Okko T1-2

Okko est un samouraï sans maître, un ronin – je fais mon malin dès le début en employant un terme technique. Pourtant, il n’est pas seul. Il est accompagné d’un bonze – et hop un autre pour dire moine bouddhiste – ayant un fâcheux penchant pour le saké et d’un personnage très énigmatique voire même assez effrayant. On ne sait pas si c’est un homme ou un démon. Pour ajouter au mystère, son visage est toujours caché sous un masque d’Oni – décidément les recherches sur Wikipedia m’auront donné du fil à retordre, ce sont des démons, des sortes d’ogres japonais – et l’on croit bien discerner des griffes au bout de ses doigts. Pourtant, les démons ne sont pas vraiment leurs copains. Ils sont même devenus le gagne-pain de nos trois amis qui se font payer pour les chasser et débarrasser leur client de leurs méfaits. ...

17 déc. 2016 ·  BD

L'Âge des lettres

En vérité, il ne s’agit ni de se comparer ni de s’identifier, mais trente-cinq ans après sa mort, de revenir, comme je le fais souvent dans ma tête, sur notre amitié, d’en parcourir les étapes, de fouiller dans ma mémoire, de retrouver ce que je lui dois, de lui rendre grâce pour ce qu’il m’a donné, pour les progrès qu’il m’a fait faire. Le “je” est Antoine Compagnon dont les titres et les fonctions sont difficiles à résumer, mais qui, pour faire simple est l’un des plus grands spécialistes de la littérature en France. Le “il” qui a aussi occupé une chaire au Collège de France, celui que l’on ne présente plus, – sauf à Nicolas Sarkozy qui prononce son nom comme celui du gardien de but de l’équipe de France de 1998 – Roland Barthes. ...

Aldébaran T1-5

J’ai toujours regardé cette série du coin de l’oeil, mais rebuté par les dessins, j’avais toujours renoncé à la lire. Enfin plus précisément par le dessin des personnages. Il y a vraiment quelque chose qui cloche. Ils sont trop académiques, trop statiques, ils sont à l’opposé du naturel et ressemblent un peu à ces mannequins de bois dont les dessinateurs se servent comme modèles. Leur visage est particulièrement surprenant on dirait que leur expression est figée et je ne parle pas des coiffures sorties tout droit des années 80 – en même temps la série n’est pas toute jeune puisque le premier tome a paru en 1994. C’est curieux car le dessinateur peine à insuffler de la vie à ses personnages alors qu’il fait du très bon travail sur les décors et excelle même sur le rendu des nombreux animaux qui peuplent cette planète – autrement dit, le bestiaire est génial. ...

21 nov. 2016 ·  BD

Le jeu vidéo

Bastien Vivès est un amateur et connaisseur de jeux vidéos et plus particulièrement de Street Fighter – le design du titre reprend les codes du logo de Capcom, l’éditeur du jeu. Si le titre de recueil ne suffit pas à vous en convaincre, jetez donc un oeil à son travail, en tant que scénariste, sur LastMan. Il nous présente ici de courtes histoires qui se rapprochent d’anecdotes dans lesquelles – et nous y reviendrons – les dialogues tiennent une place prépondérante et dont le sujet central est bien évidemment le jeu vidéo. Les passionnés seront tout de suite plongés dans le bain, les autres risquent de ne jamais y entrer – autrement dit, si vous ne connaissez rien aux jeux vidéos, passez votre chemin. ...

10 nov. 2016 ·  BD

Dreaming in Code

C’est le récit d’une aventure, celle de la création d’un logiciel Open Source, le plus génial de tous les temps. Un agenda révolutionnaire qui pourrait tout faire, qui serait l’outil ultime de toute personne bien organisée. Les utilisateurs pourraient partager leurs calendriers, les synchroniser sur différentes machines et tout cela sans serveur, l’indépendance et la flexibilité totale. Et ce n’est pas tout, il permettrait de gérer les e-mails, de les transformer en autre chose (des notes ou des rendez-vous), du polymorphisme à l’état pur. Il serait extensible en permettant d’ajouter des fonctionnalités sous la forme de plugins pour gérer d’autres choses comme des collections par exemple – pourquoi pas en effet. De cette façon, il pourrait répondre aux besoins des utilisateurs privés (calendrier personnel), public (les universités) et professionnels – où il supplanterait allègrement Outlook. Oups, j’oubliais un détail, il devrait fonctionner sur toutes les plate-formes de Windows aux Unix sans oublier Mac OS – et encore les plate-formes mobiles n’existaient pas sinon elles auraient été dans la cible. ...

Éloge de la névrose en 10 syndromes

Le titre n’est pas trop engageant, mais ne vous y fiez pas. Leslie Plée parle de ses problèmes – disons les choses comme elles sont – avec tellement de légèreté et d’humour que ça devient un régal. Evidemment il s’agit d’une BD très autocentrée – on s’en doute – qu’elle parvient à rendre à la fois sincère et drôle. On se situe un peu dans le même registre que certains de ses collègues comme Boulet ou Margaux Motin, tout en restant bien différent ...

23 oct. 2016 ·  BD  ♥

Docteur Radar

J’ai hésité longtemps à parler de ce livre, mais j’ai l’habitude de parler pour ne rien dire, alors je me lance. Plus sérieusement, les dessins – et la mise en couleur – justifient à eux seuls que l’on en parle. Leur auteur n’est pas n’importe qui, Bezian. Et ça se voit, ils sont très travaillés presque torturés et soulignés par une mise en couleur sans concession. Les couleurs très marquées agissent comme des éclairages qui distillent des ambiances sombres. On se retrouve avec quelque chose de surprenant, un noir et blanc en couleur en quelque sorte. Tout ceci ne plaira certainement pas à tout le monde, mais c’est la rançon du talent. ...

14 oct. 2016 ·  BD

Vernon Subutex T1

Virginie Despentes a écrit son voyage au bout de la nuit. Enfin celui de Vernon, un disquaire qui n’a plus que son iPod en poche. La fête est finie, plus de disque ou au moins de magasin qui en vend, les trente ans sont loin, les pots qui ont un peu trop abusé des bonnes choses tombent comme des mouches et c’est carrément tout notre monde occidental d’opulence qui est en train de méchamment se casser la gueule. Bref, c’est la grosse merde. ...

Aâma T4

Toutes les bonnes choses ont une fin et parfois, il faut bien le reconnaître, c’est un mal pour un bien. Ce quatrième et dernier tome m’a donc un peu déçu – la déception est à l’aune des espérances. Frederik Peeters a dû s’éclater sur les dessins, il faut dire qu’il fallait qu’ils soient à la hauteur pour suivre ce scenario qui se termine par un feu d’artifice, la grande explosion on plonge dans le psychédélique – n’ayons pas peur des mots. Sur ce terrain, rien à dire, on ne peut qu’être admiratif devant le résultat, on en prend plein les yeux. C’est la fin de l’histoire – que certains qualifient d’ambitieuse – qui cette fois m’a laissé sceptique. Je ne m’attendais pas à cela et je n’ai pas été convaincu. J’ai peut-être raté quelque chose, il m’a certainement perdu en route, mais je trouve que l’on est loin de la finesse du premier volume et de la grande aventure très réussie des deux suivants. ...

1 oct. 2016 ·  BD

Le Seigneur des Anneaux T1

Depuis ma redécouverte du Hobbit – grâce à un hors-série du Magazine littéraire –, je tourne autour du Seigneur des anneaux. L’écoute d’émissions de radio consacrées à l’auteur (le très bon Une vie une oeuvre notamment) ont fini de me convaincre. Le temps est venu. J’ai mis la main sur mon vieil exemplaire publié en 1988 dans la collection “Folio Junior” et c’est parti. Je l’adore, il m’a suivi un peu partout. Enfant j’avais lu Bilbo le Hobbit et avais souhaité poursuivre l’aventure. J’avais tout simplement calé. J’étais péniblement parvenu à sortir de la Comté, les préparatifs de l’anniversaire de Bilbo avaient eu raison de mes forces. ...

Extrêmement fort et incroyablement près

Extrêmement original et incroyablement émouvant voilà comment résumer ce livre en reprenant les termes préférés d’Oskar. Oskar est un petit garçon surdoué qui a perdu son père lors des attentats du 11 septembre. Ils entretenaient une relation très fusionnelle et très complice et son père lui manque bien sûr beaucoup. Un jour en cherchant dans ses affaires, il casse un vase et découvre une enveloppe au nom de Black contenant une clé. La recherche de la serrure correspondante va être une quête pour Oskar, son absolue priorité, une manière de prolonger la relation avec son père. ...

Le tigre et le chat

L’adaptation de légendes en livres pour enfant donne souvent de très bons résultats – il font en tout cas partie de ceux que j’apprécie le plus. Avant celui-ci, notre dernière expérience en date était La naissance du dragon . Mais Le Tigre et le Chat est encore mieux, bien mieux. Le tigre est un poltron, un balourd qui ne sait même pas chasser. Alors que le chat est un remarquable prédateur, il maîtrise toutes les techniques à la perfection et n’est jamais à court de gibier. Bon prince – là c’est déjà bizarre pour un chat –, il va accepter de prendre son grand cousin comme élève pour lui apprendre toutes ses techniques. Tel un apprenti ninja, il va faire le maximum pour suivre toutes les étapes de son initiation et peut-être parvenir à égaler son maître. Mais avec leur mauvais caractère respectif, ces deux là vont-ils réussir à s’entendre ? ...

Klezmer T1

Raconter les choses comme elles se sont vraiment produites, c’est tellement moche que ça devrait être interdit. Je t’invente une histoire, c’est la moindre des politesses. Lorsque j’ai lu Klezmer pour la première fois, j’ai été tellement séduit par le travail à l’aquarelle que j’ai acheté une petite boîte de peinture de voyage. De retour à la maison je me suis mis à reproduire la vue d’Odessa, tout en bleu pétrole et Orange coucher de soleil, qui est reprise dans la préface – je l’ai toujours et je garde un bon souvenir de cette expérience. ...

14 août 2016 ·  BD  ♥

La moustache

Je crois n’avoir jamais lu de romans d’Emmanuel Carrère et je crois me souvenir qu’il disait dans Le Royaume ne plus en écrire depuis longtemps – à la place il écrit de la non-fiction. Lorsque mes yeux se sont posés sur le mince volume de La moustache à la bibliothèque, je me suis dit que c’était l’occasion. A vrai dire, je l’aurais lu depuis longtemps, si le fait d’avoir vu l’adaptation au cinéma interprétée, en autre, par le magistral Vincent Lindon ne me faisait craindre de lire une histoire complètement déflorée. Mais le temps a passé et je ne me souviens à présent que de cet évènement qui est au coeur de l’histoire et qui concerne un des attributs les plus masculins qui soit: la moustache. Même si cette scène est très connue, je regrette de rater le plaisir de la découvrir en lisant le livre. Sachant cela, je me concentre sur l’écriture, sur l’ambiance et je me dis que c’est dommage qu’Emmanuel Carrère n’écrive pas plus de romans – il trouve certainement que la réalité est bien plus romanesque. Il a le ton juste, des phrases courtes, une belle écriture qui n’en fait pas trop tout en étant élégante. Pour tout dire, ce roman m’a fait penser à ceux de Jean-Philippe Toussaint pour le style avec une forte inspiration des romans de Philip K. Dick pour la manipulation de la réalité – ou des réalités – et le le côté paranoïaque du personnage. Ce n’est pas pour rien qu’il a écrit Je suis vivant et vous êtes morts. ...

Back in town T1

Back in town prend le contrepied du retour à la terre1 de Larcenet et Ferri. Un couple de parisiens et leur fille reviennent à Paris après avoir passé cinq longues années à la campagne. Alors que trouve-t-on derrière cette belle couverture et ces dessins très attirants ? Malheureusement pas grand-chose. Enfin si, beaucoup de clichés sur les campagnards – évidemment –, sur les parisiens et sur le petit milieu culturel – les bobos ou peu importe comment on les appelle – qui en colonise le centre. Il y a bien un début d’intrigue, mais elle se perd en chemin. Sinon c’est comme à la campagne vue par les parisiens, il ne se passe rien et c’est ennuyeux. Ce premier tome est juste une ode à la vie citadine, à la joie de s’entasser dans des appartements et des transports en commun et rien de plus. On voit d’ailleurs mal comment il pourrait y avoir une suite car son évidence ne saute pas aux yeux. ...

9 juil. 2016 ·  BD

Supplément à la vie de Barbara Loden

Derrière ce très beau titre, se cache une idée assez originale. Nathalie Léger, ou plutôt la narratrice puisqu’il s’agit d’un roman, doit écrire une notice biographique sur Barbara Loden. Elle nous raconte dans ce petit livre cette expérience, ses recherches, son travail, ses doutes. Barbara Loden était une actrice et réalisatrice qui a connu son heure de gloire – enfin si l’on peut parler ainsi – dans les années 70. Son CV de réalisatrice ne compte qu’un seul et unique film, Wanda dans lequel elle tint le rôle principal. Peut-être parce que le personnage principal lui ressemblait beaucoup, une fille perdue qui passe à côté de sa vie. ...

Ronde de nuit

Que se passe-t-il lorsque les enfants vont se coucher ? Est-ce que tout s’arrête ? C’est un monde inconnu pour eux qui le sera un peu moins en lisant ce livre tout en ombres. Ils vont découvrir, quasiment heure par heure, ce qu’il se passe autour d’eux, dans les maisons ou dans la nature. Certains, s’amusent, d’autres travaillent. Certains partent chasser ou sont tout simplement occupés à déambuler. C’est ce satané réveil qui rompra le charme en mettant fin à cette ronde magique. ...

Le cas Sneijder

Le cas Sneijder me fait beaucoup penser à un autre livre de Jean-Paul Dubois que j’avais bien apprécié: Kennedy et moi. Avec le temps et les souvenirs qui se sont émoussés, je les prendrais presque pour des clones. Sans aller jusqu’à là, je pense qu’ils ont beaucoup de points communs. Les narrateurs et personnages principaux des deux livres se ressemblent, Le ton, sorte de mélange très réussi entre de l’humour de la mélancolie et du cynisme – le livre vaut d’être lu rien que pour ça, L’épouse du narrateur et leurs jumeaux sont les mêmes ou presque – des emmerdeurs de première, La présence d’une montre, L’omniprésence de la dépression. Le début est génial, l’incipit est terrible et les réflexions sur l’existence et ses non-sens sont bien trouvées et exprimées. ...

Le piano oriental

Je tournais autour depuis longtemps. J’ai souvent vu son visage jovial qui me faisait de l’oeil derrière les vitrines et j’ai fini par céder au festival de BD de Colomiers – je ne pouvais décemment pas repartir les mains vides. Après seulement quelques pages, je peux dire clairement que je ne regrette pas mon achat. En fait, en étant honnête, même avant de tourner les pages. A vrai dire dès le moment où je l’ai posé sur ma table de chevet j’étais content de posséder ce livre et je devais arborer a peu près le même sourire qu’Abdallah Kamanja sous son tarbouche. ...

22 mai 2016 ·  BD  ♥

Dora T1

Je suis faible. Je craque dès que je tombe sur de la belle ligne claire. Ce penchant coupable est certainement lié à mon goût pour le minimalisme. Et ici j’ai été servi, les dessins et les compositions, les planches, tout simplement sont magnifiques. Que ce soit les personnages – et notamment la belle Dora – les bâtiments, les objets ou même la simple reproduction de documents, tout est impeccable. L’histoire est originale, elle mêle amour et espionnage – je suis en train de me dire qu’il n’y a rien d’original dans tout ça, c’est la recette de tous les James Bond. Non ici c’est différent faites-moi confiance, je me suis cru un moment dans Strangers in Paradise même s’il est difficile de rapprocher ces deux oeuvres. On y croisera, sur fond de douce romance, d’anciens nazis et des péronistes. Ce mélange est réellement surprenant, on ne sait pas à quoi s’attendre. C’est assez curieux de voir comment les choses arrivent, l’histoire bascule progressivement sans que l’on s’en rende compte. ...

10 mai 2016 ·  BD