Mon coffret pour devenir grand

Comme son nom l’indique, il s’agit d’un coffret qui ressemble un peu, par sa taille et sa forme, à une jaquette de VHS – ceux qui ont connu la préhistoire des vidéos sauront de quoi je parle. Le coffret est cartonné – et donc plus solide qu’une jaquette de VHS. Il est très beau avec ce dessin du grand panda que l’on regrette de ne pas retrouver dans l’un des livres. Quatre ronds collés sur le bas du coffret figurent les pattes du panda et lui donne ainsi une touche d’originalité. Bien évidemment, la première chose qui est venue à l’idée de ma fille et de tirer sur ces ronds pour tenter de les arracher. Et – j’ose à peine le dire – elle est vite arrivée à ses fins. ...

La nuit de l’oracle

New York, un écrivain, un carnet – un bleu et pas un rouge –, le hasard, une pointe de mystère et une mise en abîme, on est bien chez Paul Auster. Installez-vous confortablement et profitez de ce bon moment. Tout le monde connaît l’histoire du gars qui sort acheter des cigarettes et qui ne revient jamais. Eh bien c’est un peu cette histoire, mais en plus subtil. Sidney Orr, le personnage écrivain de Paul Auster, va se lancer dans l’écriture d’un roman dont l’idée lui a été soufflée par son ami et l’ami de sa femme – vous verrez, ce n’est pas anodin – lui aussi écrivain John Trause. Il s’agit de reprendre à son compte une anecdote racontée par Sam Spade le détective du roman de Dashiell Hammett Le faucon de Malte1. Elle est connue sous le nom de “parabole de Flitcraft”. Flitcraft, raconte Spade, est un homme bénéficiant d’une vie confortable, d’une famille, de l’argent, bref quelqu’un qui, comme l’on dit, a tout pour être heureux. Mais un jour, il quitte son travail et disparait. Que lui est-il arrivé ? Eh bien en allant déjeuner, il manquât d’être tuée par la chute d’une poutre tombée d’un immeuble en construction. Le souffle de la mort lui fit prendre conscience que l’existence peut s’arrêter d’un moment à l’autre et qu’il est temps de mettre de côté sa vie rangée pour en vivre une nouvelle. La morale – puisqu’il s’agit d’une parabole c’est-à-dire d’une allégorie – ne se trouve paradoxalement pas dans cette prise de conscience subite, mais dans la fin de l’histoire. Lorsque Spade croise Flitcraft des années plus tard, il vit sous le nom de Charles Pierce – ce qui semble être une référence au philosophe Charles Sanders Peirce – dans une autre ville. Il a un nouveau travail, une nouvelle femme et un bébé. Bref, Flitcraft a quitté sa précédente vie pour en recréer une similaire, il est revenu à sa vie d’avant. ...

Hunter x Hunter T1

Hunter x Hunter – le x ne se prononce pas – propose un très bon début pour un shōnen. Si le principe est toujours le même, la quête d’un jeune garçon au potentiel important qui va se révéler au fil de l’histoire, le sujet est original. Le héros souhaite devenir un Hunter. Les Hunters constituent un groupe d’élite composé d’experts évoluant dans des domaines variés: recherche de trésors, chasseurs de prime, chef cuisinier, etc. Pour prétendre au titre d’Hunter, il faut être reçu à un concours extrêmement ardu et dangereux – environ 1 / 10 000 candidat le réussi. C’est sur ce concours qu’est centré le premier tome et quelques-uns des tomes suivants. Le concours avec ses pièges, ses nombreux participants et ses épreuves très variées est vraiment très agréable à suivre. Tout commence par une longue marche qui n’est pas sans rappeler le Marche ou crève1 de Stephen King alias Richard Bachman. Enfin, si l’on ne compte pas le voyage jusqu’au lieu du concours qui s’avèrera vite être une première épreuve. ...

26 avr. 2013 ·  BD

L'Adversaire

Le matin du samedi 9 janvier 1993, pendant que Jean-Claude Romand tuait sa femme et ses enfants, j’assistais avec les miens à une réunion pédagogique à l’école de Gabriel, notre fils aîné. Il avait cinq ans, l’âge d’Antoine Romand. Nous sommes allés ensuite déjeuner chez mes parents et Romand chez les siens, qu’il a tués après le repas. Ce livre est le récit non romancé de cette tragédie. Le point de vue adopté est celui de l’auteur, Emmanuel Carrère. Qu’est-ce qui l’a poussé à entreprendre la retranscription de cette histoire sordide. Certainement pas le sensationnel, mais plutôt la volonté de tenter de comprendre l’incompréhensible. Le cheminement suivi par l’auteur a été long et le livre a bien failli ne pas voir le jour. Sa genèse et sa conception se retrouvent en filigrane dans le récit. La construction est basée sur la chronologie; pas celle des évènements mais celle du travail de l’auteur. ...

Monsieur Lion chez le coiffeur

Monsieur Lion n’est pas très bien peigné. – Allons chez le coiffeur ! propose son ami le singe. Il n’a pas l’air d’être trop d’accord ni trop rassuré, mais il n’a pas trop le choix. Sa crinière est loin d’avoir le lustre digne de son rang de roi des animaux. Elle est hirsute et maculée de feuilles – il a dû se rouler quelque part. Poussé – plus qu’encouragé – par le singe, il se retrouve chez le coiffeur pour la première étape de son relooking: le shampoing. Le singe est à ses côtés l’observant d’un air narquois bien à l’abri sur la page opposée. Et ce n’est qu’un début pour le félin qui se trouve en bien fâcheuse posture et va devoir subir de nombreuses épreuves avant de retrouver – avec un peu de chance – sa majesté. ...

Une fille, qui danse

Une fois n’est pas coutume, – et je vais faire plaisir à Olivier Mannoni, le traducteur de Martin Suter et ancien président de l’ATLF (Association des Traducteurs Littéraires de France), qui avait écrit un commentaire en réponse à mon billet consacré au Diable de Milan – je vais débuter cet article en parlant traduction. Dans Une fille, qui danse, c’est d’abord la virgule figurant dans le titre qui m’a interpelé lorsque j’ai observé la couverture. Ensuite, j’y ai repensé et me suis interrogé sur son sens lors de la lecture. Il semblait seulement faire écho à un épisode anecdotique du livre – après tout pourquoi pas. Lorsque j’ai reposé le livre une fois terminé, cette question du titre m’agaçait encore l’esprit et j’ai donc vérifié ce qu’il donnait dans sa version originale – cette fois, je savais sans le moindre doute qu’il s’agissait d’une traduction – : The sense of an ending. Il n’y a pas besoin d’être très doué en anglais pour s’apercevoir que ces deux titres n’ont rien à voir. Pour en parler qui est mieux placé que le traducteur lui-même, Jean-Pierre Aoustin, que nous avons la chance de lire sur le blog de l’ATLF – tiens nous y revenons, désolé j’ai coupé deux commentaires car je ne voulais pas trop en dévoiler sur l’intrigue : ...

De bons présages

Je n’ai malheureusement pas accroché – je ne suis pas arrivé au bout du livre. J’ai pourtant beaucoup aimé la série Les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett qui est au moins aussi loufoque et déjantée. De bons présages est un livre écrit à quatre mains, les deux autres appartenant à son compatriote Neil Gaiman qui est lui aussi un célébrissime auteur, mais également un très grand scénariste de bande dessinée. J’ai adoré son formidable travail sur la BD Sandman1, mais j’ai eu plus de mal avec son roman pourtant largement célébré American Gods2. ...

Pest T1

Je croyais cette série abandonnée depuis longtemps, tombée dans l’oubli comme bien d’autres victimes de la surproduction inondant mois après mois le marché de la bande dessinée. Et là, en ce début d’année 2013, surprise, elle renaît de ses cendres avec un second tome sortant près de dix ans après le premier. Possédant depuis quelques années la relique originale, je me suis fait un devoir de la relire afin de savoir s’il était raisonnable de céder aux sirènes de la collectionnite – suspense. ...

20 mars 2013 ·  BD

Musique absolue

Le public n’en revient pas de ce qu’il a entendu. À la dernière mesure, il n’applaudit pas, il reste muet, on entend juste le souffle du micro, ensuite seulement quelques applaudissements partent, des applaudissements timides, puis encore un silence, et la salle explose en salves longues et bruyantes. Munich. 7 novembre 1983. Symphonie n°6 de Beethoven dite Pastorale. Si vous me demandez quel est mon enregistrement préféré de Carlos Kleiber, vous avez votre réponse. ...

Mon hippopotame

Cette fois, c’est ma fille qui s’en charge. Je peux vous confirmer qu’elle est très qualifiée pour ce travail car elle possède depuis son plus jeune âge un doudou Hippopotame. Il – enfin dans les faits il sont trois, l’officiel et ses doublures mais chut, il ne faut pas le dire – est très originalement prénommé Hippo. Elle l’adore et ne le quitte pas. A ce titre, elle est certainement l’une des personnes ayant passé le plus de temps en compagnie d’un Hippopotame – je compte les nuits évidemment. Côté Hippo, elle s’y connait et côté livres aussi puisqu’elle en découvre quelques-uns et apprécie tout particulièrement – mis à part le fait de mordre et de tordre les pages – de les lire le soir après son repas. Par contre, côté écriture elle ne remplit pas les conditions requises pour ce poste puisqu’elle ne parle pas encore. Je vais donc lui servir d’interprète et retranscrire de la manière la plus fidèle possible ses impressions. ...

Indian Creek

Indian Creek est un récit autobiographique, celui d’un hiver passé dans les Rocheuses au sein de l’état de l’Idaho par l’étudiant qu’était Pete Fromm en 1978. Les (montagnes) Rocheuses désignent une grande chaîne de montagnes (4 800 km de long pour 650 km de large) s’étalant du nord-ouest des États-Unis au sud-ouest du Canada. Aussi curieux que cela puisse paraître, il a vécu cette expérience dans le cadre d’un job saisonnier – qui ne se déroulait pas comme la plupart des autres l’été, mais l’hiver. L’objectif unique de ce travail était la surveillance d’une retenue d’eau dans laquelle grandissait d’invisibles alevins de saumons. Il consistait principalement à briser la glace qui se formait à la surface du bassin. Car il fait froid l’hiver dans cette région voire très froid surtout lorsque l’on doit vivre dans une tente. Ces conditions climatiques que l’on peut qualifier d’extrêmes constituent le premier inconvénient de ce travail, le second – qui est certainement le premier dans l’ordre d’importance – est très certainement l’isolement. Le site se situe à plusieurs kilomètres de toute civilisation et est uniquement relié au monde par une ligne téléphonique archaïque qu’il est possible d’atteindre après avoir parcouru 15 km depuis la tente. ...

Surprises de Noël

Que dire de ce mince recueil de trois nouvelles ? Eh bien, pas grand-chose malheureusement. Rien ne le sauve, à commencer par son contenu. Le format de la nouvelle est contraignant. Il est difficile de développer une histoire, de camper des personnages et de créer une ambiance en si peu de pages. N’est pas Carver qui veut. Il faut bien constater que Kourkov échoue dans cette exercice là où il avait très bien réussi avec ses romans et notamment son cycle du Pingouin. Le contenant ne se démarque pas non plus. Le style est purement absent, neutre, on se croirait dans un polar bas de gamme ou un roman de gare. ...

Bilbo le Hobbit

En janvier 2013, Le Magazine littéraire a consacré un dossier sous-titré La fabrique d’un monde à l’auteur de fantasy J. R. R. Tolkien. Ce dossier passionnant et très complet a été grandement alimenté par la récente publication d’un Dictionnaire Tolkien1 aux éditions CNRS. Sa lecture m’a évidemment appris beaucoup de choses – je dois confesser ma méconnaissance du sujet malgré un intérêt constant mais lointain entretenu depuis des années pour cet écrivain et son oeuvre. La plus structurante concerne le processus de création que suivit Tolkien. Il était professeur de langue et de littérature anglaises à Oxford et philologue de formation. Passionné par cette discipline qui étudie la linguistique historique, il fera logiquement du langage – et plus précisément de celui des Elfes – la première pierre de son édifice. Le reste, c’est-à-dire l’univers, sera construit autour afin de donner une cohérence à l’ensemble. ...

L'Art invisible

En bande dessinée, lorsque le dessinateur et le scénariste ont bien fait leur travail, paradoxalement ça ne se voit pas. Dans ce cas, on ne remarque pas une admirable transition ou des dimensions de cases particulièrement appropriées. Ce que le lecteur ressent reste au niveau de l’expérience de lecture, il va parler d’un rythme, d’une impression de fluidité. Bref on apprécie le résultat, l’effet produit et non les ficelles qui ont permis cette prouesse. C’est à cet endroit précis que réside l’art invisible et c’est tout le propos de Scott McCloud de nous montrer combien cet art, ce fameux 9ème art, est magique. Pour cela, il part de très loin en remontant le temps à la recherche des premières traces “d’art séquentiel” mais aussi et surtout à la source des processus complexes (cognitifs) mis en oeuvre par notre cerveau pour que la magie opère. Il insiste sur l’importance des blancs entre les cases — qui les avait remarqué —, ils permettent au lecteur d’imaginer ce qui s’est passé entre les deux cases, de faire lui-même la transition, de laisser libre cours à son imagination. Ce que je dis là est extrêmement réducteur par rapport à la justesse, à la pertinence et à la richesse de ce livre. ...

3 févr. 2013 ·  BD  ♥

Un roman russe

Dans ce livre qui n’est pas, contrairement à ce que le titre pourrait le laisser croire, un roman, l’auteur de D’autres vies que la mienne1 cette fois raconte sa propre vie. Enfin, une partie marquée par trois grandes préoccupations ou trois grands thèmes. Le premier est un reportage à Kotelnitch réalisé pour l’émission Envoyé Spécial afin de raconter l’histoire du dernier prisonnier hongrois retenu en Russie. La découverte de cette ville et de ses habitants va le pousser à modifier son projet initial. Le second est une histoire d’amour avec la belle Sophie qui se noue au début du reportage. C’est un amour passionnel, une histoire chaotique et tourmentée que s’apprête à vivre Emmanuel Carrère. Le troisième est une enquête sur ses origines et plus précisément sur son grand-père. Cet intellectuel géorgien issue d’une famille de notables (la famille Zourabichvili) a connu un destin tragique. Son caractère ombrageux s’est noirci au fil du temps pour s’approcher lentement de la folie. Sa disparition sur fond de fin de guerre et de collaboration reste aujourd’hui encore un mystère. ...

L’analyse du récit

Yves Reuter est agrégé de lettres et enseigne à l’université Lille-III. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Introduction à l’analyse du roman. La trame du livre dont nous parlons ici, L’analyse du récit, reprend, en la simplifiant, la trame de ce précédent ouvrage. Il se donne donc pour objectif de présenter l’analyse du récit de manière condensée – il est publié dans la collection 128 des éditions Armand Colin qui propose en 128 pages des ouvrages de synthèse embrassant de nombreux domaines dont la littérature. Pour ce faire, il s’attarde sur ses trois grandes constituantes à savoir: ...

L’Hiver du dessinateur

Dès l’ouverture du colis, la découverte du livre a été une bonne surprise. Tout commençait donc très bien. Le format souple d’une taille plus petite que la moyenne se révèle très satisfaisant et très agréable à manipuler. La couverture est magnifique. Il faut observer la profondeur de l’image, le cadrage, les détails, le mouvement des personnages au premier plan et enfin les couleurs. Elle donne le ton car le reste de l’album est à l’avenant, magnifique. Les dessins ligne claire sont très réussis et la mise en couleur ne l’est pas moins. Les jeux d’ombres et de lumières mettent en valeur l’ambiance du Barcelone du milieu du siècle dernier, celle de la Rambla et des bar à tapas - même si l’action se déroule en grande partie à l’intérieur des logements ou dans des bureaux. Et pour cause, puisqu’il s’agit d’une histoire de gratte-papiers et plus précisément de dessinateurs de bandes dessinées. Cinq des plus talentueux de leur époque ont décidé de conquérir leur indépendance en lançant leur propre magazine de bandes dessinées alors que la maison d’édition Bruguera règne sans partage sur ce milieu en Espagne. ...

10 janv. 2013 ·  BD

Bouquiner

Avis aux rats de bibliothèque, à ceux qui ont toujours un livre dans leur sac et une pile qui les attend chez eux, à ceux qui ne lisent pas que sur le siège de leurs toilettes ou chez le dentiste, bref à ceux qui aiment bouquiner. J’insiste sur le verbe bouquiner qui forme le titre du livre en marquant bien sa différence avec le verbe lire. Contrairement à lire qui est assez froid et impersonnel, bouquiner revêt une consonance affective et fait basculer immédiatement le propos dans le registre des sentiments. A entendre ce verbe sympathique on imagine un livre de poche écorné – disons un Folio ou un 10/18 – à la tranche jaunie et au dos fatigué d’avoir été tordu par des mains curieuses – il est vrai que l’on s’imagine mal en train de bouquiner un cahier des charges, un contrat ou une autre joyeuseté du genre. ...

Un printemps à Tchernobyl

Dans le cadre d’une association, Emmanuel Lepage, accompagné d’autres personnes (artistes et journalistes) a entrepris le plus terrible des voyages. Un voyage l’amenant cette fois sur les terres de la désolation (il est l’auteur d’un précédent ouvrage consacré aux Terres Australes et Antarctiques Françaises intitulé Voyage aux îles de la Désolation1), celles qui furent le théâtre de la plus grande catastrophe nucléaire: la région de Tchernobyl et la ville voisine de Prypiat. ...

29 déc. 2012 ·  BD  ♥

La déesse des petites victoires

Une documentaliste, Anna, est chargée par l’IAS (Institute for Advanced Study) de Princeton de récupérer les archives de Kurt Gödel, son Nachlass. Pour ce faire, elle va devoir amadouer le cerbère qui les garde, Adèle la veuve du célèbre logicien et mathématicien. Le récit se déroule sur deux plans temporels. Le présent relate les relations entre Adèle et Anna et la vie privée de cette dernière – pas très réjouissante. Le passé, au travers des souvenirs d’Adèle, raconte une vie aux côtés du génie Kurt Gödel – pas très réjouissante. Les deux récits ne sont pas d’un intérêt égal. ...