Récit

Crac

Près d’un siècle après, Jean Rolin marche dans les traces de Thomas Edward Lawrence plus connu sous le nom de Lawrence d’Arabie. Il part comme lui sillonner le Moyen-Orient, notamment le Liban et la Syrie, pour visiter les forteresses et les châteaux bâtis par les croisés dont le Crac (parfois orthographié Krak) qui a donné son nom au livre. C’est un livre semblable à son précédent opus, Le Traquet Kurde, même s’il y est un peu moins question d’ornithologie – on ne se refait pas – et un peu plus de T.

Tokyo Vice

Jake Adelstein est, comme il se définit lui-même un juif américain, mais au pays du soleil levant, il n’est qu’un gaijin. Ce gaijin, à peine ses études terminées, a réussi la prouesse d’être embauché dans l’un des plus prestigieux quotidien du pays, le Yomiuri. C’est à ce point un exploit que les japonais ne le croyaient pas. Après des débuts à couvrir des petites affaires locales il s’est spécialisé dans le monde de la nuit.

Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas

Comme l’indique le sous-titre, il s’agit d’un livre de souvenirs. Ceux d’un historien spécialiste de la Rome antique devenu professeur au Collège de France. Très classiquement il raconte son enfance, ses études, s’attarde sur son passage à l’école normale supérieure. A cette époque le communisme n’était pas encore mort – on ne connaissait pas ou on ne voulait pas croire à Staline et ses goulags – et Paul Veyne revient sans ambages sur son passé de communiste.

Le Traquet kurde

La première chose que j’ai remarqué dans ce Traquet Kurde est la très belle reproduction de l’oiseau en question juste derrière la page de titre. Car il s’agit bien d’un oiseau et non comme je l’avais cru en entendant le titre (sur une base phonétique) d’un réfugié kurde traqué par je ne sais qui. La seconde est la qualité du papier – je suis presque sûr que le grain du papier est plus fin que celui des autres livres P.

La classe de rétho

Antoine Compagnon est un historien de la littérature française, professeur au Collège de France et l’un des plus grands spécialistes de Marcel Proust. Je vous passe son cursus complet, mais il n’y a pas besoin d’en rajouter pour se convaincre que nous n’avons pas affaire au premier venu. J’admire le savoir de cet homme que j’ai eu l’occasion d’écouter plusieurs fois lors de ses passages à la radio ou dans le cadre de ses cours disponibles en podcast et j’apprécie son humilité et sa façon de transmettre ses connaissances.

Le Météorologue

Un coup de coeur pour un livre comme l’on en a peu au cours d’une année de lecture, le dernier de ce genre est _L’ordre du jour_ et il a eu le Goncourt en 2017. Olivier Rolin rend avec ce livre un bel hommage à Alexéï Féodossévitch Vangengheim, le météorologue, et avec lui à toutes les victimes de la grande Terreur en URSS. Météorologue avec les aléas que cela comporte – surtout à l’époque – est une profession à risque dans le monde paranoïaque sur lequel régnait le tyran Staline.

L’ordre du jour

Ce livre nous raconte le moment où les nazis se trouvant sur le seuil des Enfers ont poussé la porte et l’ont franchie. Il s’intéresse à une période temporelle très courte en comparaison du vaste carnage qui va suivre. Lorsque les nazis ont préparé et réalisé l’annexion de l’Autriche, opération connue sous le non d’Anschluss, début d’un long processus destructeur qui mènera à l’horreur que nous connaissons. Au sein de cet espace-temps, Éric Vuillard met en lumière deux choses.

Les Mohamed

BD
Cette bande dessinée est l’adaptation du livre Mémoires d’immigrés1 de Yamina Benguigui. J’avoue que j’étais depuis longtemps intrigué par cette couverture et ce titre lorsque je l’apercevais sur les rayonnages de la bibliothèque municipale. Le design des personnages n’est pas étranger à cette impression, il m’a rappelé Maus2, mais je ne sais pas si c’est intentionnel ou si ce procédé n’est là que pour rappeler que la parole a été donné à des sans voix par Yamina Benguigui et à des sans visages, par Jérôme Ruillier – en même temps à bien y réfléchir, ça n’aurait pas été simple de mettre des visages, forcément inventés, sur ces récits – à moins que des photos existent, j’avoue que je ne sais pas.

Les Ignorants

BD
Je n’avais pas lu du Davodeau depuis le poignant Un homme est mort1. Quelle erreur ! La lecture des Ignorants me conforte dans ma première impression, nous avons affaire à un très grand auteur – je pense que je vais rafler tout le rayon Davodeau lors de mon prochain passage à la bibliothèque. Il nous parle de la rencontre entre deux arts celui du vin et celui de la bande dessinée.

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B

BD
En ouvrant ce livre on sait tout de suite que c’est du Tardi, mais on pense aussi évidemment à un des chefs-d’oeuvre du neuvième art, le Maus1 de Art Spiegelman. Les deux oeuvres traitent du même sujet, la Seconde Guerre mondiale, mais c’est surtout le fait que ces deux grands de la BD racontent l’histoire de leur père respectif qui pousse à ce rapprochement. Ils utilisent des procédés narratifs similaires en s’incluant dans le récit pour apporter un contrepoint au témoignage du vécu.

L'Âge des lettres

En vérité, il ne s’agit ni de se comparer ni de s’identifier, mais trente-cinq ans après sa mort, de revenir, comme je le fais souvent dans ma tête, sur notre amitié, d’en parcourir les étapes, de fouiller dans ma mémoire, de retrouver ce que je lui dois, de lui rendre grâce pour ce qu’il m’a donné, pour les progrès qu’il m’a fait faire. Le «je» est Antoine Compagnon dont les titres et les fonctions sont difficiles à résumer, mais qui, pour faire simple est l’un des plus grands spécialistes de la littérature en France.

Le chemin des morts

Quand un membre de la famille meurt, il est conduit de la maison au cimetière par un chemin particulier, que l’on appelle le chemin des morts. Chaque maison, chaque famille a le sien. Il ne se confondent pas. Si bien qu’au-dessus des routes et des sentiers du village, ou au-dessous d’eux, ou à côté comme on voudra, il y a d’autres chemins, invisibles, formant une toile dont l’église est le centre.

Le chemin des livres

Philippe le Guillou nous raconte dans ce petit livre son entrée en littérature. Il nous parle de la naissance de sa vocation et de sa passion pour les livres. Sa jeunesse en Bretagne durant laquelle il se rend vite compte qu’il n’est pas comme les autres. Ses années de khâgne qui ne seront pas ce que l’on pourrait s’imaginer. Ses respirations dans la petite librairie des Nourritures terrestre tenue par les soeurs Bertho.

L'Adversaire

Le matin du samedi 9 janvier 1993, pendant que Jean-Claude Romand tuait sa femme et ses enfants, j’assistais avec les miens à une réunion pédagogique à l’école de Gabriel, notre fils aîné. Il avait cinq ans, l’âge d’Antoine Romand. Nous sommes allés ensuite déjeuner chez mes parents et Romand chez les siens, qu’il a tués après le repas. Ce livre est le récit non romancé de cette tragédie. Le point de vue adopté est celui de l’auteur, Emmanuel Carrère.

Indian Creek

Indian Creek est un récit autobiographique, celui d’un hiver passé dans les Rocheuses au sein de l’état de l’Idaho par l’étudiant qu’était Pete Fromm en 1978. Les (montagnes) Rocheuses désignent une grande chaîne de montagnes (4 800 km de long pour 650 km de large) s’étalant du nord-ouest des États-Unis au sud-ouest du Canada. Aussi curieux que cela puisse paraître, il a vécu cette expérience dans le cadre d’un job saisonnier – qui ne se déroulait pas comme la plupart des autres l’été, mais l’hiver.

Un printemps à Tchernobyl

BD
Dans le cadre d’une association, Emmanuel Lepage, accompagné d’autres personnes (artistes et journalistes) a entrepris le plus terrible des voyages. Un voyage l’amenant cette fois sur les terres de la désolation (il est l’auteur d’un précédent ouvrage consacré aux Terres Australes et Antarctiques Françaises intitulé Voyage aux îles de la Désolation1), celles qui furent le théâtre de la plus grande catastrophe nucléaire: la région de Tchernobyl et la ville voisine de Prypiat.

Fukushima

Fukushima est entrée au panthéon des villes connues pour leur catastrophe. Elle rejoint les tristement célèbres Hiroshima, Nagasaki et Tchernobyl. Le scénario est implacable, une tragédie en trois actes, un par fléau : séisme, tsunami et pollution nucléaire. La terre, l’eau et un élément quasiment indiscernable contre lequel on ne peut dresser aucune barrière et qui anéantira la vie à petit feu pendant des siècles. C’est le paradoxe de la grenouille : si on la plonge subitement dans une casserole d’eau chaude, elle s’en échappe d’un bond.

La guerre d'Alan

BD
La guerre d’Alan est la retranscription en bande dessinée du récit d’Alan Ingram Cope un jeune soldat de l’armée des Etats-Unis pendant la deuxième guerre mondiale. Ce travail a été réalisé par Emmanuel Guibert à qui l’on doit notamment la très bonne série Le Photographe.Le dessin est simple, beau et épuré fait de traits proches de la ligne claire peints au lavis sépia. Cette technique, en plus de donner un résultat magnifique, procure un sensation de calme et de sérénité et donne un côté agréablement vieilli à l’ensemble.

Transat

BD
Transat est un roman graphique autobiographique. Aude Picault, la dessinatrice et scénariste du roman nous fait partager une tranche de vie. Arrivée à la trentaine, elle se remet en question et cherche un sens à sa vie alors qu’elle voit tout en noir: le boulot, le métro, les amies, les amours, le temps qu’il fait ainsi que les bruits provenant des toilettes de son voisin lorsqu’elle est confortablement installée au fond de son lit dans son 20 m2 parisien.