L’Étranger

Tout a été dit sur ce livre, je vais donc m’efforcer de ne pas trop en rajouter, mais plutôt de faire part de mon expérience de lecture, de mon ressenti – et peut-être un peu aussi des circonstances de cette lecture. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis quelques années, j’aime trouver mes lectures par hasard sur mon lieu de vacances parmi les vieux livres de poche que les gens relèguent dans leur résidence secondaire ou disposent à dessein pour les visiteurs. Et cette fois, je suis tombé dans deux maisons différentes sur L’Étranger, pour être plus précis sur un vieux Folio portant le numéro 2. Vous allez me dire qu’il s’agit d’un des livres les plus lus et les plus achetés – c’est le deuxième livre le plus vendu après Le Petit Prince – il figurait notamment au programme des lycéens, mais j’ai tout de même pris ça comme un signe ou plutôt comme une forte incitation à le lire. Avant d’en venir à mes impressions, je dois confesser les raisons qui ont fait qu’à mon âge avancé j’étais passé à côté de ce classique moderne. A vrai dire, je ne sais pas comment j’ai pu passer au travers pendant ma scolarité, mais je sais pourquoi je ne l’avais pas lu par la suite. J’avais tout simplement considéré à tord que ce livre était trop triste après avoir lu les premières phrases, l’incipit. ...

Auprès de moi toujours

Récemment nobélisé et auteur de l’un des romans étrangers qui comptera dans la rentrée littéraire 2021, Klara et le Soleil1, l’auteur britannique d’origine japonaise Kazuo Ishiguro a le vent en poupe. C’est l’occasion de s’intéresser à sa production littéraire – il est également scénariste. Après avoir lu – il y a longtemps – Le géant enfoui qui était la revisite d’un mythe dans une veine fantasy poétique – oui ça existe –, j’ai choisi un roman qui, comme son dernier livre, appartient au genre anticipation. On pourrait même dire – en s’amusant un peu – qu’il s’agit d’un campus novel d’anticipation puisque une grande partie de l’intrigue se déroule au sein d’une institution où des “élèves” vivent et étudient – je ne vais pas en dire plus. ...

La Couleur tombée du ciel

Je n’avais jamais lu Howard Phillips Lovecraft pourtant je m’intéresse à cet auteur si particulier car il a inspiré un pan entier de cette branche de la science-fiction ou de la fantasy tournée vers l’horreur qu’il a certainement contribué à créer. Parmi une oeuvre foisonnante – je ne parle pas de sa correspondance qui est colossale –, j’ai pris conseil auprès de Michel Houellebecq qui lui a consacré un essai il y a une vingtaine d’années H.P. Lovecraft, Contre le monde, contre la vie et j’ai donc choisi l’un des deux recueils portant le nom d’une de ses nouvelles, La couleur tombée du ciel. Le reclus de Providence comme il est parfois surnommé – alors qu’il n’était pas reclus, mais souffrait plutôt d’un manque d’argent – utilise dans ses livres les deux piliers scientifiques et mythologiques – il a créé sa propre mythologie – pour instiller chez son lecteur un fort sentiment d’horreur – de la peur, du frisson, je ne sais pas trop comment le dire. L’effet recherché est mis en exergue par une certaine normalité du narrateur – le lecteur peut s’identifier aisément à lui et sa présence ancre le récit dans la réalité – et par une narration particulièrement travaillée. ...

Le Grand Paris

Je suis de plus en plus ébloui par le travail d’Aurélien Bellanger et ce livre est peut-être le plus abouti – même si je n’ai pas encore lu Le continent de la douceur1. Comme a son habitude le livre est adossé à un sujet réel et la part de la fiction est clairement minoritaire. La qualité et la quantité des informations rassemblées sont impressionnantes et la façon dont elles sont restituées est magistrale, son talent d’écrivain éclate à chaque phrase. Le sujet donc est l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 et la conception de ce qui restera l’un des héritages principaux de son mandat, le Grand Paris. Ce projet tel qu’il est présenté dans ce livre est ni plus ni moins que l’absorption par Paris des départements alentours pour devenir une seule citée unifiée, pacifiée gommant par la même les différences et les inégalités, prête à devenir une Rome du XXIème siècle. Au sein de ce projet monumental, un département cristallise les inégalités, le 93. ...

En cuisine avec Alain Passard

Gastronomie et bande dessinée font souvent bon ménage. Alors un grand chef, Alain Passard, raconté par un grand dessinateur de BD, Christophe Blain, donne forcément un grand livre ? Eh bien, pas forcément. Comme en cuisine, le tout n’est pas égal à la somme des parties, le syndrome de la mayonnaise ratée, même si on n’en est pas là, on reste un peu sur notre faim. Ce résultat en demi-teinte est la conséquence d’une indigestion de scènes trop similaires, celles des recettes. Elles se ressemblent toutes et apparaissent comme répétitives et lassantes. Dommage car la partie qui relève le livre, la visite dans l’un des jardins du chef est relégué vers la fin alors qu’elle constitue la matrice de ce qu’a voulu créer Alain Passard lorsqu’il a fait le choix audacieux et courageux de retirer la viande rouge de son menu, alors même qu’il était un spécialiste renommé de sa cuisson, pour laisser le champ libre aux légumes. La visite du potager sarthois est un petit bijou, j’ai été ébahi par un tel savoir faire, une telle exploitation raisonnée de la nature. ...

18 oct. 2020 ·  BD

Par les routes

Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui partent. Et ceux qui restent. Et c’est un peu ça l’histoire de ce livre. Deux personnages, Sacha qui vient s’installer dans une petite ville du sud de la France simplement désignée par son initiale V. pour y trouver le calme qui sera propice à son projet d’écriture et qui retrouve là, par hasard – le hasard et l’un des grands thèmes de ce livre –, une ancienne connaissance qu’il avait perdu de vue, volontairement, depuis des années, l’autostoppeur. Il ne sera pas désigné autrement – certainement car il n’est que de passage, toujours fuyant – qui, comme son nom l’indique est un nomade, un vagabond qui semble s’être sédentarisé dans cette petite ville. Il y a évidemment entre eux un troisième personnage, une femme. ...

Légendes de la Garde HS1

Lorsque j’ai eu vent – un peu tardivement il est vrai – de la sortie d’un nouveau tome des Légendes de la Garde mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis rué dans ma librairie. Je suis un grand fan de la série et j’ai mis ce volume sous mon bras après l’avoir cherché pendant deux bonnes minutes qui m’ont semblé durer un quart d’heure. Une fois de plus je suis victime de la psychose de l’indisponibilité hypothétique des ouvrages que je soupçonne les éditeurs d’entretenir. ...

13 juin 2020 ·  BD

Libres d’obéir

L’oxymore qui compose le titre du livre est génial Libres d’obéir. Tout est dit et la contradiction véhiculée par cette association de deux mots antagonistes est vertigineuse. Ce livre a fait beaucoup de buzz lors de sa sortie car les journalistes ont repris en faisant – comme souvent – un raccourci un peu rapide le sous-titre, Le management, du nazisme à aujourd’hui qui pourrait être qualifié de racoleur si on ne connaissait pas le sérieux de l’auteur. Johann Chapoutot est un historien professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université et spécialiste du nazisme. Il a publié plusieurs livres sur ce sujet dont le plus connu est certainement La Loi du sang. ...

Alexandria

Alexandria est un livre sur le World Wide Web (WWW). Comme le souligne l’auteur il ne faut pas le confondre avec Internet qui est le réseau qui transporte le Web. Le Web c’est au tout début un langage (HTML) pour créer des documents multimédia (page web), des logiciels pour rendre disponibles ces documents (serveur Web) et les consulter (navigateur Web) et enfin une adresse pour les retrouver (URL). L’une des idées majeures est le concept d’hypertexte contenant des hyperliens permettant de naviguer aisément entre les documents sans qu’ils soient organisés en une structure prédéfinie comme les livres. Ça parait évident maintenant, mais ça ne l’était pas à la fin des années 80. Quentin Jardon s’intéresse plus particulièrement à son invention qui a eu lieu au CERN et qui est l’oeuvre de deux hommes : l’anglais (Sir) Tim Berners-Lee et le compatriote de l’auteur, le belge Robert Cailliau. Si le premier est entré dans la légende, ce n’est pas le cas du second qui a été oublié et qui s’est peu à peu emmuré dans le silence en voyant son invention de plus en plus dévoyée. L’un des suspense du livre est de savoir s’il acceptera d’accorder une interview à l’auteur. ...

L’aménagement du territoire

Depuis La théorie de l’information je suis admiratif du travail d’Aurélien Bellanger. J’avais été séduit par sa façon de rendre la technique passionnante et à tout dire romanesque. Il faut dire qu’il est doué, méticuleux, précis – j’avais, à l’époque de son premier livre, pu constater dans un domaine que je connais bien qu’il ne commettait pas d’erreurs techniques –, bref il fait très bien son boulot et avec cette approche sort du lot des jeunes écrivains français. Il parvient à rendre passionnant ce qui pourrait paraître ennuyeux, froid, plat et dénué d’intérêt. Il faut dire qu’il a bon goût et peut-être aussi une bonne source d’inspiration puisqu’il a consacré son premier live à Michel Houellebecq. ...

Goodbye, Columbus

Goodbye, Columbus est le titre du recueil et de sa nouvelle principale – vous découvrirez en la lisant à quoi il fait référence. C’est le premier ouvrage publié de Philip Roth et le seul recueil de nouvelles. Il s’agit d’une longue nouvelle ou novella de plus de 100 pages – c’est-à-dire plus long qu’un roman d’Amélie Nothomb. Elle constitue l’attrait majeur de ce recueil, les autres nouvelles d’un format plus court sont beaucoup plus classiques et, à mon humble avis, beaucoup moins intéressantes. ...

The goal

The goal est un classique parmi les livres dédiés à l’optimisation de la production industrielle datant de l’époque où les termes gestion de production et recherche opérationnelles étaient encore largement employés, les années 80. Il date d’avant l’avènement du lean popularisé par Toyota. Avant de revenir au fond parlons de la forme car elle reste encore originale plus de 30 ans après. Il s’agit d’un genre particulier portant le doux nom de business novel, c’est à dire d’une oeuvre de fiction traitant d’un sujet technique dans le but d’en illustrer les principes – de les vulgariser diront les aigris. Et il est intéressant de constater que cette forme est plus que jamais d’actualité puisque le best seller du moment dans le domaine de l’IT, The Phoenix Project a adopté exactement la même forme. Je crois d’ailleurs que la filiation entre ces deux oeuvres est pleinement assumée. Dans le premier, le patron d’une usine doit la sauver de la fermeture, dans le second un homme est parachuté à la tête de l’IT et doit sauver son entreprise – rien que ça. J’ai franchi un pas de plus puisque je n’ai pas lu le roman, mais son adaptation en bande dessinée. C’est donc un business graphic novel – ce qui est encore plus rare. ...

Le monde englouti

Ce roman du mythique écrivain anglais James Graham Ballard dont le nom est souvent abrégé en J. G. Ballard est l’un des romans du cycle des Quatre apocalypses. Tous écrits dans les années 60, ils imaginent l’humanité confrontée à plusieurs fléaux: montée des eaux, tempête, canicule et fossilisation. Dans celui dont il est question ici, la montée des eaux est une conséquence d’un sujet qui est plus que jamais d’actualité: le réchauffement climatique – même si ici il est lié a des explosions solaires et non à la décision de Donald Trump. Il s’en suit une montée des eaux et l’établissement d’un climat tropical dans nos contrées européennes, les anciens écosystèmes tropicaux étant devenus inhabitables poussant l’ensemble de la population à un exode permanent, toujours plus au nord. La planète est recouverte d’eau. Les villes sont totalement immergées et seuls les sommets de certains immeubles ou de certaines tours émergent. L’ensemble de la planète a donc effectuée une remontée dans le temps. Elle se retrouve dans un état qui ressemble un peu à la fin de la période paléozoïque dominée par les poissons, les fougères et les reptiles. Certains en ont assez de fuir et préféreraient opérer un retour vers la nature, mais l’homme en tant que mammifère terrestre est désormais particulièrement inadapté à son environnement. ...

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

Patrick Modiano creuse toujours le même sillon. Celui de son enfance et des souvenirs évanescents. Des noms, des lieux qui emergent à la surface de sa conscience et qui peu à peu prennent forme sans jamais se clarifier complètement. De cette période trouble de l’occupation et de l’après guerre. Il l’a fait sous les traits de multiples personnages, celui de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, comme d’autres avant lui, se prénomme Jean, Jean Daragane. ...

Entre amis

Je ne lis pas souvent des nouvelles, mais j’avais entendu parler de ce recueil il y a très longtemps, peut-être lors d’une émission de La Dispute. Elles sont homogènes et forment un tout. Elles mettent en scène les mêmes personnages ont une unité de temps et surtout de lieu. Elles se suivent, finalement un peu à la manière des chapitres d’un livre. Leur sujet, ce qu’elles dépeignent c’est ce lieu si particulier qu’est le Kibboutz. ...

La Leçon d'anatomie

C’est fou comme les romans de Philip Roth peuvent être différents. Autant Némésis que j’ai lu récemment est clair et limpide, se lit facilement, coule tout seul tout en étant très travaillé et parfaitement réalisé, autant ceux du cycle Nathan Zuckerman sont sinueux, complexes et pour résumer torturés. Je conseillerais les premiers à tout lecteur – pour ne pas dire n’importe quel lecteur ce qui pourrait sembler péjoratif – et je réserverais les autres à un public d’avertis qui a déjà beaucoup lu et qui est à la recherche de quelque chose de moins conventionnel, de plus profond voire d’expérimental. ...

Némésis

Némésis est le dernier roman du cycle éponyme et le dernier roman de Philip Roth avant qu’il raccroche définitivement pour attendre le Nobel et son entrée dans la Pléiade – ça, c’est fait. Ce roman n’a rien à voir avec ceux du cycle Nathan Zuckerman qui est certainement le plus connu. Autant je trouve que les romans mettant en scène Nathan Zuckerman sont denses et complexes – tout simplement difficiles à lire pour dire les choses – autant je trouve que ce livre et d’autres comme Le Complot contre l’Amérique sont l’exact opposé, simples et accessibles. Il est curieux de trouver une telle différence chez un auteur, d’autres sont plus homogènes – Auster ou Modiano par exemple. Cette simplicité n’enlève rien à la qualité de ce roman, il est très réussi – on s’en doute, il ne pouvait pas partir sur un échec quand même. ...

Klezmer T2

Dans ce second tome (vous pouvez lire l’article consacré au premier ici), c’est vraiment la joie qui domine, celle incomparable transmise par la musique. Cette sensation est parfaitement rendue, on a l’impression de participer à la fête. Des éléments comme la scène isolée dans la salle de bain ou le récit enchâssé du conte narré par Tchokola sont des respirations, des contrepoints qui donnent de l’ampleur au récit. Tout ceci fait de ce tome le point d’orgue de la série. ...

25 mars 2018 ·  BD

La classe de rétho

Antoine Compagnon est un historien de la littérature française, professeur au Collège de France et l’un des plus grands spécialistes de Marcel Proust. Je vous passe son cursus complet, mais il n’y a pas besoin d’en rajouter pour se convaincre que nous n’avons pas affaire au premier venu. J’admire le savoir de cet homme que j’ai eu l’occasion d’écouter plusieurs fois lors de ses passages à la radio ou dans le cadre de ses cours disponibles en podcast et j’apprécie son humilité et sa façon de transmettre ses connaissances. ...

Harry Potter T1

Comme pour Game of Thrones je dois être le dernier arriéré à n’avoir ni lu ni vu la série des Harry Potter. La raison est un simple et bête entêtement à ne pas vouloir voir les films avant d’avoir lu les livres dont ils sont tirés – une obsession comme une autre. Un évènement et un contexte propice m’ont mis le pied à l’étrier. L’évènement est l’écoute d’une passionnante série d’émissions de La compagnie des auteurs consacrée à l’oeuvre de J. K. Rowling. J’ai été à la fois surpris et fasciné d’entendre tous ces universitaires disserter de cette série tout au long des quatre heures d’émissions. Les parties qui m’ont le plus intéressé portent sur le travail de traduction qui a été réalisé par Jean-François Ménard et sur celui des références philosophiques compilées par Marianne Chaillan dans son livre Harry Potter à l’École de la Philosophie1. Les vacances de Noël ont été le contexte idéal pour entreprendre cette lecture – histoire de retomber un peu en enfance. Afin de les préparer comme il se doit, je me suis procuré les sept tomes que compte la série – je ne fais jamais les choses à moitié – dans la première édition de la collection Folio Junior. Alors quel est le verdict ? ...