Les mauvais jours finiront

Je suis tombé à la librairie sur cette belle couverture colorée qui a attiré mon attention. La deuxième chose qui m’a interpelé est le nom de Phoebe Hadjimarkos Clarke qui fait souffler un vent de fraîcheur sur la littérature – je ne connais Alice Zeniter que de nom. Ce qui est peut-être le plus surprenant est qu’il s’agit d’une correspondance, quelque chose de complètement anachronique qui s’est éteint progressivement au cours du XXème siècle. ...

Pietr-Le-Letton

Je dois cette lecture à Philippe Jaenada – merci Philippe. À force d’évoquer Maigret à chaque page de L’inconnue du quai de Javel, il m’a donné envie de m’y mettre. Comme je suis quelqu’un d’académique, j’ai commencé par le premier livre de la série, Pietr-le-Letton. Publié en 1931, il ne date pas d’hier – on s’approche du centenaire –, et ça se voit. Ce décalage dans le temps a ses bons et ses mauvais côtés. Commençons par les bons, pas de portable, pas d’Internet, mais un poêle, une pipe, de bons petits plats et de l’alcool. Le mauvais côté concerne principalement les nombreux stéréotypes antisémites qui parsèment le récit. Je sais qu’ils sont liés au contexte historique, mais ils n’en surprennent pas moins et restent dérangeants. ...

10 oct. 2026 · #1022 ·  Noir

Le train

Je suis tombé sur ce vieux Simenon, jauni et poussiéreux, dans la bibliothèque de la maison de campagne. La couverture est illustrée par une photo de Romy Schneider – ce qui m’a profondément agacé car je n’ai pu m’empêcher, tout au long de ma lecture, de me représenter Anna sous ses traits. J’ai lu une page par curiosité et j’ai été emporté par l’histoire. Les éléments se mettent en place rapidement et de façon claire, puis, tout s’enchaîne. ...

25 sept. 2026 · #1019 ·  Roman

L'imparfait

C’est une nuit au musée qu’Éric Reinhardt a choisi de passer à la villa Borghèse de Rome, aux côtés de l’Hermaphrodite endormi. Un garçon est né, en Crète, d’Hermès et d’Aphrodite, connus à Rome sous les noms de Mercure et de la déesse de Cythère. […] On peut reconnaître dans son visage les traits de son père aussi bien que les traits de sa mère. C’est aussi de ses deux parents qu’il tira son nom Hermaphrodite. ...

Des inconnus à qui parler

C’est un campus novel, rien de particulier jusque-là, sauf que les cours prodigués au sein de cette institution s’adressent à des humoristes, des stand-uppers et autres improvisateurs dont le métier consiste à monter seul sur scène et à obtenir des rires de leur public toutes les trente secondes environ. Je ne sais pas si ce type de formation existe réellement, mais là n’est pas vraiment l’intérêt du livre. Lorsque Manny avait entendu parler pour la première fois, une dizaine d’années auparavant, de la création par Ashbee d’un master en stand-up, il avait pensé à une blague (et ç’aurait été de loin la meilleure d’Ashbee). Mais, après confirmation par différentes sources de la véracité de l’information, Manny avait fini par se dire que c’était là sans doute la véritable vocation d’Ashbee: enseigner aux autres ce qu’il avait passé sa vie à essayer de faire. ...

17 sept. 2026 · #1016 ·  Roman

Le continent de la douceur

J’ai été à la fois complètement perdu et hypnotisé par autant d’érudition. Je suis bien incapable de dire si toutes ces références sont pertinentes, mais elles donnent au livre une densité assez fascinante. Le problème, c’est que je ne comprends pas vraiment où Aurélien Bellanger veut en venir. J’ai fini par arrêter ma lecture, non pas parce que le sujet ne m’intéressait pas, mais parce que je ne parvenais plus à suivre le chemin emprunté par l’auteur. Par moments, Le Continent de la douceur ressemble davantage à une démonstration qu’à un roman. On a parfois l’impression que chaque référence, chaque idée vient nourrir une construction intellectuelle dont on ne perçoit plus très bien le but. ...

12 sept. 2026 · #1015 ·  Roman

Ici

Imaginez que vous puissiez voir tout ce qui s’est passé et tout ce qui se passera en un endroit précis de la Terre. Les époques se superposeraient, les générations se succéderaient, les modes changeraient, les activités aussi, tandis que le lieu, lui, resterait. C’est le principe de Ici. Richard McGuire fixe son regard sur un point, le salon d’une maison, à un instant dans le temps, comme un cliché pris par un appareil photo, et fait apparaître, au fil des cases, différents moments de son histoire. L’année est indiquée en haut de chaque case et permet de se repérer dans ce drôle de voyage dans le temps. On retrouve parfois le même événement ou la même période à plusieurs années d’intervalle, comme si l’on pouvait regarder simultanément ce qui s’est passé à cet endroit à différentes époques. ...

11 sept. 2026 · #1014 ·  BD

Les Brebis égarées

J’aime beaucoup les romans américains sur la famille et je ne boude pas mon plaisir lorsqu’ils sont satiriques ou moqueurs, comme dans Les altruistes d’Andrew Riker. Mais lorsque j’ai lu les premières pages, quelle ne fut pas ma surprise – j’ai failli dire ma déception – de m’apercevoir que l’on avait allègrement dépassé la satire d’une famille dysfonctionnelle pour basculer dans le loufoque ou le grotesque – les soeurs ressemblent à celles de Bienvenue chez les Loud1. ...

8 sept. 2026 · #1013 ·  Roman

Lointain

C’est la première fois que je lis un livre écrit par la fille du grand Patrick Modiano. Dans Lointain, Marie Modiano raconte les débuts en tant qu’artiste d’une toute jeune fille, d’abord comédienne au sein d’une troupe, puis musicienne soliste. Un spectateur de théâtre ne voit habituellement une pièce qu’une seule fois. Il imagine donc rarement l’envers du décor, la vie de la troupe qui doit recommencer soir après soir la même représentation, les déplacements, l’attente, la précarité. Il en va de même pour la musique, on ne se rend pas forcément compte des conditions dans lesquelles vivent la cohorte des musiciens qui ne sont pas sur le devant de la scène médiatique. Ces passages écrits à la première personne sentent forcément le vécu. ...

9 août 2026 · #1007 ·  Roman

Le Ministère du futur

Le Ministère du futur de Kim Stanley Robinson est un roman assez atypique. Il prend le prétexte de la fiction pour écrire une véritable réflexion sur les dangers climatiques qui menacent notre civilisation. On est parfois plus proche d’un rapport du GIEC ou d’un essai du Shift Project que d’un roman traditionnel. Il faut savoir qu’il n’en est pas à son coup d’essai. Kim Stanley Robinson est une figure de la hard science-fiction ses romans – comme ceux composant La Trilogie martienne – privilégient la rigueur scientifique et les conséquences sociales, économiques et politiques des évolutions technologiques ou environnementales. ...

Dans la jungle

On comprend assez vite où l’on met les pieds. Dès les premières pages, quelque chose cloche. Une tension sourde s’installe, presque imperceptiblement d’abord, puis de façon de plus en plus inquiétante. C’est d’ailleurs la grande réussite de Dans la jungle. Le roman montre avec beaucoup de justesse comment l’emprise se construit, comment la violence conjugale s’installe par petites touches, comment ce qui paraît anodin finit par devenir insupportable – la parabole de la grenouille ébouillantée. Je dis ça mais c’est uniquement vrai à partir du deuxième chapitre car Adeline Dieudonné a choisi de commencer par la fin. J’aurais été curieux de découvrir l’histoire sans connaître d’avance son issue. ...

23 juin 2026 · #993 ·  Roman

Opération Shylock

Lire un livre de Philip Roth est toujours – au moins pour moi – une expérience particulière. Ce n’est pas toujours une lecture facile – Opération Shylock en est un bon exemple – mais c’est presque toujours une lecture stimulante et gratifiante. Le livre repose sur une idée aussi simple que vertigineuse, Philip Roth y rencontre un autre Philip Roth. À travers cette confrontation, Roth met en scène ses propres contradictions, ses doutes et peut-être même sa culpabilité – une matérialisation de sa schizophrénie en quelque sorte. Son double lui reproche notamment de ne pas mettre sa notoriété au service du peuple juif et, pire encore, de contribuer à son discrédit à travers ses romans. ...

13 juin 2026 · #990 ·  Roman

Hope

Hope démarre en trombe. La première partie est excellente avant que le livre ne retombe comme un soufflé. On retrouve ce grand classique du roman américain, la famille parfaite qui éclate en plein vol. Andrew Ridker a choisi une narration basée sur la multiplicité des points de vue. Les différents membres de la famille reviennent sur la même période mais avec de légers décalages temporels – un peu plus dans le passé ou un peu plus loin dans le futur. Le procédé est efficace car l’auteur est bon lorsqu’il s’agit de camper des personnages et de dérouler leurs histoires. La palme revient à la grand-mère qui – malgré le stéréotype – est de loin le personnage le mieux réussi du livre. ...

Acide

Certains sont morts avant même de mourir, moi j’étais revenue morte parmi les vivants. Pas de bol. Le livre est dur, violent, dérangeant. Mais n’est-ce pas aussi l’un des rôles de la littérature que d’appuyer là où ça fait mal ? Elle doit aussi être le témoin de son époque, de la solitude et de l’isolement, jusqu’à cette forme de voyeurisme ambiguë qui peut mener parfois la fascination pour la souffrance des autres. ...

Franz et François

Franz et François est un livre difficile à saisir, à l’image de son auteur. François Weyergans y brouille les pistes en proposant un récit à la frontière entre roman, autobiographie et jeu littéraire. Le titre annonce un dédoublement, mais c’est surtout du côté de François que tout se joue. L’auteur se met en scène, se regarde écrire, se raconte – ou plutôt construit une version de lui-même, insaisissable, mouvante, parfois contradictoire. Rien n’est jamais complètement stable dans ce texte, qui avance par fragments, par détours, par associations d’idées. ...

29 avr. 2026 · #981 ·  Roman

La cuisine du Tengu T1

À 14 ans – autrement dit au seuil de l’adolescence – les membres des familles tengu, ces créatures issues du folklore japonais, doivent observer une année de retraite. C’est dans ce cadre que le jeune héros rejoint son frère à la campagne. Là, loin du tumulte, il apprend à vivre autrement, au rythme des saisons, au contact direct de la nature, et surtout à travers la cuisine. Récolter, préparer, attendre, autant de gestes simples qui deviennent ici essentiels. On ne peut s’empêcher de penser que ce type de parenthèse ferait du bien à bien des familles. ...

29 avr. 2026 · #982 ·  BD

La Bataille d'Occident

Éric Vuillard, dans La Bataille d’Occident, revient sur la Première Guerre mondiale avec ce style si particulier qui est devenu sa signature. Là où il excelle souvent dans les formes brèves, il embrasse ici un temps long – des prémices du conflit à sa conclusion – à grands coups d’ellipses éclairées par des saillies ironiques et une écriture très travaillée qui frappe d’abord par sa singularité. Mais à force, le procédé s’épuise un peu. Ce qui intrigue au départ finit par lasser, comme si la stylisation prenait le pas sur le sujet. Heureusement, le livre est court, ce qui évite la saturation, mais ce n’est clairement pas celui que je retiendrai en priorité. ...

À l'assaut du réel

J’ai découvert Gérald Bronner en lisant son livre autobiographique Exorcisme. À l’assaut du réel est plus conforme à sa production habituelle en tant que sociologue, il s’intéresse à notre rapport à la réalité et ce n’est pas son premier livre dans ce domaine. La réalité, c’est ce qui continue d’exister lorsqu’on cesse d’y croire. – Philip K. Dick Je suis assez client de ce type d’ouvrage, qui regorge d’observations et d’expériences pour mieux comprendre à la fois le monde dans lequel nous vivons et nos propres mécanismes de pensée. Sur ce point, le livre tient toutes ses promesses. Bronner multiplie les angles d’approche: les biais cognitifs, la transformation de notre environnement informationnel, la perte de repères, le vertige de la liberté, le métavers, la post-vérité et j’en passe. Chaque idée, chaque exemple est stimulant et pousse à la réflexion – j’avais envie de tous les retenir pour pouvoir en parler. ...

Lundi, c'est loin

Le roman est construit comme une mosaïque de trajectoires entremêlées autour d’un noyau de banlieusards qui ont rejoint la capitale, Londres, et sa vie débridée pendant que leurs parents occupent toujours leur pavillon. Entre amours contrariés, entrée dans l’âge adulte retardée, désintérêt pour un travail qui n’est qu’alimentaire, ils vivent au présent sans se soucier de l’avenir. Rien de spectaculaire – à part la baleine qui se retrouve loin de chez elle coincée dans la Tamise –, mais une accumulation de situations ordinaires qui finit par dessiner le portrait d’une époque et d’une ville. Cet aspect est bien rendu et on se retrouve immergé dans ce Londres underground. Le week-end, censé incarner la liberté, devient un espace d’errance, tandis que le lundi – repoussé et redouté – symbolise le retour à une réalité dans laquelle personne ne semble vivre. ...

26 mars 2026 · #975 ·  Roman

Philip & moi

Philip & moi est un livre curieux. L’intrigue se déroule à l’époque où Philip Roth vivait dans sa ferme du Connecticut avec son épouse Claire Bloom. Leur voisine était alors l’écrivaine et critique littéraire Francine du Plessix Gray, qui accueillit Esther comme fille au pair. Celle-ci joue le rôle de narratrice et se confond parfois avec l’autrice. Ce positionnement ambigu brouille volontairement les pistes – peut-être un hommage à l’auteur originaire de Newark, passé maître dans l’art de mêler autobiographie et fiction. ...