La grande traversée

Le titre du roman renvoie à celui d’un dictionnaire qu’une maison d’édition japonaise se donne pour ambition de publier. La grande traversée raconte cette aventure, à la fois intellectuelle et humaine. Si le livre séduit d’abord par son ambiance – le Japon, le calme, la cuisine, la douceur du quotidien et des personnages attachants – il ne se réduit pourtant pas à cette atmosphère apaisante. Le roman met en lumière un anachronisme, au XXIe siècle, le dictionnaire fait figure d’objet du passé, presque obsolète – on peut d’ailleurs se demander ce qu’il reste aujourd’hui de ses ventes en dehors du cadre scolaire. Et pourtant, Shion Miura redonne à cet objet une vitalité inattendue, en rappelant ce qu’il représente au-delà de sa simple fonction utilitaire. ...

La ballade de l’impossible

Le titre du roman en anglais reprend le titre d’une chanson des Beatles, Norwegian Wood, l’histoire d’une rencontre entre un homme et une femme qui ne se termine pas très bien. C’est en quelque sorte un livre de jeunesse de l’auteur puisqu’il s’agit de son 5e roman. Ce qui me fait employer le terme roman de jeunesse se rapporte plus au narrateur qu’à l’auteur. Le narrateur est un étudiant. Cette époque est celle des amitiés et des amours passionnels, mais c’est aussi lors de cette période propice à de nombreux bouleversements que de profonds mal-êtres peuvent se révéler. Ce roman correspond à l’idée que je me fais du romantisme japonais qui met en scène autour du narrateur des personnages aussi opposés que le soleil l’est de la lune. ...

La jeune femme et la mer

Catherine Meurisse a écrit, mais surtout dessiné et peint, ce livre lorsqu’elle a séjourné au Japon dans le cadre d’une résidence d’auteur. Je commence par là car c’est ce qui a présidé à l’écriture de ce livre, on sent qu’elle a ramé pour l’écrire, à peu près autant que le peintre en manque d’inspiration qu’elle a choisi comme personnage principal. Tout ceci est donc tiré par les cheveux et pas très intéressant, tout semble forcé et peu inspiré. On se contente donc de profiter des très beaux paysages – qu’elle peint à merveille – et du décalage comique, entre ce raffinement et la façon caricaturale qu’elle a de se représenter. Catherine Meurisse a énormément de talent, mais il lui faut un sujet. ...

21 oct. 2025 ·  BD

Dans la prison

Dans la prison est une tranche de vie. Un peu comme dans le Journal d’une disparition, il n’y a pas vraiment d’histoire, mais plutôt un récit du quotidien comme seuls savent les écrire les japonais. C’est celui des années passées par l’auteur, Kazuichi Hanawa, au sein d’une prison japonaises dans les années 90. On découvre une vie extrêmement règlementée et codifiée – les japonais ont la réputation d’être respectueux des règles et ordonnés, alors imaginez ce que ça peut donner dans une prison – où la discipline est observée de façon exemplaire. Dans ce contexte monacal dépourvu de distraction, les repas occupent une place prépondérante et l’auteur s’est donné pour objectif de les répertorier. ...

23 juin 2025 ·  BD

Le chien gardien d'étoiles

Le chien est le meilleur ami de l’homme et il vrai que la fidélité sans faille qu’il voue à son maître, sa loyauté en fait un témoin privilégié de la vie des hommes. C’est le fil rouge – et même un peu plus que ça – de cette série de Takashi Murakami dont les volumes sont ici regroupés en intégrale. Ce que l’on pourrait prendre au début pour une suite de nouvelles est en fait un ensemble cohérent intelligemment connecté. Mais si les chiens en constituent la colonne vertébrale, ces histoires ne parlent pas tant d’eux que de leur maître. Ils sont les compagnons d’infortune d’hommes et de femmes qui traversent des moments difficiles au sein d’une société qui n’est pas tendre avec les faibles. Cet amour inconditionnel que le chien porte à son maître contraste avec le regard de la société qui juge, qui discrimine et qui peut exclure du jour au lendemain – ce que l’on appelle le déclassement. Pour le chien, même dans la difficulté, le maître est un dieu, il incarne la perfection, un idéal qui ne sera jamais égalé, son estime reste la même. Il est ainsi un compagnon fidèle pour ceux qui souffrent. ...

10 mars 2025 ·  BD  ♥

Shiki

Rosalie Stroesser n’est pas la première à raconter en BD son expérience au Japon, je pense par exemple à Manabé Shima – beaucoup plus riant et léger – ou aux Cahiers japonais – beaucoup plus techniques. Mais ce récit se distingue par un sentiment contrasté qu’elle exprime elle-même très bien dès le début du livre. Comment évoquer cette relation particulière, toute en contradictions, que j’ai développée avec le Japon ? Ce mélange d’attirance et de rejet, cette fascination mêlée d’incompréhension. Et cette constante envie d’y retourner. ...

6 oct. 2024 ·  BD

Le passage de la nuit

Comme le laisse penser le titre, le roman se déroule le temps d’une nuit. Cette nuit a lieu à Tokyo et débute de façon magistrale par une scène qui a lieu dans un restaurant Denny’s. Le style de narration et le point de vue du narrateur sont inhabituels chez Haruki Murakami. Il utilise un registre cinématographique à tel point que l’on a la sensation de visualiser la scène sur un écran. Plusieurs personnages se croisent, mais les deux personnages principaux sont une jeune fille, Mari, et un jeune garçon, Takahashi, qui vont se tourner autour au cours de cette nuit. ...

Underground

Haruki Murakami n’écrit pas que de la fiction, en voici un des plus beaux exemples avec ce livre consacré aux attentats de 1995 perpétrés dans le métro de Tokyo par la secte Aum à l’aide de gaz sarin. Murakami revient dans la partie médiane du livre sur ses motivations. Après une longue période passée à l’étranger (aux États-Unis), il a souhaité tenter de mieux comprendre son pays (le Japon) et ses habitants au travers de ce drame. Pour ce faire, il a récolté et retranscrit des témoignages. Il consacre la première partie du livre aux victimes avant de donner la parole, dans une seconde partie, aux membres de la secte. Ces deux parties étant séparées par un intermède dans lequel l’auteur fait part de ses motivations et expose sa méthodologie. ...

Entre neige et loup

Entre neige et loup nous a été conseillé par notre libraire. Il s’agit d’un conte en bande dessinée inspiré par la nature et l’alternance des saisons. Il intègre des références japonaise en faisant intervenir les esprits de la nature que que sont les yōkai qui parlent en haïku. L’héroïne est une petite fille, Lila, qui va devoir quitter sa maison pour se lancer dans l’aventure. Il faut parfois sortir de sa zone de confort pour faire des découvertes dont certaines pourraient changer le cours d’une vie. ...

Chroniques de l'oiseau à ressort

J’avais un tel bon souvenir de ce livre, lu il y a un quinzaine d’années, que j’ai décidé de le relire. Ce n’est pas une décision sans conséquence tout d’abord car le livre compte tout de même 850 pages et ensuite car relire – comme revoir – une oeuvre est prendre le risque de gâcher le souvenir enchanté de la première impression – il peut s’évanouir définitivement. Heureusement, j’ai évité cet écueil et cette relecture n’a fait que conforter ma première impression. Je trouve même qu’il s’agit très certainement de l’un des livres d’Haruki Murakami les plus aboutis – si ce n’est peut-être plus abouti, je n’ai pas encore tout lu, mais presque. Il contient l’essence de son oeuvre. J’ai même été surpris de constater qu’il a beaucoup de points communs avec son dernier livre, Le meurtre du commandeur: le puits / le sous-terrain, le passage entre les réalités, la présence de la guerre sino-japonaise, la disparition d’une soeur. ...

Le Meurtre du Commandeur T2

J’avais cru, après la lecture du premier tome, que l’histoire allait prendre de l’ampleur dans le second tome, que les éléments patiemment mis en place allaient enfin s’assembler pour créer une histoire belle, profonde et très originale. Mais j’ai l’impression que tout cela n’est jamais arrivé. Il est vrai que la lecture est plaisante, mais tant de pages pour si peu de densité, c’est un peu exagéré. Même si la phrase de Murakami est toujours aussi agréable, ce n’est pas suffisant sur la durée – vu la longueur totale des deux tomes. Je sais que tout n’est pas au premier degré et que certaines choses ne sont qu’évoquées, mais tout de même. Je pense avoir déjà constaté ce défaut dans les livres les plus récents de Murakami comme 1Q84, mais ici c’est le summum. A contrario on ne peut pas reprocher à l’auteur japonais de faire dans le main stream, dans le roman calibré où chaque chapitre se termine par un cliffhanger – on en est loin. ...

Le Meurtre du Commandeur T1

La sortie d’un nouveau Murakami est devenue au fil du temps un événement mondial. L’auteur japonais a acquis une notoriété qui lui aurait certainement valu une reconnaissance par le comité Nobel littérature si celui-ci n’était pas tombé en disgrâce. A une bien moindre échelle, j’ai moi même été victime de cet engouement qui m’a conduit à me procurer à prix d’or (près de 50 €) les deux tomes, dès leur sortie en librairie – alors que je préfère habituellement attendre l’arrivée des livres sur le marché de l’occasion. Alors que faut-il en penser ? Est-ce le chef-d’oeuvre qui couronne son oeuvre ? ...

Écoute le chant du vent suivi de Flipper, 1973

Écoute le chant du vent et Flipper, 1973 sont les deux premiers romans d’Haruki Murakami. Il les a écrits sur la table de sa cuisine. Ils forment avec La Course au mouton sauvage La trilogie du Rat – le Rat est une personne d’où la majuscule. Le Rat tourna la tête vers le plafond et puis, lentement, il ferma les yeux. Ensuite, il éteignit toutes les lumières qui peuplaient son cerveau, et son esprit s’engouffra dans de nouvelles ténèbres. ...

Tokyo Vice

Jake Adelstein est, comme il se définit lui-même un juif américain, mais au pays du soleil levant, il n’est qu’un gaijin. Ce gaijin, à peine ses études terminées, a réussi la prouesse d’être embauché dans l’un des plus prestigieux quotidien du pays, le Yomiuri. C’est à ce point un exploit que les japonais ne le croyaient pas. Après des débuts à couvrir des petites affaires locales il s’est spécialisé dans le monde de la nuit. A trainer le soir, il n’a pas tardé à croiser les dangereux yakuzas. Et à trop se frotter à ce genre d’individus, on peut vite s’attirer des ennuis, surtout lorsque l’on commence à fourrer son nez dans des affaires de trafic d’êtres humains. ...

1 sept. 2018 ·  Noir  ♥

Les amants du Spoutnik

Les livres de Murakami sont pour moi comme un lieu où l’on aime se retrouver, où l’on se sent à l’aise. Je l’ai déjà dit – certainement à plusieurs reprises –, mais je le répète encore, j’adore ses descriptions du quotidien, l’ambiance de ses livres. Ses personnages aiment les plaisirs simples comme savourer une bière bien fraîche en écoutant un bon disque, certains arrêtent de fumer et j’aime à croire que ces comportements ont eu une influence sur moi – pas besoin de vous faire un dessin. Le souvenir de mes premières lectures de Murakami est encore très présent alors qu’elles datent d’une grosse dizaine d’années – depuis j’ai arrêté de fumer, mais je me suis aussi mis à boire de la bière et à écouter du jazz. ...

Kafka sur le rivage

Confortablement installé sur le canapé, j’observe les alentours et me rends compte que ce salon est exactement l’endroit que je cherchais depuis longtemps. Un endroit secret, tapi dans un creux du monde, exactement comme celui-là. Mais jusqu’ici ce lieu n’existait que dans le secret de mon imagination. Je n’arrive pas encore à croire tout à fait qu’il existe réellement. Je ferme les yeux, inspire profondément, et il s’installe doucement en moi, comme un doux nuage. C’est une sensation agréable. Je caresse lentement de la paume le revêtement crème du canapé, je me lève, me dirige vers le piano, soulève le couvercle, pose mes dix doigts sur les touches un peu jaunies. Puis je le referme, fais le tour de la pièce en foulant le tapis ancien aux motifs de grappes de raisin. J’allume le lampadaire, l’éteins. J’examine les peintures qui ornent les murs. Puis je me rassieds dans le canapé, et me plonge dans ma lecture. ...

Manabé Shima

Ce livre est un concentré de bonheur. Il éclate à chaque page avec ses beaux dessins et ses couleurs. C’est un carnet de voyage dessiné, presque une bande dessinée mais pas tout à fait. Il retrace les deux mois passés par Florent Chavouet sur une petit île du Japon. Une carte détachable de grand format offrant une vue détaillée de l’île figure à la fin de cet ouvrage qui par ailleurs fourmille de dessins de paysages, de monuments ou plus simplement d’habitations – les dessins de l’intérieur des habitations sont excellents avec leur perspective étonnante et leurs commentaires toujours très drôles. ...

1Q84 T2

L’histoire démarrée dans le premier tome se poursuit – là, je viens d’écrire quelque chose de révolutionnaire. En même temps, il ne se passe pas des tonnes d’événements dans ce second volet et il ne matérialise aucun virage important dans la fiction mais plus une stagnation. Je pourrais – rassurez-vous je ne vais pas le faire – le résumer aisément en un paragraphe. Passé l’attrait de la découverte du premier tome, qui procédait à la mise en place de l’univers et des personnages, l’intérêt décline. La mise au second plan de l’action et de la ramification de l’histoire fait la part belle à des épisodes quasi contemplatifs. Ces moments de quiétude sont parfois appréciables notamment lorsque Tengo prépare ses repas. Murakami alterne alors entre une description très précise des préparatifs et des mets et la retranscription des pensées du jeune homme, concret contre abstrait. Pour cela, Murakami peut compter sur sa prose toujours aussi belle : ...

Chansons populaires de l'ère Showa

D’habitude je suis client des romans de Ryû Murakami. Ils se déroulent souvent dans un japon désenchanté en proie à la violence gratuite. Il ose choquer et raconter des histoires sordides qui font réagir. Ce roman n’échappe pas à la règle puisque la violence est à peu près le seul thème du livre. Le vide laissé volontairement à côté de celle-ci met en exergue le non sens de l’existence, du nihilisme pur. Pour en revenir à l’histoire, il s’agit pour schématiser d’un gros règlement de compte entre deux bandes. Ceux qui se livrent une lutte sans merci ne font pas partie d’un gang comme les Yakuzas mais sont une bande de jeunes en pleine régression et un groupe de femmes ayant comme point commun d’avoir raté leur vie et de se prénommer Midori. ...

1Q84 T1

Vous l’avez certainement déjà lu quelque part mais je dois bien m’y résoudre, le pitch est un passage obligé – vous excuserez donc ma concision qui aura l’avantage de ne pas trop en révéler sur l’histoire. Ce livre met en scène deux personnages. Un homme, Tengo, qui est un professeur de mathématiques qui écrit des romans. Une femme, Aomamé, qui est un professeur d’arts martiaux qui tue des gens – pas comme Bruce Lee, elle possède une technique bien particulière. Je vous épargne l’histoire de la prononciation du Q remplaçant le 9 dans le titre pour vous dire que le roman se déroule en 1984 et que le livre de Georges Orwel est connu et évoqué par les personnages. Cet homme et cette femme vont, dans des sphères a priori séparées, être confrontés à une mystérieuse organisation. ...