéressent au sport avec Courir (Emil Zátopek) et à la science avec Des éclairs (Nikola Tesla). Vies imaginaires contient une figure de style, une opposition entre vie qui renvoie à la biographie et imaginaire qui renvoie au roman. Cette opposition est représentative de ce qu’a souhaité faire Jean Echenoz, puiser dans la vie de personnalités marquantes l’essence d’un roman – ou romancer leur vie selon comment on voit les choses. Dans cette entreprise, son approche n’est pas exhaustive car son projet n’est pas d’écrire une biographie, mais de détourer quelque chose de précis et de finalement assez réduit: ce qui fait une vie. C’est pour cette raison qu’il ne s’intéresse qu’aux dix dernières années de la vie du compositeur français. ...

4 sept. 2013 · #256 ·  Roman  ♥

La nuit a dévoré le monde

J’ai entendu parler de ce roman à la radio, en écoutant l’émission Le Masque et la Plume. L’excellent Arnaud Viviant en avait fait son coup de coeur de fin d’émission. Encore une fois, j’ai bien fait de l’écouter. Derrière ce beau titre se cache un roman de zombie. Ce sujet de la culture populaire est en passe de devenir un sous-genre dans la littérature tant la production est importante dans ce domaine et le succès croissant. Après les vampires, c’est le zombie qui fait vendre – pourtant il fait quand même moins rêver. Les livres ou les bandes dessinées finissent adaptés en film ou en séries télé: The Walking dead, Je suis une légende ou encore World War Z pour en citer quelques-uns. ...

29 juil. 2013 · #252 ·  Roman  ♥

En pleine tempête

Le titre En pleine tempête évoque certainement pour beaucoups le beau Georges Clooney à la barre de son bateau face à des vagues immenses. Il faut savoir que ce film – comme beaucoup – est l’adaptation d’un livre ou plus précisément d’un document écrit par le journaliste Sebastian Junger. Ne recherchez donc pas le style en le lisant, il est neutre et s’apparente à celui d’un article de magasine – normal me direz-vous. Clair et sans fioritures, il est bien adapté à ce type de récit. Par contre, pour le côté spectaculaire, vous allez être servis car il relate un évènement connu sous le nom de The Perfect Storm – qui est le titre original du livre. ...

Lastman T1

Lorsque l’on regarde de près le travail de la star montante de la BD, Bastien Vivès, on se rend compte que c’est une question de génération. Récemment primé pour La Grande Odalisque1 il reprend du service en mode collaboratif, mais en embarquant avec lui de nouveaux camarades de jeu. Si on peut raisonnablement considérer que sa précédente création était inspirée du dessin animé diffusé sur FR3 le dimanche soir Cat’s Eyes, on peut également se poser la question des sources d’inspiration pour ce LastMan. Et elles sont potentiellement nombreuses : de la moins avouable référence au grand acteur belge Jean-Claude Van Damme dans Bloodsport à celle bien plus consensuelle de Dragon Ball Z en passant par une partie de Street Fighter II – j’ai reconnu le masque de Vega, l’un des boss du jeu – sur borne d’arcade ou sur Super Nintendo et en finissant par la lecture d’un Naruto dans les toilettes – pour ça le petit clin d’oeil façon manga à la fin du volume nous aide bien. Les frères Bogdanov ont aussi manifestement été une source d’inspiration, mais ça n’a rien à voir. Bastien Vivès n’est pas étranger à tout ça car il ne s’est pas occupé que des couleurs (présentes uniquement sur les premières pages) comme le mentionne la page de garde, mais a construit le scénario et dessine en tandem avec Michaël Sanlaville. Ceci explique pourquoi on retrouve du Vivès dans les dessins sans que ce soit totalement du Vivès (dessins schématiques mais expressifs, aplats de noir, son style quoi). ...

6 juil. 2013 · #248 ·  BD

Céline, Hergé et l'Affaire Haddock

Canaille…, Nougat…, Sauvage…, Aztèque…, Grenouille…, Iconoclaste…, Macaque…, Parasite…, Renégat…, Canaque…, Anthracite…, Noix de coco…, Zouave…, Cannibale…, Invertébré…, Réglisse… Vous connaissez tous le personnage qui profère ces insultes; il s’agit du vociférant compagnon de Tintin, le célèbre marin barbu: le Capitaine Haddock. Eh bien vous avez à la fois raison et tort car elles ont également été utilisées par Céline dans son livre Bagatelles pour un massacre1 publié avant Le Crabe aux pinces d’or2 d’où elles sont tirées (respectivement 1938 et 1940-41). Ces seize insultes sont présentes dans les deux ouvrages, quelle étrange coïncidence ! L’histoire aurait pu en rester là et demeurer une anecdote si le livre de Céline n’était pas l’un des pamphlets antisémites qu’il n’assumera pas tout au long de sa vie puisqu’il en interdira lui-même la réimpression. Leur date de publication et les milieux dans lesquels évoluaient Louis Destouches et Georges Remi devenus Céline et Hergé – “c’est-à-dire R. G., ses initiales inversées” – étaient proches sur tous les plans. L’hypothèse – et Émile Brami nous l’explique longuement dans son livre – est donc probable. ...

Elric T1

Il y a tellement de choses à dire que je ne sais pas par où commencer. Peut-être par le commencement. Lorsque j’ai découvert ce livre sa couverture sombre a fait ressurgir dans ma mémoire des souvenirs de lecture de l’un de ses nobles prédécesseurs dans la belle collection “Grafica” de la maison Glénat : Le Troisième Testament1. Et tout de suite après, j’ai pensé à l’intégrale d’Elric2, parue chez Omnibus, qui prends la poussière depuis quelques années dans ma bibliothèque – à ce propos, pour accompagner la sortie de la bande dessinée, les éditions Pocket rééditent le cycle d’Elric en trois intégrales 3. J’allais donc joindre l’utile à l’agréable en découvrant cet univers qui me tends les bras depuis trop longtemps par la belle porte d’entrée que constitue cette BD. Pour les amateurs de fantasy, c’est une lapalissade que de dire que le personnage d’Elric existe depuis bien longtemps (1945) sous la plume de l’un des plus grands auteurs du genre : Michael Moorcock. Il a créé son héros comme un anti Conan le Barbare. Né albinos et malade, Elric est également tourmenté moralement. On imagine alors très bien comment des générations d’adolescents – ce n’est pas péjoratif – férus de fantasy ont pu s’identifier à ce héros torturé. ...

2 juin 2013 · #243 ·  BD

Hunter x Hunter T1

Hunter x Hunter – le x ne se prononce pas – propose un très bon début pour un shōnen. Si le principe est toujours le même, la quête d’un jeune garçon au potentiel important qui va se révéler au fil de l’histoire, le sujet est original. Le héros souhaite devenir un Hunter. Les Hunters constituent un groupe d’élite composé d’experts évoluant dans des domaines variés: recherche de trésors, chasseurs de prime, chef cuisinier, etc. Pour prétendre au titre d’Hunter, il faut être reçu à un concours extrêmement ardu et dangereux – environ 1 / 10 000 candidat le réussi. C’est sur ce concours qu’est centré le premier tome et quelques-uns des tomes suivants. Le concours avec ses pièges, ses nombreux participants et ses épreuves très variées est vraiment très agréable à suivre. Tout commence par une longue marche qui n’est pas sans rappeler le Marche ou crève1 de Stephen King alias Richard Bachman. Enfin, si l’on ne compte pas le voyage jusqu’au lieu du concours qui s’avèrera vite être une première épreuve. ...

26 avr. 2013 · #238 ·  BD