L’obsession du pouvoir

Encore une BD sur la politique. Nuance, il s’agit d’une BD sur deux journalistes politiques grands reporters au journal Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Je le précise car je m’attendais à un portrait des trois derniers présidents alors qu’il s’agit de l’histoire professionnelle des deux journalistes et plus particulièrement de la rédaction des livres consacrés à Nicolas Sarkozy (Sarko m’a tuer et Sarko s’est tuer) et à François Hollande (Un président ne devrait pas dire ça…) – pour ce qui est d’Emmanuel Macron, il n’y a vraiment pas grand chose, c’était juste pour l’ajouter sur la couverture. ...

7 déc. 2022 ·  BD

Cher pays de notre enfance

Le SAC, c’était cette zone grise de la Ve république dont on aime pas vraiment se souvenir. Le Service d’Action Civique (SAC) a été créé dans les années soixante pour servir les intérêts du général de Gaulle. Le journaliste Benoît Collombat et le dessinateur Etienne Davodeau rouvrent les vieux dossiers et vont à la rencontre des différents protagonistes pour tenter de faire la lumière sur les activités de cette organisation qui semble avoir franchi plus d’une fois la ligne rouge. ...

30 nov. 2022 ·  BD

Chroniques d’une station-service

Quel plaisir de retrouver Alexandre Labruffe et son personnage de poète paumé évoluant tant bien que mal au sein d’une civilisation sur le déclin. Cette position d’observateur décalé est peut-être encore plus vraie ici où il se retrouve au sein de son centre névralgique, une station-service comme une oasis de l’ère industrielle, que dans un hiver à Wuhan, perdu en pleine pandémie de COVID. Le lendemain, une Porsche grise s’arrête à côté d’une deux-chevaux bleu passé, pompes n° 1 et n° 3: il n’y a rien de plus démocratique et républicain qu’une station-service. ...

Indélébiles

Après la sidération racontée dans Catharsis vient le temps des souvenirs et de la nostalgie. Luz nous fait revivre les bons moments, la grande époque de la rédaction de Charlie Hebdo. Des moments qu’il évoque en se mettant en scène lors d’une nuit d’insomnie, sous un trait différent réalisé au pinceau. Tous les collaborateurs du journal sont très bien croqués – il faut dire qu’il les connai[ssai]t par coeur et qu’il avait dû les dessiner un nombre incalculable de fois. Dans le lot, et même si ce n’est pas le seul, Cabu rendu en quelques traits est génial. Son statut de papa de la rédaction, de mentor de Luz, le respect que les autres ont pour lui, n’en est que plus émouvant. ...

19 nov. 2022 ·  BD  ♥

L’hiver du mécontentement

Ce livre qui se déroule durant l’hiver 1978-79, malgré ses près de 45 ans, est plus que jamais d’actualité. C’est la phase IV du plan de lutte contre l’inflation qui a atteint 16% l’année précédente. En 1979, c’est la dame de fer Margaret Thatcher qui a pris en main cette situation catastrophique et a redressé le pays à marche forcée. Now is the winter of our discontent. Durant cet hiver 2022-23 l’Angleterre, en proie aux mêmes maux, aurait pu être sauvée par une autre femme providentielle, Liz Truss, mais elle restera célèbre pour avoir été la première ministre la plus éphémère (50 jours), la dernière à avoir exercé son mandat sous le règne de la reine Elizabeth II et la première sous celui de son successeur Charles III – beaucoup de records. ...

Amalia

J’aime beaucoup Aude Picault – d’habitude quand je commence comme ça, ce n’est pas bon signe –, et j’ai suivi assez assidûment depuis des années son travail. Ce n’est pas un travail autobiographique à proprement parler, mais il s’inspire de ses expériences et de ses préoccupations du moment – ce qui est assez compréhensible. Je ne vais pas refaire toute l’histoire, mais j’en étais resté à l’évocation de la maternité dans Idéal Standard, ici elle s’intéresse à la phase d’après, la vie d’un couple d’actifs avec un enfant en bas âge et une ado à la maison – et toutes les joyeusetés qui vont avec. On a à peu près droit à tout – et à tous les clichés – la belle fille qui rêve d’être influenceuse, le petit enfant qui demande beaucoup d’énergie, le travail qui devient agile – youpi –, la libido qui décline et le tout qui mène invariablement à une grosse remise en question – pour ne pas dire une dépression ou un burn out. ...

4 nov. 2022 ·  BD

La mort d'un père

Et pour moi ? Qui papa avait-il été ? Quelqu’un dont je souhaitais la mort. Alors pourquoi toutes ces larmes ? Il y a des moments dans la vie qui marquent. Perdre son père, la figure de l’autorité, en est un. Il revêt peut-être une plus grande importance encore lorsque l’on est jeune homme et que l’on est, ou que l’on s’apprête à devenir, père soi-même. La vie est un combat – ou plutôt un compat comme le disais la grand-mère de l’auteur qui ne savait pas prononcer les b. Son combat Karl Ove Knausgard a choisi de le raconter au travers d’une série de six volumes. Il est inscrit roman sur la couverture, mais le personnage principal et narrateur portant le nom de l’auteur laisse peu de doute au fait que nous ayons à faire à une autobiographie. ...

La trilogie Nikopol

Je mets le nez dans une trilogie qui est considérée comme une oeuvre majeure d’un grand auteur de la BD, Enki Bilal. Ces images de la fille aux cheveux bleus et de dieux égyptiens ne m’étaient pas inconnues. Je les avais souvent croisées sur des affiches – j’en ai même revu une récemment sur une vielle photo sur laquelle je figurais –, sur les couvertures des différentes éditions à la bibliothèque ou dans les librairies. Mais à chaque fois je détournais le regard, je n’avais pas envie de me plonger dans cette histoire. Tout ceci ne m’attirait pas vraiment. Je trouvais le style un peu trop “Humanoïdes Associés” et je ne goûte pas trop cet univers SF particulier des ouvrages de la maison au style réaliste souvent gore – que les puristes me pardonnent, je ne sais pas l’exprimer autrement, punk peut-être et tout ceci n’est pas très objectif, mais c’est mon ressenti. Tout ça pour dire que lorsque j’ai emprunté cette intégrale à la bibliothèque je n’étais pas très enthousiaste. ...

29 oct. 2022 ·  BD

Une saison de machettes

Comment en suis-je venu à lire ce livre ? Ma première approche du génocide s’est faite par le biais du livre de Pierre Bayard, Aurais-je été résistant ou bourreau ? Dans ce livre, il examinait plusieurs phénomènes de tueries de masse dont celles du Rwanda, mais aussi celles perpétrés par le 101e bataillon de police de réserve allemande dont le comportement m’a fait penser à celui des Hutu et je ne suis pas le seul puisque Jean Hatzfeld y fait aussi allusion. Puis c’est la lecture de Goražde consacré à la guerre de Bosnie-Herzégovine – très proche d’un génocide – qui m’a fait repenser à ce sujet. Le livre est fait d’une alternance de chapitres consacrés aux témoignages des tueurs et de chapitres dans lesquels l’auteur fait part de ses réflexions, nous livre son analyse ou encore précise des éléments de contexte. Il est le second tome de la trilogie Récits des marais rwandais consacrée au génocide débutée par Dans le nu de la vie qui donnait la parole aux victimes et clôturée par La Stratégie des antilopes. ...

Les petits Monarques

Une BD post-apocalyptique pour enfant, quelle bonne idée ! Enfin, elle ne s’adresse pas qu’aux enfants, mais peut être lue par des enfants d’une dizaine d’années – on est quand même loin d’un Walking dead. Dans ce scénario de fin du monde, les gens meurent lorsqu’ils s’exposent trop longtemps au soleil. Pour survivre, ils se regroupent en communautés et se terrent dans des grottes, on les surnomme alors les enfouis. Mais Elvie et Flora n’ont pas abdiqué et on conçu un antidote et espère pouvoir trouver un jour un vaccin. La source de ces traitements est un papillon, le monarque qui a la particularité d’effectuer de longues migrations en traversant les États-Unis du nord au sud. ...

Beate et Serge Klarsfeld

Juste après avoir lu La disparition de Josef Mengele, cette BD consacrée au couple Klarsfeld m’est tombée entre les mains. Ce couple est formé de Serge, qui est un français dont le père a été déporté et tué, et de Beate, qui est une jeune allemande dont les parents on fermé les yeux devant les crimes nazis et même voté pour eux. Je suis désolée pour tout cela, Serge. Tu sais, chez moi à Berlin, on évitait de parler des actes du IIIe Reich. On vivait en se voilant la face et en se donnant bonne conscience. […] Ils n’étaient pas nazis, mais ils avaient voté pour Hitler comme les autres. ...

8 oct. 2022 ·  BD  ♥

Où es-tu, monde admirable ?

Je poursuis – et termine pour l’instant – ma période Sally Rooney en enchaînant après la lecture de Conversations entre amis, celle de son dernier livre, Où es-tu monde admirable ?. Il sont à la fois similaires et bien différents. Du coté des similitudes, on retrouve le quatuor de personnages, l’amitié à la frontière de l’amour et du sexe, le personnage de l’écrivaine, la génération des personnages et l’époque dans laquelle ils vivent. Et j’oubliais le communisme. Pourquoi, cette vielle doctrine se retrouve-t-elle dans les livres de l’autrice irlandaises, reviendrait-elle à la mode ? ...

Wollodrin T1-2

Lorsque je vais à la bibliothèque je jette toujours un regard dans les rayons en quête d’une petite série de fantasy – certainement un réflexe lié à la nostalgie de la lecture de Lanfeust. Je suis souvent déçu, mais je ne prends pas grand risque à emprunter des livres à la bibliothèque. C’est surement pour cela que je me suis laissé tenter par ces deux premiers tomes de Wollodrin. Pourtant, en les feuilletant, les dessins ne me plaisaient guère, du classique pour le genre enlaidi par une mise en couleur tout sauf subtile réalisée à grands coups de textures. Bref, je ne partais pas confiant, mais l’envie de plonger dans une aventure – avec un grand “A” – sans trop me prendre la tête l’a emporté. ...

28 sept. 2022 ·  BD

La Contrevie

Dernier tome de Zuckerman avant les volumes rassemblés dans le Quarto1. Comme souvent chez Philip Roth, le sexe et la religion sont les sujets prédominants. Je me disais, conformément à ma pente naturelle, s’il y a un dieu qui joue un rôle dans notre monde, je veux bien bouffer tous les chapeaux de cette ville – et cependant je ne pouvais me défendre d’être pris aux tripes par ces adorateurs de la pierre qui incarnaient pour moi ce qu’il y a de plus effroyablement attardé dans l’esprit humain. ...

Conversations entre amis

Nous avions élaboré une blague là-dessus, qui pour tout le monde – à commencer par nous – était incompréhensible. Qu’est-ce donc vraiment qu’un ami ? Demandait-on avec humour. Qu’est-ce donc vraiment qu’une conversation ? J’ai aimé ce roman d’une façon irrationnelle. Je ne suis pourtant pas le coeur de cible – je ne parle que de l’âge – et pourtant j’ai été sensible à tous les personnages qui composent ce quatuor amoureux très intellectuel. Je me rends compte que je n’ai pas trop de références pour en parler, ou alors toujours la même qui me vient à l’esprit – désolé –, usée jusqu’à la corde, Bret Easton Ellis – là je suis plus dans le coeur de cible. Il y a une certaine similitude avec des livres comme Moins que zéro ou Les lois de l’attraction des romans de fin d’adolescence, d’entrée dans l’âge adulte – la drogue et la paranoïa en quantité bien plus limitées quand même. Autres temps, autres mœurs, au lieu d’être immergé au sein d’un groupe des années 90, c’est trente ou quarante ans plus tard, les comportements et les préoccupations ont changé. Allez, je lâche le mot que l’on entend toujours lorsque l’on parle de Sally Rooney, les milléniaux (millennials), ils ont remplacé l’ancienne génération et ont évidemment leurs préoccupations, leur mode de vie, connaissent pour certains ces moments difficiles qui marquent l’entrée dans l’âge adulte. Au sein de ce groupe, la frontière entre amitié et amour est floue et mince, le roman tourne beaucoup autour de cette notion, la monogamie ne semble plus être qu’un vestige du passé. ...

Le Marquis d'Anaon T1

On raconte que ma venue sur l’île n’était pas le fruit du hasard, que j’ai répondu à l’appel des âmes tourmentées […] Je les ai entendues m’appeler “le marquis d’Anaon”. Le marquis des âmes en peine. Jean-Baptiste Poulain peut rejoindre la longue lignée des enquêteurs du paranormal. Ils sont légion en BD comme ailleurs. Plusieurs me viennent à l’esprit comme le Professeur Bell de Joan Sfar, inspiré de l’univers de Sherlock Holmes, ou encore dans un tout autre style le Hellboy de Mike Mignola et ses collègues du B.P.R.D. On connaît le talent de Fabien Vehlmann au scénario et celui de Matthieu Bonhomme aux dessins et leur collaboration donne une série indémodable à l’ambiance terrifiante – il n’y a pas d’autres mots, mais il faut dire que je suis assez trouillard. ...

13 sept. 2022 ·  BD

Tchétchénie, An III

Jonathan Littell, l’auteur du roman Les Bienveillantes, a travaillé pour l’organisation humanitaire Action contre la Faim en Tchétchénie. An III, si l’on en doutait désigne la troisième année du règne – appelons ça comme ça – de Ramzan Kadyrov qui a succédé à son père Akhmad Kadyrov après qu’il a trouvé la mort dans un attentat. La Russie – enfin Vladimir Poutine – semble avoir trouvé avec Ramzan un compromis qui ne satisfait personne, mais qui arrange tout le monde tant qu’il parvient à tenir les indépendantistes. ...

Sapiens T1

Je parle ici de l’adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Yuval Noah Harari, enfin d’une partie puisque ce n’est qu’un premier tome intitulé La naissance de l’humanité. Pour commencer l’adaptation est magistrale. Je n’ai pas lu le livre – c’est pour ça qu’il existe des versions BD –, mais il semble évident que la bande dessinée ne se contente pas d’illustrer l’essai, mais constitue une complète mise en scène du livre construite spécifiquement pour le passage sur ce médium. Et on constate tout de suite le soin apporté à cet aspect, les codes et les possibilités de la bande dessinée sont exploités à fond et souvent très à propos ce qui rend la lecture à la fois agréable et facile à appréhender. Bravo aux auteurs d’avoir réalisé ce projet et d’avoir ainsi rendu accessible cet essai à un plus grand nombre de lecteurs de tous âges. ...

5 sept. 2022 ·  BD  ♥

Clara et la Pénombre

Je n’avais plus lu José Carlos Somoza depuis la Caverne des idées – ça remonte à quelques années. Même s’il ne fait pas partie d’une collection “noir”, je classe ce roman dans le genre “roman noir” – et là aussi ça faisait longtemps. Somoza aime creuser le sillon d’un sujet complexe et original. Quand nous mûrissons, nous comprenons enfin que la vérité est un point intermédiaire. C’est comme si nos yeux s’accoutumaient à la vie. Nous comprenons que le jour et la nuit, et peut-être la vie et la mort, ne sont que des degrés d’un même clair-obscur. Nous découvrons que la vérité, la seule qui mérite ce nom, est la pénombre. ...

Fungirl

Autant je dois bien avouer avoir accroché à l’humour plus que limite de Megg, Mogg & Owl dans Zone de crise autant là ça n’a pas été le cas. Mais alors pas du tout, j’ai dû me forcer pour terminer ce one shot – je sais ce n’est pas bien, en même temps c’est assez rapide à lire. Rien ne m’a plu, ni l’histoire – il n’y en a pas, mais ce n’est pas très grave, c’est le principe –, ni les personnages – un trio amoureux loin d’être convaincant – ni les dessins – le parti pris est original, mais le résultat décevant –, ni les dialogues – je n’ai pas esquissé le moindre sourire. C’est un enchaînement de transgressions qui n’ont d’autres intérêts que de transgresser. ...

26 août 2022 ·  BD