Le meurtre de Roger Ackroyd

Allez, je l’avoue, c’est l’envie de lire Pierre Bayard et son Qui a tué Roger Ackroyd ?1 qui m’a poussé à ouvrir ce grand classique du roman policier. En me documentant, j’ai appris qu’il fait partie d’une catégorie spécifique de romans policiers appelée whodunit, littéralement qui l’a fait – ça a l’air évident, mais je ne connaissais pas. Ce roman est donc centré sur la résolution de l’énigme et se présente un peu comme un jeu pour le lecteur qui dispose des mêmes indices que l’enquêteur, mais devra déjouer les nombreuses fausses pistes vers lesquelles l’aiguille le narrateur. Si Pierre Bayard, le professeur de littérature, s’est suffisamment intéressé à ce roman d’Agatha Christie pour en tirer un essai c’est qu’il a une particularité – mais je n’en dirai pas plus. ...

L’arabe du futur T1

Il y a quelque chose de très troublant dans ce premier tome du récit de jeunesse de Riad Sattouf (il est sous-titré Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)). Puisqu’il est né en 1978 – comme moi – il avait donc entre 0 et 6 ans à cette période. Il n’y a toujours rien qui vous choque ? Un peu quand même, difficile d’établir un récit de près de 160 pages entièrement basé sur des souvenirs authentiques qui datent d’avant le CP. Il repose donc forcément sur des souvenirs reconstitués à partir de ceux des adultes (de ses parents principalement) et du récit qu’ils en font – dans toutes les familles il y a des histoires légendaires qui se racontent lors des repas de famille. Ce procédé apocryphe parfaitement assumé – il me semble – est intéressant car il permet de raconter une autre réalité qui n’est finalement pas moins vraie. ...

22 mars 2015 ·  BD

Journal d’un parfumeur

Ce n’est pas le Journal d’un lecteur1, mais celui d’un parfumeur que je vous propose de découvrir. C’est un métier rare, mais ô combien précieux puisque l’objectif vers lequel il doit tendre est de faire naître des émotions – et non pas de faire vendre, ça c’est le boulot du marketing. En ce sens, il se rapproche de l’art, mais le savoir-faire qu’il requiert l’oblige à rester profondément encré dans l’artisanat. ...

La patience du tigre

J’ai entendu parler de Frédéric Bernard pour la première fois lors de la sortie de Chroniques de la vigne: conversations avec mon grand-père1 – je l’avais offert à un ami (amateur de vin) et j’avais raté de peu la séance de dédicace organisée à Toulouse à la librairie Terres de Légendes. C’est d’ailleurs à l’issue d’une discussion avec le libraire que mon regard s’est posé pour la première fois sur La patience du tigre – très belle couverture. Jean-Pascal m’avait alors dit quelque chose comme “il est encore meilleur dans le noir et blanc” – en plus intelligent évidemment. J’ai fait main basse dessus lorsque je l’ai croisé pour la deuxième fois à la bibliothèque et je ne l’ai pas regretté – au moins au début. ...

22 juin 2014 ·  BD

Astérix chez les Pictes

Je me suis lancé, même pas peur. J’ai commencé à lire Astérix chez les Pictes. Après les dernières tentatives d’Uderzo en solo, il était temps de faire rentrer du sang neuf. Il prouve par ce geste que, contrairement à ce que pense sa fille, il sait encore faire preuve de lucidité. Mais bon, mettons de côté ces railleries pour avouer que lorsque l’on touche à Astérix, on appréhende quand même un peu. C’est un monstre sacré qui a bercé notre enfance, un symbole de la France – rien de moins. Alors on oublie les dernières catastrophes et on se dit que malgré tout, rien ne sera plus jamais pareil. La nostalgie nous gagne, notre jugement ne sera forcément pas impartial. ...

9 juin 2014 ·  BD

La Conjecture de Poincaré

J’ai gardé un très agréable souvenir d’une lointaine lecture du livre de Simon Singh Le dernier théorème de Fermat1. Ce souvenir m’est revenu en mémoire lorsque chez mon libraire, en passant devant la section scientifique, j’ai aperçu La Conjecture de Poincaré sur la table des suggestions. Je n’ai pas hésité une seconde et me suis emparé du volume sans même jeter un oeil à la quatrième de couverture. Le nom de Poincaré parle à tout le monde car nous avons en mémoire le patronyme de l’ancien président de la république. La confusion n’est pas si grande car Raymond Poincaré, le président, était le cousin d’Antoine, l’ingénieur et mathématicien, dont il est question dans ce livre. Comme beaucoup de génies il fut très prolifique bien qu’il eut la réputation de prendre des raccourcis. Certaines parties des démonstrations lui paraissaient tellement évidentes qu’il ne prenait pas la peine de les traiter en profondeur. Ce comportement – vous le constaterez en lisant ce livre – lui a parfois joué des tours. ...

Le Grand Animateur

Pour fêter ou plutôt pleurer la fin de Donjon1, j’ai décidé de relire le tome le plus ancien dans le temps du Donjon, Le Grand Animateur. Il se déroule au niveau -400 quand un Donjon Potron-minet démarre à -992. Ce tome est un peu le Le silmarillion3 de Donjon, on y croise de très nombreux éléments fondateurs. Les automates (ils font même référence aux lois de la robotique), les objets du destin, le mal absolu, etc. L’histoire se déroule dans la famille de Herbert de Vaucanson, le célèbre canard. Ses ancêtres sont inspirés de l’inventeur Jacques Vaucanson – qui a vraiment existé lui – et qui construisit un canard automate – ce n’est pas une blague. ...

5 avr. 2014 ·  BD

Incidences

Un professeur de creative writing (atelier d’écriture) un peu coureur a la fâcheuse habitude de céder aux avances de ses jolies élèves. Il ne s’explique pas vraiment l’attrait qu’il exerce auprès de cette population, mais entend bien en profiter puisque cette chance lui est donnée. Tout n’allait pas si mal jusqu’au jour où … Sous ses aspects de thriller, ce roman de Djian aborde les problèmes de l’enfance et de ses blessures qui ne se referment jamais. Les femmes sont omniprésentes dans ce livre, il n’y a pas que les jeunes étudiantes, mais aussi et surtout la mère et la soeur. On comprend alors que ces deux personnes sont à l’origine de son comportement vis-à-vis des femmes. Ce roman est auréolé de mystère a bien des égards, mystère qui est symbolisé par la présence troublante de la forêt. ...

Esprit d'hiver

Voici ce que disais le Lire du mois d’octobre à propos de Laura Kasischke – je n’arrive toujours pas à prononcer son nom. Il faut se méfier de Laura Kasischke, de son air de mère de famille souriante qui sort de son four d’exquis cookies au chocolat. Et ils ont raison – j’aurais dû m’en méfier ! Elle fait partie de ces auteurs américains plus connus en Europe que dans leur pays d’origine. Aux États-Unis elle est plus connue pour ses talents de poétesse que de romancière. La poésie est d’ailleurs la passion inassouvie de l’héroïne de son roman Esprit d’hiver. Cette femme a eu une existence compliquée – quel bel euphémisme – et s’apprête à vivre un jour de Noël qui démarre sous de bien mauvais auspices. ...

Des hommes d'État

La récente parution de Jours de pouvoir de Bruno Le Maire m’a incité à me plonger dans ce précédent ouvrage sur lequel je lorgnais avec envie depuis longtemps. Si les deux ouvrages se distinguent par leur chronologie (Jours de pouvoir est consacré aux années 2010-2012 pendant lesquelles Bruno Le Maire a été ministre sous Nicolas Sarkozy), leur forme est identique. Dans les deux cas il s’agit du journal de Bruno Le Maire qui nous entraine dans les coulisses de la politique. Ce journal couvre la période allant de la nomination de Dominique de Villepin au poste de premier ministre à l’élection de Nicolas Sarkozy à celui de président de la République. ...

La montée des cendres

Amateurs de feux de cheminée, ce livre est fait pour vous. L’auteur consacre 200 pages à cet art ancestral. L’homme a toujours été fasciné par le feu, il faut croire que c’est le cas de Pierre Patrolin qui, après avoir traversé la France à la nage se réchauffe au coin de la cheminée en regardant monter la Seine. Plus sérieusement, ce texte est un poème en prose. L’écriture est magnifique et l’auteur, avec ce livre extrêmement curieux, parvient à créer une ambiance, une atmosphère. Il pleut sur Paris. La Seine monte et menace de déborder. L’homme est seul chez lui et arpente la capitale à la recherche de bois pour alimenter son feu. Cette obsession le pousse à se saisir de tout ce qui peut brûler, de la planche de chantier à la boîte de camembert. ...

Ce qu’il advint du sauvage blanc

Ancien élève de l’ENA, il a occupé plusieurs postes dans l’administration en tant que haut fonctionnaire – il travailla notamment pour la Nouvelle-Calédonie – avant de se consacrer à l’écriture et de rencontrer le succès avec son premier roman Ce qu’il advint du sauvage blanc. Cette reconnaissance est méritée tant le livre est bien réalisé. Il est construit sur deux plans temporels exploités dans un ordre chronologique. Dans le premier on suit les aventures du matelot Narcisse Pelletier depuis son abandon sur une île proche de l’Australie par le bateau sur lequel il officiait. Dans le second on s’intéresse, des années plus tard (18 ans), à la découverte d’un homme blanc entièrement tatoué vivant parmi ceux que l’on appelait alors les “sauvages”, c’est-à-dire les aborigènes d’Australie. Celui-ci incapable de parler sera baptisé “le sauvage blanc”. L’un raconte comment quitter la civilisation, l’autre comment y retourner. ...

Crève saucisse

Boucherie et bande dessinée font-ils bon ménage ? Eh bien oui, ce Crève saucisse est une réussite. L’histoire de trahison est vielle comme le monde, mais son efficacité n’a jamais été démentie depuis l’antiquité. De la tragédie grecque à la boucherie de quartier il n’y a qu’un pas – certes grand – que les auteurs n’ont pas hésité à franchir et de belle manière. Dans cet univers qui ne me fait pas vraiment rêver – le titre et la couverture donnent un avertissement assez clair sur ce point –, j’ai été pourtant vite pris par l’histoire et me suis même surpris à tourner les pages à une vitesse folle, curieux de connaître la suite. Je n’ai pas été déstabilisé par les choix graphiques ou narratifs, il ne faut pas chercher l’inventivité dans ce registre. Mais ce qu’elle fait, et à tous les niveaux, cette BD le fait bien. Et elle l’assume pleinement en revendiquant ses origines à travers la passion de son personnage principal. ...

16 sept. 2013 ·  BD

84, Charing Cross Road

Le 84, Charing Cross Road est l’adresse d’une librairie de Londres à laquelle s’adresse Helene Hanff pour obtenir ce qu’elle a de plus cher, des livres. Elle est américaine vit ou survit de sa plume en écrivant des pièces de théâtre, mais surtout des scénarios pour la télévision. Ne trouvant pas – à prix abordable – les livres qu’elle recherche près de chez elle, à New York, elle s’adresse à cette librairie se trouvant de l’autre côté de l’Atlantique. A l’époque d’Amazon ce commerce longue distance paraît à la fois complètement fou et finalement très actuel. ...

Lastman T2

Il est toujours difficile de parler d’un second tome surtout lorsqu’il est dans la continuité du premier. C’est le cas ici, mais je ne vais pas cacher une légère déception. Ce ne sont pas les dessins qui sont en cause ni le découpage, il n’y a pas d’évolution très visible entre ces deux volumes dont la date de sortie est proche. Les choix sont toujours aussi judicieux et le dessin aussi efficace, pas de problème de côté là. ...

24 juil. 2013 ·  BD

Le sermon sur la chute de Rome

Pour la deuxième fois, le Goncourt est remporté par Actes Sud. La maison d’édition d’Arles ne pouvait rêver mieux pour inaugurer ses nouvelles couvertures qu’un beau bandeau rouge siglé du Graal de la littérature française. Elles ne sont plus illustrées, mais affichent l’austérité qui est devenu l’apanage des prestigieuses collections des grandes maisons comme Gallimard ou Grasset. La seule concession au conformiste concerne le format plus étroit que les standards qui devenu au fil du temps la marque de fabrique de la maison. Mais parlons du livre et de son auteur Jérôme Ferrari. Ce professeur de philosophie avait déjà fait parler de lui avec son précédent roman Où j’ai laissé mon âme1 traitant de la torture en Algérie. L’Algérie où il a enseigné, il en est question dans ce livre, mais ce n’est pas le théatre principal du roman. Il se déroule sur les lieux d’une autre de ses affectations : la Corse. ...

Mon coffret pour devenir grand

Comme son nom l’indique, il s’agit d’un coffret qui ressemble un peu, par sa taille et sa forme, à une jaquette de VHS – ceux qui ont connu la préhistoire des vidéos sauront de quoi je parle. Le coffret est cartonné – et donc plus solide qu’une jaquette de VHS. Il est très beau avec ce dessin du grand panda que l’on regrette de ne pas retrouver dans l’un des livres. Quatre ronds collés sur le bas du coffret figurent les pattes du panda et lui donne ainsi une touche d’originalité. Bien évidemment, la première chose qui est venue à l’idée de ma fille et de tirer sur ces ronds pour tenter de les arracher. Et – j’ose à peine le dire – elle est vite arrivée à ses fins. ...

La déesse des petites victoires

Une documentaliste, Anna, est chargée par l’IAS (Institute for Advanced Study) de Princeton de récupérer les archives de Kurt Gödel, son Nachlass. Pour ce faire, elle va devoir amadouer le cerbère qui les garde, Adèle la veuve du célèbre logicien et mathématicien. Le récit se déroule sur deux plans temporels. Le présent relate les relations entre Adèle et Anna et la vie privée de cette dernière – pas très réjouissante. Le passé, au travers des souvenirs d’Adèle, raconte une vie aux côtés du génie Kurt Gödel – pas très réjouissante. Les deux récits ne sont pas d’un intérêt égal. ...

Lots of Love

Scott et Zelda Fitzgerald ont eu une fille, Frances surnommée Scottie. Entre 1936 et 1940 Zelda est internée dans un hôpital psychiatrique et Scottie est loin de la maison, exilée pour suivre des études supérieures. Scott est au crépuscule de sa vie. Le succès, les fêtes et l’argent sont derrière lui. Il lutte pour subsister et envoyer tout de même des petits cadeaux à sa fille. Pour cela, il écrit des scénarios au kilomètre pour Hollywood. ...

Le Pistolero

L’homme en noir fuyait à travers le désert, et le Pistolero le suivait. Comment ne pas poursuivre la lecture après une telle phrase ? Une simple phrase qui provoque, telle une réaction en chaîne, une foule de questions. Qui est cet homme en noir ? Qu’a-t-il fait pour fuir ainsi à travers le désert ? Ce n’est pas particulièrement accueillant le désert, comment va-t-il faire pour s’en sortir ? Pourquoi est-il habillé en noir ? Ce n’est pas très pratique le noir dans le désert, tout d’abord on se fait facilement repérer – surtout lorsqu’un homme portant le nom de Pistolero vous suit – et puis il fait chaud car le noir absorbe le soleil. Ensuite on pense au Pistolero, quel drôle de nom. On n’a pas trop envie de se frotter à quelqu’un que l’on appelle le Pistolero. Bon enfin, je vais arrêter là, je pense que vous avez compris. ...