Faire la loi

Je ne sais pas si l’idée du jeu de l’oie est partie d’un jeu de mots douteux par rapport au titre – je n’ose pas y croire. Illustrer le parcours du combattant que représente l’adoption d’une loi par une partie de jeu de société est une vraie bonne idée. L’exemple utilisé est celui de la loi Macron. Comme celui qui lui a donné son nom est devenu depuis notre président c’est aussi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’homme et sur sa force de caractère. Pour quelqu’un comme moi qui ne travaille pas du tout dans le domaine juridique – j’ai commis des erreurs dans ma vie, mais pas celle-là – le travail requis depuis le projet de loi jusqu’à sa mise en application et à l’observation de ses effets semble colossal. Quelque chose entre les travaux d’Héraclès et le mythe de Sisyphe. Loin de trouver tout cela inutile, je suis assez admiratif devant ce processus éminemment démocratique – je ne parle pas du fameux 49.3 qui semble rendre bien des services. C’est un savant mélange entre de la technique très précise, de l’expérience, du savoir faire et évidemment une bonne dose de tactique politique. ...

26 juin 2018 · #461 ·  BD  ♥

Release It!

Ce livre est une bible pour tout professionnel qui souhaite déployer une solution en production – c’est quand même l’objectif normalement, les POC ça va un moment et le titre de ce livre vous y incite fortement. C’est une référence reconnue puisqu’il a contribué à populariser certains patterns comme le circuit breaker et qu’il caracole en tête de toutes les listes de lecture (must read) du domaine. Il est bourré de bons conseils issus d’un énorme retour d’expérience puisque Michael T. Nygard a oeuvré dans le domaine en question, que l’on appelle désormais operations en anglais comme en français, sur des applications critiques – principalement, mais pas que, des gros sites de e-commerce. ...

Le problème à trois corps

C’est tout simplement, derrière Hypérion1, le meilleur livre de SF que j’ai lu. C’est vrai que je ne suis pas un grand spécialiste du genre, mais quand même. Il s’agit en fait – comme souvent en SF – du premier tome d’une trilogie. Formellement la trilogie Remembrance of Earth’s Past – je ne sais pas si ce nom apparaît en français –, mais l’on y fait plus souvent référence en empruntant le titre du premier tome, ce qui donne la trilogie du problème à trois corps – ça fait beaucoup de 3 – écrite par l’auteur chinois Liu Cixin. Je ne suis pas le seul à l’avoir apprécié puisqu’il s’agit, si l’on en croit l’éditeur, du roman de SF le plus populaire de Chine primé à plusieurs reprises, j’ai aussi compris qu’une adaptation en série télé était en cours ou à l’étude. De ce que j’ai pu lire il fait partie d’un sous genre de la science fiction appelé hard SF – je connaissais hard-boiled pour le polar, mais ce n’est pas la même chose. Selon Wikipedia ...

Le Météorologue

Un coup de coeur pour un livre comme l’on en a peu au cours d’une année de lecture, le dernier de ce genre est L’ordre du jour et il a eu le Goncourt en 2017. Olivier Rolin rend avec ce livre un bel hommage à Alexéï Féodossévitch Vangengheim, le météorologue, et avec lui à toutes les victimes de la grande Terreur en URSS. Météorologue avec les aléas que cela comporte – surtout à l’époque – est une profession à risque dans le monde paranoïaque sur lequel régnait le tyran Staline. Il n’y a qu’un pas – Staline n’est pas à ça près – entre une prévision qui ne se réalise pas et une volonté de sabotage. C’est pour cette raison que certains comme Alexéï Vangengheim ne savait même pas pourquoi ils avaient été arrêtés. C’était pourtant un homme paisible qui aimait avant tout son métier, la science et sa famille. Certainement un visionnaire dont l’élan vu brisé. Voici ce qu’il écrivait dans l’une de ses lettres. ...

Une rivière

Une petite fille rêve devant la fenêtre de sa chambre. Elle regarde la rivière et se laisse emporter par les flots. Elle est seule à présent à bord d’un petit bateau. Il vogue à travers la ville et quitte peu à peu le monde des hommes et la pollution pour rejoindre la nature. Elle traverse ainsi de nombreux paysages et se dirige vers l’océan. J’ai tout de suite aimé ce livre lorsqu’un enfant l’a choisi – par hasard ou intrigué par la couverture – pour me le faire lire lors d’une sortie à la médiathèque. J’ai tout de suite aimé l’idée du pouvoir de la pensée et des rêves qui permettent de nous transporter ailleurs. Et quel meilleur guide pour cela que le cours d’une rivière. Elle traverse la ville sans être gênée par le flot des voitures. En la suivant on se retrouve rapidement dans la nature, voguant vers la liberté la plus totale matérialisée par l’océan. ...

Harry Potter T1

Comme pour Game of Thrones je dois être le dernier arriéré à n’avoir ni lu ni vu la série des Harry Potter. La raison est un simple et bête entêtement à ne pas vouloir voir les films avant d’avoir lu les livres dont ils sont tirés – une obsession comme une autre. Un évènement et un contexte propice m’ont mis le pied à l’étrier. L’évènement est l’écoute d’une passionnante série d’émissions de La compagnie des auteurs consacrée à l’oeuvre de J. K. Rowling. J’ai été à la fois surpris et fasciné d’entendre tous ces universitaires disserter de cette série tout au long des quatre heures d’émissions. Les parties qui m’ont le plus intéressé portent sur le travail de traduction qui a été réalisé par Jean-François Ménard et sur celui des références philosophiques compilées par Marianne Chaillan dans son livre Harry Potter à l’École de la Philosophie1. Les vacances de Noël ont été le contexte idéal pour entreprendre cette lecture – histoire de retomber un peu en enfance. Afin de les préparer comme il se doit, je me suis procuré les sept tomes que compte la série – je ne fais jamais les choses à moitié – dans la première édition de la collection Folio Junior. Alors quel est le verdict ? ...

Ours blanc a perdu sa culotte

Mais où est-elle passée ? Ne riez pas – ou plutôt si – ce livre est un best-seller, une tuerie, un véritable phénomène chez les moins de 5 ans. Qu’est-ce qui fait son succès ? Voir des animaux affublés de culottes ridicules, certainement. Tourner les pages pour découvrir des effets de découpage, peut-être aussi. Mais voir la tête tour à tour hébétée, tour à tour dépitée d’ours blanc est à mourir de rire. ...

La plage magique

Parfois parmi le chalutage – 12 livres – pratiqué hebdomadairement à la bibliothèque on tombe sur une perle. Et quand il s’avère en plus que le livre a une histoire qui mérite d’être racontée, je me dois de prendre la plume. Il est l’oeuvre de Crockett Johnson – rassurez-vous Crockett est un surnom – qui fut un auteur de livres pour enfants renommés dont le fameux Harold et le crayon rose – je fais le malin, mais je ne fais que répéter ce que j’ai lu, je ne connaissais ni l’auteur ni son livre. Il a écrit de nombreux livres à succès, mais celui qui lui tenait le plus à coeur a été refusé par de nombreux éditeurs. A force d’insister, il parvint à le faire publier, mais l’éditeur a confié les illustrations à une jeune illustratrice. Et le livre paru sous le titre Castles in the Sand. ...

L’ordre du jour

Ce livre nous raconte le moment où les nazis se trouvant sur le seuil des Enfers ont poussé la porte et l’ont franchie. Il s’intéresse à une période temporelle très courte en comparaison du vaste carnage qui va suivre. Lorsque les nazis ont préparé et réalisé l’annexion de l’Autriche, opération connue sous le non d’Anschluss, début d’un long processus destructeur qui mènera à l’horreur que nous connaissons. Au sein de cet espace-temps, Éric Vuillard met en lumière deux choses. La première, celle par laquelle débute ce livre avec la montée solennelle des 24 chefs d’entreprise le long du grand escalier est la contribution de l’économie allemande à l’effort de guerre. Ça c’est la version consensuelle. L’auteur préfère montrer comment ces capitaines d’industrie ont accepté sans broncher de mettre la main au portefeuille pour financer les projets des nazis et comment ils ont été payés en retour à grand renfort de main d’oeuvre gratuite et corvéable à merci puisque prise directement dans les camps. Dans ces conditions, elle ne durait pas longtemps, mais qu’importe, les nazis étaient là pour réapprovisionner. ...

Freedom

Pour moi Freedom est l’archétype du roman américain moderne. Ce n’est pas un hasard puisque Jonathan Franzen est un des plus grands représentant de cette littérature. Il dépeint dans ses livres de larges fresques représentant la société actuelle, celle qu’il connaît, il décrit le monde dans lequel il vit et c’est ce que les écrivains ont toujours fait de mieux. Si le roman du mariage, d’un autre grand écrivain américain Jeffrey Eugenides, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre est plus un campus novel qu’un wedding novel, Freedom est par contre un modèle du genre. Ce néologisme doublé d’un anglicisme n’est pas très élégant, mais se révèle bien pratique pour qualifier des romans dont le sujet n’est pas tant le mariage en lui-même – heureusement, la réalité ce suffit à elle-même dans ce registre –, que le couple ainsi sacralisé, puis la famille qu’il va s’efforcer de constituer pour se diriger tout doucement, mais surement vers un lent déclin. Il se fait l’observateur de ce phénomène – physiologique et / ou culturel – qui pousse les hommes et les femmes à se rassembler pour ne faire qu’un. Mettre de côté – ou au moins niveler – pour un temps sa personnalité, ses envies pour se consacrer d’abord à l’être aimé puis à ses enfants. On a l’habitude d’opposer le mariage d’amour au mariage de raison, il donnera sur cette question également quelques éclairages. ...

23 juin 2017 · #414 ·  Roman  ♥

Chiisakobé T1-4

Dès que j’ai vu la couverture de ce manga, j’ai su qu’il était pour moi. J’ai alors immédiatement réservé les quatre tomes qui composent la série à la bibliothèque et attendu avec impatience – c’est la première fois que je réserve un livre à la bibliothèque. Deux choses très liées m’ont tout de suite attiré. La première est ce personnage énigmatique dont le visage est presque entièrement masqué par sa barbe et ses cheveux. On ne sait pas qui il est vraiment et pas du tout ce qu’il pense – aucune expression ne peut être lue au travers de ces broussailles. La deuxième, qui a été confirmée en feuilletant les pages, est le magnifique dessin ligne claire réalisé avec beaucoup de goût et une grande science de la mise en page, nous y reviendrons. ...

20 mai 2017 · #410 ·  BD  ♥

Détective Popotin et le diamant arc-en-ciel

Il y a longtemps que je n’avais pas écrit sur un livre pour enfant (jeunesse), pas par manque d’envie, mais tout simplement car nous n’étions pas tombé sur quelque chose d’exceptionnel malgré notre petite douzaine de livre empruntée hebdomadairement à la bibliothèque. Cette fois nous avons lorgné du côté des livres-jeux. Pour les jeunes enfants ce ne sont pas des “livres dont vous êtes le héros”, mais plutôt des “cherche et trouve” un peu à la manière de Où est Charlie ?. En parcourant les livres, une tête en forme de paire de fesses a attiré notre attention et c’était celle du détective Popotin – vous verrez que cette particularité peut s’avérer bien utile. ...

Les Ignorants

Je n’avais pas lu du Davodeau depuis le poignant Un homme est mort1. Quelle erreur ! La lecture des Ignorants me conforte dans ma première impression, nous avons affaire à un très grand auteur – je pense que je vais rafler tout le rayon Davodeau lors de mon prochain passage à la bibliothèque. Il nous parle de la rencontre entre deux arts celui du vin et celui de la bande dessinée. Et ce n’est pas le mariage de la carpe et du lapin. Bien au contraire, il s’agit dans les deux cas de plaisirs appréciés par des amateurs éclairés, des personnes de bon goût – je me flatte un peu en tant qu’amateur des deux. Mais c’est aussi la rencontre de deux hommes, Richard Leroy et Etienne Davodeau, chacun faisant découvrir à l’autre son univers, lui faisant partager sa passion. Davodeau excelle dans l’art de raconter le quotidien, faire partager de simples discussions en exploitant les expressions, les regards. Il y parvient tellement bien que l’on croirait prendre part à ces échanges. Beaucoup d’humanité passe au travers de ce récit. ...

27 avr. 2017 · #406 ·  BD  ♥

Lookbook T1

Ce livre est affreux, mais tellement drôle. L’auteur ne censure rien, c’est très cru – très vulgaire diront certains –, mais tellement bon. Je suis tombé dessus par hasard au magasin de BD. Je l’ai feuilleté et j’ai commencé à lire une page par curiosité et je me suis marré, puis une autre et puis j’ai décidé de l’acheter, il me rappelait un livre que j’avais bien aimé, J’aime pas la chanson française. J’ai fini de le lire en attendant des amis au restaurant. Je devais par moment interrompre ma lecture pour éviter d’exploser de rire et par la même occasion que les autres clients me prennent pour un fou. Peut-être faut-il avoir l’esprit mal tourné, mais c’est quand même excellent de voir écrit ce que l’on pense parfois sans oser le dire. Le couple Quechua est terrible – ils doivent conduire un Picasso pour partir en week-end. Ce livre est une ode à la bêtise sous toutes ses formes et au fait qu’elle transparait – transpire devrais-je dire – au travers des tenues vestimentaires. ...

15 avr. 2017 · #405 ·  BD  ♥

Le Château

Ce n’est pas une surprise, mais une confirmation de l’avis que je m’en faisais. J’adore la politique en BD depuis Quai d’Orsay et je n’ai pas été déçu par ce livre. J’ai passé un bon et long moment en sa compagnie. Pourtant la presse n’a pas été unanime lors de sa sortie, à tel point que j’avais renoncé à l’acheter. Je me doute que les reproches qui lui ont été faits concernent son manque de critique envers le président et son gouvernement. ...

1 avr. 2017 · #403 ·  BD  ♥

Boussole

Le mot qui revient le plus souvent lorsque l’on entend parler de ce livre est érudition. Et, après seulement quelques pages, on comprend pourquoi et on ne peut que se rallier à cette opinion. C’est vrai que c’est surprenant, impressionnant – et beaucoup d’autres superlatifs – et même si l’on sait que Mathias Enard est un spécialiste de l’Orient, on se demande comment il a fait pour réunir dans ce roman une telle somme de connaissances, d’anecdotes, d’histoires – avec un petit et un grand H –, bref de tout, une somme, un monde. Le sujet de ce roman, qui a reçu le prix Goncourt en 20151, son thème, est l’Orient et plus spécifiquement l’orientalisme qui est un mouvement culturel occidental – au sens large – manifestant un attrait pour la culture orientale. Après la lecture de ce livre je me risque à en donner ma propre définition: “L’Orient fantasmé par les occidentaux” – éminemment subjective, réductrice et donc critiquable. ...

11 mars 2017 · #400 ·  Roman  ♥

Rébellions chez les crayons

Un roman épistolaire pour les enfants voilà qui est une bonne idée. Encore mieux quand on décide de faire parler des crayons de cire, le genre d’instruments que seul les enfants utilisent – que les autres utilisateurs me pardonnent. Crayon Gris se plaint de ne colorier que des grandes surfaces: baleines, éléphants, etc… Crayon Rose de n’être utilisé que par la soeur du propriétaire – forcément. Crayon beige d’être complètement laissé de côté car relégué au coloriage du blé – c’est quand même pas tous les jours – et crayon Jaune et crayon Orange se disputent pour savoir lequel des deux est la vraie couleur du soleil. ...

Soumission

“C’est la soumission” dit doucement Rediger. “L’idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue.” Quoi que l’on en dise, Michel Houellebecq s’assagit avec le temps – il vieillit peut-être ? Depuis maintenant deux romans, il devient plus consensuel et gomme petit à petit la violence et le sexe – il en reste tout de même un peu rassurez-vous – de ses ouvrages pour les rendre plus cérébraux – voir l’article consacré à son précédent roman, La carte et le territoire. Ceux qui parlent de Soumission comme d’un livre polémique n’ont rien compris. ...

29 déc. 2016 · #393 ·  Roman  ♥

Éloge de la névrose en 10 syndromes

Le titre n’est pas trop engageant, mais ne vous y fiez pas. Leslie Plée parle de ses problèmes – disons les choses comme elles sont – avec tellement de légèreté et d’humour que ça devient un régal. Evidemment il s’agit d’une BD très autocentrée – on s’en doute – qu’elle parvient à rendre à la fois sincère et drôle. On se situe un peu dans le même registre que certains de ses collègues comme Boulet ou Margaux Motin, tout en restant bien différent ...

23 oct. 2016 · #387 ·  BD  ♥

Vernon Subutex T1

Virginie Despentes a écrit son voyage au bout de la nuit. Enfin celui de Vernon, un disquaire qui n’a plus que son iPod en poche. La fête est finie, plus de disque ou au moins de magasin qui en vend, les trente ans sont loin, les pots qui ont un peu trop abusé des bonnes choses tombent comme des mouches et c’est carrément tout notre monde occidental d’opulence qui est en train de méchamment se casser la gueule. Bref, c’est la grosse merde. ...

9 oct. 2016 · #385 ·  Roman  ♥