Ours blanc a perdu sa culotte

Mais où est-elle passée ? Ne riez pas – ou plutôt si – ce livre est un best-seller, une tuerie, un véritable phénomène chez les moins de 5 ans. Qu’est-ce qui fait son succès ? Voir des animaux affublés de culottes ridicules, certainement. Tourner les pages pour découvrir des effets de découpage, peut-être aussi. Mais voir la tête tour à tour hébétée, tour à tour dépitée d’ours blanc est à mourir de rire. ...

La plage magique

Parfois parmi le chalutage – 12 livres – pratiqué hebdomadairement à la bibliothèque on tombe sur une perle. Et quand il s’avère en plus que le livre a une histoire qui mérite d’être racontée, je me dois de prendre la plume. Il est l’oeuvre de Crockett Johnson – rassurez-vous Crockett est un surnom – qui fut un auteur de livres pour enfants renommés dont le fameux Harold et le crayon rose – je fais le malin, mais je ne fais que répéter ce que j’ai lu, je ne connaissais ni l’auteur ni son livre. Il a écrit de nombreux livres à succès, mais celui qui lui tenait le plus à coeur a été refusé par de nombreux éditeurs. A force d’insister, il parvint à le faire publier, mais l’éditeur a confié les illustrations à une jeune illustratrice. Et le livre paru sous le titre Castles in the Sand. ...

L’ordre du jour

Ce livre nous raconte le moment où les nazis se trouvant sur le seuil des Enfers ont poussé la porte et l’ont franchie. Il s’intéresse à une période temporelle très courte en comparaison du vaste carnage qui va suivre. Lorsque les nazis ont préparé et réalisé l’annexion de l’Autriche, opération connue sous le non d’Anschluss, début d’un long processus destructeur qui mènera à l’horreur que nous connaissons. Au sein de cet espace-temps, Éric Vuillard met en lumière deux choses. La première, celle par laquelle débute ce livre avec la montée solennelle des 24 chefs d’entreprise le long du grand escalier est la contribution de l’économie allemande à l’effort de guerre. Ça c’est la version consensuelle. L’auteur préfère montrer comment ces capitaines d’industrie ont accepté sans broncher de mettre la main au portefeuille pour financer les projets des nazis et comment ils ont été payés en retour à grand renfort de main d’oeuvre gratuite et corvéable à merci puisque prise directement dans les camps. Dans ces conditions, elle ne durait pas longtemps, mais qu’importe, les nazis étaient là pour réapprovisionner. ...

Freedom

Pour moi Freedom est l’archétype du roman américain moderne. Ce n’est pas un hasard puisque Jonathan Franzen est un des plus grands représentant de cette littérature. Il dépeint dans ses livres de larges fresques représentant la société actuelle, celle qu’il connaît, il décrit le monde dans lequel il vit et c’est ce que les écrivains ont toujours fait de mieux. Si le roman du mariage, d’un autre grand écrivain américain Jeffrey Eugenides, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre est plus un campus novel qu’un wedding novel, Freedom est par contre un modèle du genre. Ce néologisme doublé d’un anglicisme n’est pas très élégant, mais se révèle bien pratique pour qualifier des romans dont le sujet n’est pas tant le mariage en lui-même – heureusement, la réalité ce suffit à elle-même dans ce registre –, que le couple ainsi sacralisé, puis la famille qu’il va s’efforcer de constituer pour se diriger tout doucement, mais surement vers un lent déclin. Il se fait l’observateur de ce phénomène – physiologique et / ou culturel – qui pousse les hommes et les femmes à se rassembler pour ne faire qu’un. Mettre de côté – ou au moins niveler – pour un temps sa personnalité, ses envies pour se consacrer d’abord à l’être aimé puis à ses enfants. On a l’habitude d’opposer le mariage d’amour au mariage de raison, il donnera sur cette question également quelques éclairages. ...

Chiisakobé T1-4

Dès que j’ai vu la couverture de ce manga, j’ai su qu’il était pour moi. J’ai alors immédiatement réservé les quatre tomes qui composent la série à la bibliothèque et attendu avec impatience – c’est la première fois que je réserve un livre à la bibliothèque. Deux choses très liées m’ont tout de suite attiré. La première est ce personnage énigmatique dont le visage est presque entièrement masqué par sa barbe et ses cheveux. On ne sait pas qui il est vraiment et pas du tout ce qu’il pense – aucune expression ne peut être lue au travers de ces broussailles. La deuxième, qui a été confirmée en feuilletant les pages, est le magnifique dessin ligne claire réalisé avec beaucoup de goût et une grande science de la mise en page, nous y reviendrons. ...

20 mai 2017 ·  BD  ♥

Détective Popotin et le diamant arc-en-ciel

Il y a longtemps que je n’avais pas écrit sur un livre pour enfant (jeunesse), pas par manque d’envie, mais tout simplement car nous n’étions pas tombé sur quelque chose d’exceptionnel malgré notre petite douzaine de livre empruntée hebdomadairement à la bibliothèque. Cette fois nous avons lorgné du côté des livres-jeux. Pour les jeunes enfants ce ne sont pas des “livres dont vous êtes le héros”, mais plutôt des “cherche et trouve” un peu à la manière de Où est Charlie ?. En parcourant les livres, une tête en forme de paire de fesses a attiré notre attention et c’était celle du détective Popotin – vous verrez que cette particularité peut s’avérer bien utile. ...

Les Ignorants

Je n’avais pas lu du Davodeau depuis le poignant Un homme est mort1. Quelle erreur ! La lecture des Ignorants me conforte dans ma première impression, nous avons affaire à un très grand auteur – je pense que je vais rafler tout le rayon Davodeau lors de mon prochain passage à la bibliothèque. Il nous parle de la rencontre entre deux arts celui du vin et celui de la bande dessinée. Et ce n’est pas le mariage de la carpe et du lapin. Bien au contraire, il s’agit dans les deux cas de plaisirs appréciés par des amateurs éclairés, des personnes de bon goût – je me flatte un peu en tant qu’amateur des deux. Mais c’est aussi la rencontre de deux hommes, Richard Leroy et Etienne Davodeau, chacun faisant découvrir à l’autre son univers, lui faisant partager sa passion. Davodeau excelle dans l’art de raconter le quotidien, faire partager de simples discussions en exploitant les expressions, les regards. Il y parvient tellement bien que l’on croirait prendre part à ces échanges. Beaucoup d’humanité passe au travers de ce récit. ...

27 avr. 2017 ·  BD  ♥

Lookbook T1

Ce livre est affreux, mais tellement drôle. L’auteur ne censure rien, c’est très cru – très vulgaire diront certains –, mais tellement bon. Je suis tombé dessus par hasard au magasin de BD. Je l’ai feuilleté et j’ai commencé à lire une page par curiosité et je me suis marré, puis une autre et puis j’ai décidé de l’acheter, il me rappelait un livre que j’avais bien aimé, J’aime pas la chanson française. J’ai fini de le lire en attendant des amis au restaurant. Je devais par moment interrompre ma lecture pour éviter d’exploser de rire et par la même occasion que les autres clients me prennent pour un fou. Peut-être faut-il avoir l’esprit mal tourné, mais c’est quand même excellent de voir écrit ce que l’on pense parfois sans oser le dire. Le couple Quechua est terrible – ils doivent conduire un Picasso pour partir en week-end. Ce livre est une ode à la bêtise sous toutes ses formes et au fait qu’elle transparait – transpire devrais-je dire – au travers des tenues vestimentaires. ...

15 avr. 2017 ·  BD  ♥

Le Château

Ce n’est pas une surprise, mais une confirmation de l’avis que je m’en faisais. J’adore la politique en BD depuis Quai d’Orsay et je n’ai pas été déçu par ce livre. J’ai passé un bon et long moment en sa compagnie. Pourtant la presse n’a pas été unanime lors de sa sortie, à tel point que j’avais renoncé à l’acheter. Je me doute que les reproches qui lui ont été faits concernent son manque de critique envers le président et son gouvernement. ...

1 avr. 2017 ·  BD  ♥

Boussole

Le mot qui revient le plus souvent lorsque l’on entend parler de ce livre est érudition. Et, après seulement quelques pages, on comprend pourquoi et on ne peut que se rallier à cette opinion. C’est vrai que c’est surprenant, impressionnant – et beaucoup d’autres superlatifs – et même si l’on sait que Mathias Enard est un spécialiste de l’Orient, on se demande comment il a fait pour réunir dans ce roman une telle somme de connaissances, d’anecdotes, d’histoires – avec un petit et un grand H –, bref de tout, une somme, un monde. Le sujet de ce roman, qui a reçu le prix Goncourt en 20151, son thème, est l’Orient et plus spécifiquement l’orientalisme qui est un mouvement culturel occidental – au sens large – manifestant un attrait pour la culture orientale. Après la lecture de ce livre je me risque à en donner ma propre définition: “L’Orient fantasmé par les occidentaux” – éminemment subjective, réductrice et donc critiquable. ...

Rébellions chez les crayons

Un roman épistolaire pour les enfants voilà qui est une bonne idée. Encore mieux quand on décide de faire parler des crayons de cire, le genre d’instruments que seul les enfants utilisent – que les autres utilisateurs me pardonnent. Crayon Gris se plaint de ne colorier que des grandes surfaces: baleines, éléphants, etc… Crayon Rose de n’être utilisé que par la soeur du propriétaire – forcément. Crayon beige d’être complètement laissé de côté car relégué au coloriage du blé – c’est quand même pas tous les jours – et crayon Jaune et crayon Orange se disputent pour savoir lequel des deux est la vraie couleur du soleil. ...

Soumission

“C’est la soumission” dit doucement Rediger. “L’idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue.” Quoi que l’on en dise, Michel Houellebecq s’assagit avec le temps – il vieillit peut-être ? Depuis maintenant deux romans, il devient plus consensuel et gomme petit à petit la violence et le sexe – il en reste tout de même un peu rassurez-vous – de ses ouvrages pour les rendre plus cérébraux – voir l’article consacré à son précédent roman, La carte et le territoire. Ceux qui parlent de Soumission comme d’un livre polémique n’ont rien compris. ...

Éloge de la névrose en 10 syndromes

Le titre n’est pas trop engageant, mais ne vous y fiez pas. Leslie Plée parle de ses problèmes – disons les choses comme elles sont – avec tellement de légèreté et d’humour que ça devient un régal. Evidemment il s’agit d’une BD très autocentrée – on s’en doute – qu’elle parvient à rendre à la fois sincère et drôle. On se situe un peu dans le même registre que certains de ses collègues comme Boulet ou Margaux Motin, tout en restant bien différent ...

23 oct. 2016 ·  BD  ♥

Vernon Subutex T1

Virginie Despentes a écrit son voyage au bout de la nuit. Enfin celui de Vernon, un disquaire qui n’a plus que son iPod en poche. La fête est finie, plus de disque ou au moins de magasin qui en vend, les trente ans sont loin, les pots qui ont un peu trop abusé des bonnes choses tombent comme des mouches et c’est carrément tout notre monde occidental d’opulence qui est en train de méchamment se casser la gueule. Bref, c’est la grosse merde. ...

Le tigre et le chat

L’adaptation de légendes en livres pour enfant donne souvent de très bons résultats – il font en tout cas partie de ceux que j’apprécie le plus. Avant celui-ci, notre dernière expérience en date était La naissance du dragon . Mais Le Tigre et le Chat est encore mieux, bien mieux. Le tigre est un poltron, un balourd qui ne sait même pas chasser. Alors que le chat est un remarquable prédateur, il maîtrise toutes les techniques à la perfection et n’est jamais à court de gibier. Bon prince – là c’est déjà bizarre pour un chat –, il va accepter de prendre son grand cousin comme élève pour lui apprendre toutes ses techniques. Tel un apprenti ninja, il va faire le maximum pour suivre toutes les étapes de son initiation et peut-être parvenir à égaler son maître. Mais avec leur mauvais caractère respectif, ces deux là vont-ils réussir à s’entendre ? ...

Klezmer T1

Raconter les choses comme elles se sont vraiment produites, c’est tellement moche que ça devrait être interdit. Je t’invente une histoire, c’est la moindre des politesses. Lorsque j’ai lu Klezmer pour la première fois, j’ai été tellement séduit par le travail à l’aquarelle que j’ai acheté une petite boîte de peinture de voyage. De retour à la maison je me suis mis à reproduire la vue d’Odessa, tout en bleu pétrole et Orange coucher de soleil, qui est reprise dans la préface – je l’ai toujours et je garde un bon souvenir de cette expérience. ...

14 août 2016 ·  BD  ♥

Ronde de nuit

Que se passe-t-il lorsque les enfants vont se coucher ? Est-ce que tout s’arrête ? C’est un monde inconnu pour eux qui le sera un peu moins en lisant ce livre tout en ombres. Ils vont découvrir, quasiment heure par heure, ce qu’il se passe autour d’eux, dans les maisons ou dans la nature. Certains, s’amusent, d’autres travaillent. Certains partent chasser ou sont tout simplement occupés à déambuler. C’est ce satané réveil qui rompra le charme en mettant fin à cette ronde magique. ...

Le piano oriental

Je tournais autour depuis longtemps. J’ai souvent vu son visage jovial qui me faisait de l’oeil derrière les vitrines et j’ai fini par céder au festival de BD de Colomiers – je ne pouvais décemment pas repartir les mains vides. Après seulement quelques pages, je peux dire clairement que je ne regrette pas mon achat. En fait, en étant honnête, même avant de tourner les pages. A vrai dire dès le moment où je l’ai posé sur ma table de chevet j’étais content de posséder ce livre et je devais arborer a peu près le même sourire qu’Abdallah Kamanja sous son tarbouche. ...

22 mai 2016 ·  BD  ♥

14

D’habitude je ne cite pas les quatrièmes de couverture, mais là je ne peux pas résister. Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état. Jean Echenoz va bien aux éditions de Minuit et vice-versa. Ainsi le contenant ressemble au contenu: sobre, épuré et élégant. Si vous voulez vous convaincre du lien qui existe entre l’écrivain et cette maison, lisez Jérôme, l’hommage qu’il a rendu à Jérôme Lindon qui en fut l’emblématique directeur. ...

Une chanson d’ours

Ne vous y trompez pas, Les éditions Hélium n’ont pas opté pour un très grand format qu’à des fins esthétiques ou mercantiles. La principale raison est de permettre aux lecteurs de profiter pleinement de – ou de simplement voir – tous les détails qui emplissent chaque double-page de ce livre et d’y chercher papa ours et surtout petit ours. Il y a un peu de Où est Charlie ?, mais avec une histoire narrée dans un récitatif figurant dans une bande en bas des pages. ...