Donbass

Benoît Vitkine est journaliste au journal Le Monde, spécialiste de l’ex-URSS et de l’Europe de l’Est, il est lauréat du prix Albert-Londres de la presse écrite en 2019, pour une série d’enquêtes consacrées à l’influence russe et à la guerre du Donbass. On peut dire qu’il connaît bien le contexte et nous aussi finalement à cause de l’actualité les noms des principales villes de la région Donetsk et Lougansk nous sont familiers. ...

L’armée furieuse

J’appréhendais un peu mes retrouvailles avec Fred Vargas et son célèbre commissaire après plus de 10 ans de séparation – ma dernière lecture était le précédent opus, Un lieu incertain. A l’époque j’étais assez fan de ses romans et je lisais chaque nouvelle histoire du commissaire et de sa brigade d’originaux dès sa sortie. J’aimais particulièrement deux choses le côté instinctif, flou rêveur à l’opposé de la rationalité et la légende souvent à la lisière du fantastique qui était toujours le fil rouge de l’histoire. ...

La Serpe

Philippe Jaenada n’aime rien moins que disséquer les anciennes affaires – ce que les américains nomment les cold cases. Ici, il s’intéresse à ce qui est connu comme le triple homicide du château d’Escoire. Cette nuit, parmi les quatre personnes présentes au château, Henri Girard est le seul survivant et donc le principal suspect. Celui qui n’est pas encore devenu Georges Arnaud l’auteur du Salaire de la peur, devient du même coup le seul héritier de cette riche famille. J’ai essayé de ne pas trop en dire, mais on devine sans mal qu’il y a de la matière et plus qu’il n’en faut à Jaenada qui n’a pas besoin d’autant tant il est prolixe. On ne s’en plaint pas – au moins au début –, car il est un bon compagnon, celui que l’on aime écouter pendant des heures nous raconter une histoire – et il vaut mieux parce qu’elle est longue cette histoire. C’est le roi de l’anecdote et de la digression à un point que j’avais rarement vu – pour ne pas dire jamais. Disons qu’il faut aimer les bavardages. ...

La méprise

Après avoir lu L’Inconnu de la poste et surtout après avoir écouté l’émission À voix nue consacrée à Florence Aubenas, j’ai eu envie de lire un autre de ses livres. Mon envie n’avait pas à voir avec son écriture, mais plutôt avec ce qu’elle est et ce qu’elle a accompli, son courage, son engagement, sa volonté et ses convictions. Mon choix s’est porté sur La méprise tout simplement parce que j’étais intrigué par cette affaire d’Outreau. J’étais jeune au moment des faits et j’en avais simplement entendu parler au journal télévisé – tout de même à de nombreuses reprises. Je regardais cette affaire de loin sans trop comprendre comment et pourquoi autant de personnes étaient impliquées, j’ai donc voulu en savoir plus – et j’ai certainement été aussi poussé par un peu de curiosité malsaine. Sur ce dernier point, je n’ai pas été déçu. ...

Blizzard

Blizzard est un premier roman et une belle petite réussite. Pourtant, j’avais de quoi à être sceptique après avoir croisé les sempiternelles “jointures qui blanchissent” après seulement une trentaine de pages. […] je me tiens à la rampe de l’escalier du plus fort que je peux, pour ne pas tomber, je la serre jusqu’à blanchir les jointures de mes mains. L’intrigue se déroule dans les grands espaces de l’Alaska, mais est paradoxalement très resserrée, presque anxiogène par son ambiance. Le lecteur va la vivre au travers de quatre personnages dans ce que l’on pourrait appeler un huis clos – encore une fois malgré les grands espaces – auxquels Marie Vingtras donne la parole à tour de rôle au sein de très courts chapitres qui s’emboîtent comme des pièces de puzzle pour en révéler petit à petit des éléments. ...

L’Inconnu de la poste

Dès que j’ai vu le nom de Florence Aubenas associé à un fait divers, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ces quelques lignes à la fin d’un article de Libération signé par la journaliste qui ont éveillé la curiosité d’Emmanuel Carrère pour l’affaire Jean-Claude Romand et qui ont donné lieu à l’un des tout meilleurs livres, L’Adversaire, traitant d’un crime depuis celui que l’on cite toujours lorsque l’on évoque ce type d’ouvrage, le De sang-froid1 de Truman Capote. La comparaison s’arrête là. L’Inconnu de la poste n’est pas dans une oeuvre qui restera dans l’histoire, mais un livre qui n’a pas cette ambition et qui se contente plus modestement de relater des faits qui de par leur nature ne nécessitent pas d’adjonctions pour intéresser le lecteur. ...

23 févr. 2021 ·  Noir  ♥

American Tabloid

James Ellroy s’intéresse aux évènements qui animèrent les deux faces – pas si antagonistes que ça – de l’Amérique, la politique et la mafia, entre les 22 novembre 1958 et 1963. Pendant ces 5 années il va se passer beaucoup de choses et Ellroy nous les raconte à sa façon dans un mélange de dialogues qui semblent pris sur le vif et de reproductions de divers documents: rapports, correspondances, retranscriptions d’écoutes téléphoniques, etc. Comme souvent chez lui c’est très dense et un peu difficile à suivre, disons qu’il faut s’accrocher. J’ai eu la chance d’avoir vu, juste avant de démarrer la lecture, le film The Irishman the Martin Scorsese qui se déroule à la même époque et qui a en commun avec ce livre l’un des personnages réel, James Riddle Hoffa. Car ce roman – comme la plupart des autres romans d’Ellroy me semble-t-il – a la particularité d’entremêler des personnages réels Jimmy Hoffa donc, les Kennedy évidemment mais aussi un Howard Hughes fatigué et le terrible et toujours en forme John Edgar Hoover et des personnages de fiction, il sont trois: le bon Ward Little, la brute Pete Bondurant et le truand Kemper Boyd. ...

Tokyo Vice

Jake Adelstein est, comme il se définit lui-même un juif américain, mais au pays du soleil levant, il n’est qu’un gaijin. Ce gaijin, à peine ses études terminées, a réussi la prouesse d’être embauché dans l’un des plus prestigieux quotidien du pays, le Yomiuri. C’est à ce point un exploit que les japonais ne le croyaient pas. Après des débuts à couvrir des petites affaires locales il s’est spécialisé dans le monde de la nuit. A trainer le soir, il n’a pas tardé à croiser les dangereux yakuzas. Et à trop se frotter à ce genre d’individus, on peut vite s’attirer des ennuis, surtout lorsque l’on commence à fourrer son nez dans des affaires de trafic d’êtres humains. ...

1 sept. 2018 ·  Noir  ♥

Le meurtre de Roger Ackroyd

Allez, je l’avoue, c’est l’envie de lire Pierre Bayard et son Qui a tué Roger Ackroyd ?1 qui m’a poussé à ouvrir ce grand classique du roman policier. En me documentant, j’ai appris qu’il fait partie d’une catégorie spécifique de romans policiers appelée whodunit, littéralement qui l’a fait – ça a l’air évident, mais je ne connaissais pas. Ce roman est donc centré sur la résolution de l’énigme et se présente un peu comme un jeu pour le lecteur qui dispose des mêmes indices que l’enquêteur, mais devra déjouer les nombreuses fausses pistes vers lesquelles l’aiguille le narrateur. Si Pierre Bayard, le professeur de littérature, s’est suffisamment intéressé à ce roman d’Agatha Christie pour en tirer un essai c’est qu’il a une particularité – mais je n’en dirai pas plus. ...

Un tueur sur la route

James Ellroy se met dans la peau d’un tueur en série et nous raconte son histoire. Ce livre est le récit réalisé par un tueur de son épopée sanglante. La narration est donc à la première personne. Elle est ponctuée par des extraits de journaux, de rapports de police et du journal d’un enquêteur. Pour un livre de James Ellroy, il est très accessible car il y a peu de personnages – il croisera tout de même la route d’une célébrité plutôt flippante elle aussi : Charles Manson – , ou en tout cas ils ne sont pas présents très longtemps … Le tueur est un personnage complexe à la fois très intelligent et extrêmement violent. Il est imprévisible et souffre, en plus d’une enfance très difficile, de graves troubles psychologiques (schizophrénie). ...

Le diable de Milan

Sonia est une jeune physiothérapeute. Depuis quelques temps, sa vie s’est délitée, elle est séparée de son mari, un jeune homme ayant réussi dans la finance. Puis, les sorties, l’alcool, les drogues jusqu’à une expérience avec du LSD qui lui a laissé des séquelles. Cette drogue a réveillé en elle une synesthésie latente. Depuis, elle voit des voix et sent des couleurs. C’est pour se reconstruire qu’elle a décidé de partir travailler dans un village de montagne. Le grand hôtel qui y siège a été récemment rénové et offre des services de balnéothérapie pour lesquels il est nécessaire de s’attacher les services d’un personnel qualifié. Elle souhaite couper les ponts, retrouver une vie saine, se mettre au sport et elle pense que ce village sera le lieu idéal. Pourtant, le contact avec les habitants n’est pas des plus chaleureux. Comme dans tout village, des tensions couvent, le moindre évènement peut à tout moment raviver de vielles rancoeurs. Les villages de montagne sont aussi un terrain propices aux superstitions et à la survivance d’anciennes légendes. D’ailleurs, d’étranges évènements ne vont pas tarder à se produire. ...

La taupe

Lors de la sortie du film, au lieu de faire comme tout le monde en allant passer quelques heures assis dans une salle obscure, je me suis mis en tête de lire le livre. Pour avoir lu plusieurs de ses romans, je connaissais et j’appréciais le travail de John le Carré. Je pense que mes lectures datent un peu car j’avais oublié la complexité de ses romans d’espionnage. Ce n’est pas vraiment l’intrigue qui est complexe bien que ces histoires d’agents doubles ne coulent pas toujours de source. La complexité tient selon moi à deux choses: ...

L'Eté de cristal

L’été de cristal est le premier volet d’un triptyque, connu sous le nom de La trilogie berlinoise, qui a pour protagoniste principal un détective privé dénommé Bernhard Gunther. Pour l’instant ça ne fait pas rêver, on se croirait presque dans un épisode de Derick mais attendez la suite. La particularité réside dans le contexte servant de cadre à ces histoires. Elles se déroulent en Allemagne pendant le IIIme Reich. L’été de cristal / la nuit de cristal, le parallèle est plutôt facile voire un peu grossier. Ce manque de finesse n’est pas imputable à l’auteur mais à un choix éditorial un peu trop marketing – chacun ses goûts – puisque le titre du livre était à l’origine Les violettes de mars. Ce titre qui ne vous dit peut-être rien – c’était mon cas – est tiré d’un terme désignant les adhérents tardifs au parti Nazi. C’est à dire ceux qui se sont ralliés à la cause des plus forts une fois qu’ils ont été au pouvoir. ...

La vie secrète de E. Robert Pendleton

Ce roman débute comme l’un de ces nombreux romans se déroulant dans une université américaine. Les protagonistes sont E. Robert Pendleton dans le rôle du professeur frustré qui n’a jamais pu percer en tant qu’écrivain et Adi dans le rôle de la jeune étudiante pulpeuse éprise de littérature. Pour compléter ce duo, il manquait le poil à gratter, l’élément perturbateur. Il va apparaître sous les traits d’un écrivain sans talent mais devenu célèbre depuis que lui et le professeur Pendleton suivaient les mêmes cours à l’université. La venue de ce rival, va être le déclencheur d’événements qui moisissaient depuis trop longtemps. ...

Sukkwan island

J’avais lu un peu partout qu’il s’agissait d’un livre très noir. J’ai pris cet avertissement à la légère en me disant que j’en avais vu d’autres: American Psycho et les livres de James Ellroy sont deux exemples qui me viennent à l’esprit. Et puis Sukkwan island est quand même publié par les éditions Gallmeister, grands spécialistes du genre nature writing qui n’a pas pour caractéristique principale de raconter des histoires sordides. Je suis donc parti confiant et même un brin moqueur envers ceux qui s’offusquaient de la noirceur de ce roman. Il faut bien avouer que j’ai été surpris. Tout avait pourtant bien commencé. Un père et son fils partent sur une île emménager dans une cabane pour passer un bout de temps ensemble – enfin assez longtemps à vrai dire. Ce qui paraît plutôt pas mal sympa dit comme ça. Mais, dès les premiers temps, vont apparaître quelques signes n’augurant rien de bon. ...

Un lieu incertain

C’est déjà le huitième roman de Fred Vargas mettant en scène son désormais célèbre commissaire Adamsberg. Ce succès n’est pas dû au hasard et force est de constater que le concept ne s’émousse pas avec le temps, il a même tendance à s’améliorer. Pour chacun de ses romans, Fred Vargas semble partir de quelque chose qui l’intrigue, l’étonne ou l’a fait rêver. Dans son précédent roman, Dans les bois éternels, il s’agissait de l’os se trouvant dans le coeur du cerf. Autour de ce type d’élément, elle construit une histoire se situant à la lisière du fantastique. Elle flirte avec, tourne autour, sans jamais succomber à la tentation de tomber dans ce registre et de décrédibiliser son histoire. ...

La Princesse des glaces

Dans ce polar, celle qui joue le rôle de la détective est Erica Falck, une romancière suédoise – tient comme l’auteur. L’intrigue se déroule à un époque contemporaine dans un petit village suédois au nom imprononçable de Fjällbacka. Une jeune femme originaire du village est retrouvée morte dans sa baignoire dans une posture qui évoque le suicide, les poignets entaillés par une lame de rasoir. La porte de la maison est restée ouverte, l’eau a gelé – je vous rappelle que nous sommes en Suède – ce qui nous donne une belle référence au titre du livre. Notre détective en herbe – enfin elle a tout de même 35 ans – va se retrouver mêlée à cette histoire car elle était une amie d’enfance de la défunte. Elle va s’impliquer de plus en plus dans cette affaire pour suppléer la bande d’incompétents de la police – enfin tous sauf un – mais aussi et surtout car elle compte bien y trouver de la matière pour un futur livre, son premier roman. ...

Eloge de la pièce manquante

L’auteur du roman Les falsificateurs avait écrit, avant ce succès, un curieux livre. S’il s’agit bien d’un roman policier, sa forme est d’une très grande originalité. Il est composé de divers supports dont l’auteur maîtrise manifestement bien les codes: correspondances, comptes rendus de réunion, interviews, articles scientifiques, économiques, fait divers, etc. Chacun de ces éléments compose les pièces d’un récit dont le thème central est non moins original puisqu’il s’agit du puzzle. L’auteur imagine un monde dans lequel le puzzle revêt une importance bien plus importante que dans le monde réel. Des publications universitaires lui sont consacrées, des collectionneurs s’arrachent les modèles sortis des plus grandes manufactures européennes mais aussi et surtout, le monde entier suit avec un intérêt croissant les épreuves du championnat du puzzle de vitesse. Cette compétition, créée au départ pour relancer l’industrie du puzzle, dépasse les attentes de ses sponsors en élevant la popularité de ce qu’il convient d’appeler un sport au rang du baseball ou du basketball. Tout était donc pour le mieux jusqu’à ce que des meurtres, assortis de mises en scène macabres, viennent secouer le petit monde du puzzle. ...

Le maître des illusions

Encore une sombre histoire se déroulant sur le campus d’une université qui fait immanquablement penser au livre de Bret Easton Ellis Les lois de l’attraction1. Ce n’est pas un hasard, Donna Tartt et le célèbre romancier se sont connus lorsqu’ils étaient étudiants dans la même université du Vermont. Elle dit d’ailleurs que c’est à cette époque qu’elle a démarré la rédaction de son livre qui a duré près de dix ans. ...

Moloch

En apercevant sur l’étal d’un bouquiniste ce titre caractéristique de la série noire se détachant en lettres jaunes sur fond noir quelque chose a résonné en moi. Moloch, ce titre me parlait. Je pense que la première image qui m’est venue à l’esprit est celle de ce drôle de petit lézard couvert de pointes qui vit dans le désert australien – de son vrai nom, après avoir fait la recherche sur Wikipédia, Moloch horridus. En consultant la quatrième de couverture et en constatant qu’elle reproduisait une partie de la bible, j’ai vite compris mon erreur. Le Moloch qui a donné son titre au livre est le nom d’un ancien dieu auquel des parents offraient un enfant en sacrifice. Il était représenté par une statue de métal vouée à recevoir ,dans ses bras chauffés à blanc, l’enfant promis à une mort atroce. C’est en tout cas la définition qu’a retenu Thierry Jonquet comme un symbole d’une histoire dans laquelle les enfants et la souffrance se trouvent au coeur de l’intrigue. ...