Aâma T4

Toutes les bonnes choses ont une fin et parfois, il faut bien le reconnaître, c’est un mal pour un bien. Ce quatrième et dernier tome m’a donc un peu déçu – la déception est à l’aune des espérances. Frederik Peeters a dû s’éclater sur les dessins, il faut dire qu’il fallait qu’ils soient à la hauteur pour suivre ce scenario qui se termine par un feu d’artifice, la grande explosion on plonge dans le psychédélique – n’ayons pas peur des mots. Sur ce terrain, rien à dire, on ne peut qu’être admiratif devant le résultat, on en prend plein les yeux. C’est la fin de l’histoire – que certains qualifient d’ambitieuse – qui cette fois m’a laissé sceptique. Je ne m’attendais pas à cela et je n’ai pas été convaincu. J’ai peut-être raté quelque chose, il m’a certainement perdu en route, mais je trouve que l’on est loin de la finesse du premier volume et de la grande aventure très réussie des deux suivants. ...

1 oct. 2016 ·  BD

Extrêmement fort et incroyablement près

Extrêmement original et incroyablement émouvant voilà comment résumer ce livre en reprenant les termes préférés d’Oskar. Oskar est un petit garçon surdoué qui a perdu son père lors des attentats du 11 septembre. Ils entretenaient une relation très fusionnelle et très complice et son père lui manque bien sûr beaucoup. Un jour en cherchant dans ses affaires, il casse un vase et découvre une enveloppe au nom de Black contenant une clé. La recherche de la serrure correspondante va être une quête pour Oskar, son absolue priorité, une manière de prolonger la relation avec son père. ...

La moustache

Je crois n’avoir jamais lu de romans d’Emmanuel Carrère et je crois me souvenir qu’il disait dans Le Royaume ne plus en écrire depuis longtemps – à la place il écrit de la non-fiction. Lorsque mes yeux se sont posés sur le mince volume de La moustache à la bibliothèque, je me suis dit que c’était l’occasion. A vrai dire, je l’aurais lu depuis longtemps, si le fait d’avoir vu l’adaptation au cinéma interprétée, en autre, par le magistral Vincent Lindon ne me faisait craindre de lire une histoire complètement déflorée. Mais le temps a passé et je ne me souviens à présent que de cet évènement qui est au coeur de l’histoire et qui concerne un des attributs les plus masculins qui soit: la moustache. Même si cette scène est très connue, je regrette de rater le plaisir de la découvrir en lisant le livre. Sachant cela, je me concentre sur l’écriture, sur l’ambiance et je me dis que c’est dommage qu’Emmanuel Carrère n’écrive pas plus de romans – il trouve certainement que la réalité est bien plus romanesque. Il a le ton juste, des phrases courtes, une belle écriture qui n’en fait pas trop tout en étant élégante. Pour tout dire, ce roman m’a fait penser à ceux de Jean-Philippe Toussaint pour le style avec une forte inspiration des romans de Philip K. Dick pour la manipulation de la réalité – ou des réalités – et le le côté paranoïaque du personnage. Ce n’est pas pour rien qu’il a écrit Je suis vivant et vous êtes morts. ...

Supplément à la vie de Barbara Loden

Derrière ce très beau titre, se cache une idée assez originale. Nathalie Léger, ou plutôt la narratrice puisqu’il s’agit d’un roman, doit écrire une notice biographique sur Barbara Loden. Elle nous raconte dans ce petit livre cette expérience, ses recherches, son travail, ses doutes. Barbara Loden était une actrice et réalisatrice qui a connu son heure de gloire – enfin si l’on peut parler ainsi – dans les années 70. Son CV de réalisatrice ne compte qu’un seul et unique film, Wanda dans lequel elle tint le rôle principal. Peut-être parce que le personnage principal lui ressemblait beaucoup, une fille perdue qui passe à côté de sa vie. ...

Dora T1

Je suis faible. Je craque dès que je tombe sur de la belle ligne claire. Ce penchant coupable est certainement lié à mon goût pour le minimalisme. Et ici j’ai été servi, les dessins et les compositions, les planches, tout simplement sont magnifiques. Que ce soit les personnages – et notamment la belle Dora – les bâtiments, les objets ou même la simple reproduction de documents, tout est impeccable. L’histoire est originale, elle mêle amour et espionnage – je suis en train de me dire qu’il n’y a rien d’original dans tout ça, c’est la recette de tous les James Bond. Non ici c’est différent faites-moi confiance, je me suis cru un moment dans Strangers in Paradise même s’il est difficile de rapprocher ces deux oeuvres. On y croisera, sur fond de douce romance, d’anciens nazis et des péronistes. Ce mélange est réellement surprenant, on ne sait pas à quoi s’attendre. C’est assez curieux de voir comment les choses arrivent, l’histoire bascule progressivement sans que l’on s’en rende compte. ...

10 mai 2016 ·  BD

Le crocolion

Connaissez-vous bien le continent africain ? Pas si sûr. Je pense que vous apprendrez plein de choses en lisant ce livre à votre enfant. Le nom du plus haut sommet, celui du plus grand arbre et enfin, celui de l’animal le plus méchant qui vit sur ces terres. Vous savez peut-être déjà tout ça, mais permettez-moi d’en douter – on peut avoir des surprises. Vous apprendrez surtout que si savants que soient les papas, les enfants sont bien plus malins qu’eux et ont surtout beaucoup plus d’humour. Une mention spéciale à la couverture de ce livre que je trouve très parlante. ...

Je suis vivant et vous êtes morts

Je suis vivant et vous êtes morts est une phrase tirée d’Ubik1, l’une des oeuvres les plus célèbres de Philip K. Dick. Dick étant lui-même l’un des auteurs de SF les plus connus et le premier auteur de ce genre a être publié dans la prestigieuse collection Library of America (un peu l’équivalent de notre pléiade aux Etats-Unis) – dans les deux cas y entrer est une consécration pour un auteur. ...

Blaise et le château d'Anne Hiversère

Les poussins ont dix jours pour préparer la grande fête d’Anne Hiversère. Et il y a du boulot car tout ici est démesuré. Mais bon, ils sont très nombreux et ont un chef très compétent, nommé Blaise, pour les guider. Vous le constaterez il faut beaucoup de choses pour construire ce château et les poussins ne sont pas au bout de leur peine. Mais vous comprendrez que le jeu en vaut la chandelle lorsque vous verrez la liste des invités. Ils sont si nombreux que vous ne parviendrez pas à tous les nommer. Claude Ponti a organisé cette superbe fête en l’honneur de tous les personnages qui ont marqué son enfance. ...

Dans les forêts de Sibérie

Sylvain Tesson entre dans la catégorie des écrivains voyageurs. Comme ses illustres prédécesseurs il parcourt le globe et nous raconte ses aventures. Une fois n’est pas coutume, il a décidé de se sédentariser, mais rassurez-vous, il ne va pas nous raconter son Intérieur comme Thomas Clerc, non, ce serait trop simple. Lui décide plutôt d’aller se planquer dans une cabane au bord du lac Baïkal où il fait un peu frais en hiver – -30 environ – et où les voisins ne se bousculent pas au portillon – les plus proches, si l’on excepte les animaux sauvages, sont à plusieurs heures de marche. ...

Une case en moins

Ellen Forney est une artiste, une dessinatrice de BD. A 30 ans on lui a diagnostiqué ce qui est référencé en tant que “Syndrome Bipolaire I, 296.4” dans le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) – autrement dit, la bible des psychiatres américains. Ce diagnostic explique l’alternance de phases survoltées (maniaques) et de phases de déprime. Elle démarre alors un traitement tout en étant obsédé par une chose. ...

10 nov. 2015 ·  BD

Un soir au club

Un jour il a claqué la porte. Terminé le piano, le jazz et les clubs. Et tout ce qui va avec: la nuit, l’alcool et les femmes. Depuis, il s’est reconstruit une petite vie tranquille. Un travail sérieux – et ennuyeux –, une femme aimante et attentionnée – bien loin des tumultes de la passion en somme. Bref, tous les ingrédients qui l’avaient transformé en un monsieur tout le monde heureux – au moins en apparence. Puis un soir, l’occasion s’est présentée, le hasard, la tentation. C’est comme pour les fumeurs repentis, il suffit d’en retoucher une seule, rien qu’une petite et c’est reparti. Il replonge donc ou il revit, c’est une question de point de vue. ...

Mon ami Dahmer

Jeffrey Lionel Dahmer (né le 21 mai 1960 à Milwaukee – 28 novembre 1994 à Portage), surnommé “le cannibale de Milwaukee”, est un tueur en série américain qui a avoué avoir assassiné dix-sept jeunes hommes entre 1978 et 1991 (seize de ces meurtres ayant eu lieu entre 1987 et 1991). Ces meurtres comportaient des viols, des démembrements, de la nécrophilie et du cannibalisme.1 Eh bien, avant tout cela, Jeffrey Dahmer fut un lycéen et Derk Backderf était dans sa classe. Ils étaient aussi voisin dans la petit ville de Bath et même un peu amis – on peut dire ça. Mais, vous vous en doutez, Dahmer n’était déjà pas tout à fait comme les autres. ...

30 avr. 2015 ·  BD

Chute de vélo

Ce qu’il y a de bien avec ce livre c’est qu’en lisant le titre et en observant la couverture, on ne sait pas à quoi s’attendre – enfin si, il devrait y avoir selon toute logique une chute de vélo à un moment. En lisant les premières planches, je n’ai pas été emballé par les dessins. Ce n’est de toute façon pas ce que j’aime le plus chez Davodeau, mais là je les trouve encore un ton en dessous. Par contre, j’aime sa façon de raconter des histoires et son savoir faire si particulier pour donner vie et humanité à ses personnages. ...

2 avr. 2015 ·  BD

Le meurtre de Roger Ackroyd

Allez, je l’avoue, c’est l’envie de lire Pierre Bayard et son Qui a tué Roger Ackroyd ?1 qui m’a poussé à ouvrir ce grand classique du roman policier. En me documentant, j’ai appris qu’il fait partie d’une catégorie spécifique de romans policiers appelée whodunit, littéralement qui l’a fait – ça a l’air évident, mais je ne connaissais pas. Ce roman est donc centré sur la résolution de l’énigme et se présente un peu comme un jeu pour le lecteur qui dispose des mêmes indices que l’enquêteur, mais devra déjouer les nombreuses fausses pistes vers lesquelles l’aiguille le narrateur. Si Pierre Bayard, le professeur de littérature, s’est suffisamment intéressé à ce roman d’Agatha Christie pour en tirer un essai c’est qu’il a une particularité – mais je n’en dirai pas plus. ...

L’arabe du futur T1

Il y a quelque chose de très troublant dans ce premier tome du récit de jeunesse de Riad Sattouf (il est sous-titré Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)). Puisqu’il est né en 1978 – comme moi – il avait donc entre 0 et 6 ans à cette période. Il n’y a toujours rien qui vous choque ? Un peu quand même, difficile d’établir un récit de près de 160 pages entièrement basé sur des souvenirs authentiques qui datent d’avant le CP. Il repose donc forcément sur des souvenirs reconstitués à partir de ceux des adultes (de ses parents principalement) et du récit qu’ils en font – dans toutes les familles il y a des histoires légendaires qui se racontent lors des repas de famille. Ce procédé apocryphe parfaitement assumé – il me semble – est intéressant car il permet de raconter une autre réalité qui n’est finalement pas moins vraie. ...

22 mars 2015 ·  BD

Journal d’un parfumeur

Ce n’est pas le Journal d’un lecteur1, mais celui d’un parfumeur que je vous propose de découvrir. C’est un métier rare, mais ô combien précieux puisque l’objectif vers lequel il doit tendre est de faire naître des émotions – et non pas de faire vendre, ça c’est le boulot du marketing. En ce sens, il se rapproche de l’art, mais le savoir-faire qu’il requiert l’oblige à rester profondément encré dans l’artisanat. ...

La patience du tigre

J’ai entendu parler de Frédéric Bernard pour la première fois lors de la sortie de Chroniques de la vigne: conversations avec mon grand-père1 – je l’avais offert à un ami (amateur de vin) et j’avais raté de peu la séance de dédicace organisée à Toulouse à la librairie Terres de Légendes. C’est d’ailleurs à l’issue d’une discussion avec le libraire que mon regard s’est posé pour la première fois sur La patience du tigre – très belle couverture. Jean-Pascal m’avait alors dit quelque chose comme “il est encore meilleur dans le noir et blanc” – en plus intelligent évidemment. J’ai fait main basse dessus lorsque je l’ai croisé pour la deuxième fois à la bibliothèque et je ne l’ai pas regretté – au moins au début. ...

22 juin 2014 ·  BD

Astérix chez les Pictes

Je me suis lancé, même pas peur. J’ai commencé à lire Astérix chez les Pictes. Après les dernières tentatives d’Uderzo en solo, il était temps de faire rentrer du sang neuf. Il prouve par ce geste que, contrairement à ce que pense sa fille, il sait encore faire preuve de lucidité. Mais bon, mettons de côté ces railleries pour avouer que lorsque l’on touche à Astérix, on appréhende quand même un peu. C’est un monstre sacré qui a bercé notre enfance, un symbole de la France – rien de moins. Alors on oublie les dernières catastrophes et on se dit que malgré tout, rien ne sera plus jamais pareil. La nostalgie nous gagne, notre jugement ne sera forcément pas impartial. ...

9 juin 2014 ·  BD

La Conjecture de Poincaré

J’ai gardé un très agréable souvenir d’une lointaine lecture du livre de Simon Singh Le dernier théorème de Fermat1. Ce souvenir m’est revenu en mémoire lorsque chez mon libraire, en passant devant la section scientifique, j’ai aperçu La Conjecture de Poincaré sur la table des suggestions. Je n’ai pas hésité une seconde et me suis emparé du volume sans même jeter un oeil à la quatrième de couverture. Le nom de Poincaré parle à tout le monde car nous avons en mémoire le patronyme de l’ancien président de la république. La confusion n’est pas si grande car Raymond Poincaré, le président, était le cousin d’Antoine, l’ingénieur et mathématicien, dont il est question dans ce livre. Comme beaucoup de génies il fut très prolifique bien qu’il eut la réputation de prendre des raccourcis. Certaines parties des démonstrations lui paraissaient tellement évidentes qu’il ne prenait pas la peine de les traiter en profondeur. Ce comportement – vous le constaterez en lisant ce livre – lui a parfois joué des tours. ...

Le Grand Animateur

Pour fêter ou plutôt pleurer la fin de Donjon1, j’ai décidé de relire le tome le plus ancien dans le temps du Donjon, Le Grand Animateur. Il se déroule au niveau -400 quand un Donjon Potron-minet démarre à -992. Ce tome est un peu le Le silmarillion3 de Donjon, on y croise de très nombreux éléments fondateurs. Les automates (ils font même référence aux lois de la robotique), les objets du destin, le mal absolu, etc. L’histoire se déroule dans la famille de Herbert de Vaucanson, le célèbre canard. Ses ancêtres sont inspirés de l’inventeur Jacques Vaucanson – qui a vraiment existé lui – et qui construisit un canard automate – ce n’est pas une blague. ...

5 avr. 2014 ·  BD