Millenium T1

Je ne sais pas ni pourquoi ni comment – certainement l’esprit de contradiction – j’avais échappé à vague d’enthousiasme qui a touché la France lorsque Actes Sud a publié la trilogie de Stieg Larsson. Le fait est qu’une vingtaine d’années plus tard, en quête d’un bon polar, je me suis dit “pourquoi pas” et je n’ai pas été déçu. On entre vite dans l’histoire et la lecture est plaisante, le roman est peut-être un peu long – mais c’est un mauvais reproche. ...

T’zée

Je suis le travail de Brüno depuis ses débuts avec des BD comme Nemo ou Inner City Blues. Son dessin au fil des années a conservé ses caractéristiques que l’on pourrait résumer à un style minimaliste et un peu abstrait avec des personnages qui ont de vraies gueules, pour le dire simplement on sait tout de suite qu’il est l’auteur d’un dessin. Dans cette nouvelle parution, son dessin s’est affiné tout en conservant son style caractéristique, si on ajoute à cela une palette de couleur choisie avec goût, le résultat est splendide. On en prend plein les yeux et on est immédiatement plongé des années en arrière au coeur de l’Afrique. ...

27 nov. 2024 ·  BD  ♥

L’Amérique m'inquiète

Je connaissais le Jean-Paul Dubois romancier et j’ai découvert le chroniqueur / journaliste. Le point commun entre les deux ? Une écriture qui coule toute seule et un petit côté facétieux bien sympathique. Dans les années 90-2000 il a sillonné les États-Unis. Ses chroniques ont été publiées par Le Nouvel Observateur et rassemblées ici en une seul volume qui constitue une sorte d’intégrale regroupant L’Amérique m’inquiète et Jusque-là tout allait bien en Amérique. Ce livre est donc au journalisme ce que le recueil de nouvelles est au roman. ...

Anonymous

[…] refus de laisser l’État espionner ses citoyens, refus de laisser la grande entreprise marchandiser les communications personnelles et manipuler les désirs des gens, refus de tirer profit du travail d’autrui … des refus qui visent essentiellement à empêcher une idée formidable de s’évanouir: nous sommes anonymes et avons le droit de l’être. Gabriella Coleman est une ethnologue dont la spécialité est le cyberactivisme. Elle s’est donc intéressée – de très près – au groupe de hackers Anonymous qui est connu du grand public grâce à leur principal signe distinctif, le masque de Guy Fawkes porté par V, le héros anarchiste de V pour Vendetta1. ...

Rocky, dernier rivage

Un rêve de survivaliste. Une maison isolée sur une île bénéficiant de tout le confort moderne du jacuzzi en passant par le home cinema alimenté par des pétaoctets de films, de musique et de livres électroniques sans oublier de la nourriture et de l’alcool en quantité suffisante pour tenir plusieurs années. Un privilège réservé aux ultra-riches comme Fred qui a pu se payer cette prestation incluant le transport sur place alors que l’humanité était à l’aube de l’extinction. Évidemment, tout ne se passe pas comme prévu pour cette famille de réfugiés et pour le couple de domestiques qui les assiste. ...

La stratégie des antilopes

Une cohorte de prisonnier quitte la prison de Rilima après sept années de captivité. Il [un communiqué présidentiel diffusé à la radio] annonçait la libération d’une première vague de quarante mille détenus, tous de grands tueurs condamnés pour génocide, dans six pénitenciers à travers le pays. Plusieurs années après les événements qu’il a raconté dans ses deux précédents livres (Une saison de machettes et Dans le nu de la vie), Jean Hatzfeld a souhaité revenir sur le territoire du génocide pour rendre compte de la réintégration des génocidaires dans la société rwandaise. Difficile d’imaginer qu’un tel évènement puisse bien se passer, mais le gouvernement semble avoir considéré qu’il n’avait pas le choix, le pays ne pouvait pas continuer à vivre avec une importante partie de sa population purgeant sa peine au sein des prisons au lieu de cultiver la terre. ...

Powers T1

Un petit revival, ça fait du bien de temps en temps. Cette fois j’ai jeté mon dévolu sur Powers – j’ai une édition Semic qui tombe en lambeaux. C’était l’époque des crossovers entre l’univers des super-héros et celui du polar. Les scénaristes avaient peut-être le désir d’ajouter de la crédibilité et d’encrer leurs histoires d’encapés en ajoutant une bonne dose de flics et c’est pas les références qui manquent puisque ce registre a rempli des étagères de littérature américaines et a donné naissance à des heures et des heures de séries télé. A ce petit jeu, Watchmen a lancé un très gros pavé dans la mare en marquant le territoire et en restant encore aujourd’hui une référence dans le domaine. Mais d’autres auteurs on suivi ce filon. Parmi eux, Brian Michael Bendis sort incontestablement du lot et la série Powers est emblématique de son travail. ...

21 sept. 2024 ·  BD

Le secret de la force surhumaine

Ce volume est le troisième opus autobiographique après Fun Home et C’est toi ma maman ? Alison Bechdel a atteint la consécration grâce à cette série et elle revient d’ailleurs sur ce succès ici. Dans ce livre, elle creuse le même sillon, celui de sa vie, mais en braquant la focale sur elle et son étrange passion pour le sport qu’elle pense être liée à sa quête de la force surhumaine. Le livre est découpé en chapitres qui couvrent chaque décennie de son existence, jusqu’à ses soixante ans. Elle revient sur ces périodes de sa vie et s’interroge sur son propre comportement. Le sport est le fil rouge puisqu’il revêt plusieurs sens, il est un marqueur de son état d’esprit du moment. ...

15 août 2024 ·  BD

Terrarium T1

Yuna Hirasawa nous invite dans un gigantesque urbex1 futuriste au sein d’un monde où les hommes et les robots cohabitent. Ce monde porte le nom d’arcologie – J’ai appris l’existence de ce concept, mêlant architecture et écologie, en lisant la postface de l’auteur2. Structure d’habitation gigantesque dont le cycle de production et de consommation, de ressources comme d’énergie, est complètement autonome, lui permettant de fonctionner sans apport de l’extérieur. Une jeune fille et son frère robot explorent ce monde crépusculaire à la recherche des derniers robots, pour en extraire le noyau dans le but de recomposer une clé et de retrouver leur mère. Cet univers sur le déclin est superbe et, dans ce monde qui s’éteint, les deux protagonistes insuffle de l’humanité. L’intrigue n’est pas palpitante, mais ce manga post-apocalyptique mignon en quatre tomes vaut pour son univers et sa poésie. ...

23 juil. 2024 ·  BD

Richie

Richard … Vous voulez en dire du mal ou du bien ? Parce qu’il y a matière à en faire un démon ou un saint, vous savez ! Richie est le surnom affectueux que donnait les étudiants de Sciences Po à leur directeur bien aimé Richard Descoings. Jamais on a avait vu directeur d’école adulé comme une rock star et il y avait des raisons à cet amour. Homosexuel et militant de la première heure pour l’association AIDES, il était un fêtard invétéré. Un profil atypique pour un haut fonctionnaire ayant fait Sciences Po et l’ENA qui passait ses nuits dans les boîtes mythiques de la capitale: Le Queen, Les Bains Douches, Le Palace – elles ont toutes fermées leur porte – qui troquait au petit matin son pantalon en cuir et son t-shirt contre un classique costume-cravate pour rejoindre une réunion au sein d’un cabinet ministériel. Mais être anticonformiste ne suffit pas à faire de vous une idole, surtout auprès d’une population aussi exigeante, il faut obtenir des résultats. Il a réformé profondément cette école ancrée dans la plus grande tradition française pour en faire une institution au rayonnement international sur le modèles des grandes universités anglo-saxonnes comme Oxford ou Harvard. ...

Frontier

Je suis tombé sous le charme de cet univers et des dessins dès les toutes premières pages – autant dire que la suite de cette note n’est pas objective. Commençons par là, les personnages semblent être tirés d’un jeu vidéo – ils sont trop mignons. Les décors sur les planètes, dans l’espace et surtout dans les différents vaisseaux et autres stations spatiales sont géniaux. Il démontre une inventivité, un bon goût couplé à un souci du détail qui est de l’ordre du perfectionnisme voire de l’obsession. Le résultat est époustouflant, on en prend plein les yeux et on peut s’arrêter de longs moments sur une case pour en apprécier le raffinement. ...

17 mai 2024 ·  BD  ♥

It’s Lonely at the Centre of the Earth

Encore une BD plus qu’autobiographique, autocentrée. C’est vrai que l’on pense en ouvrant cette BD à d’autres récits consacrés aux troubles psychologiques comme le récit de sa bipolarité que fit Ellen Forney dans Une case en moins, mais aussi au Nao de Brown pour la finesse des dessins et la fragilité du personnage. Alors quoi de neuf ici ? Un récit de dépression dont souffre l’autrice depuis l’enfance et des efforts faits pour vivre avec. ...

14 avr. 2024 ·  BD

Les altruistes

Pour commencer je dois avouer que je suis un très bon client des romanciers américains dans le style – pour simplifier – de Jonathan Franzen. Je parle d’histoires contemporaines, souvent des histoires de famille ou des histoires d’amour. J’ai découvert Andrew Ridker à l’occasion de la sortie récente de son dernier roman – que j’ai bien envie de lire –, Hope. Les altruistes est son premier roman et on est clairement dans l’histoire familiale ou comment les traumatismes se transmettent de génération en génération. Il reprend le thème du péché originel qui, bien enfoui au tréfonds des consciences, pourrit lentement avant d’exploser au grand jour. Au passage, le patriarcat en prend un bon coup. Le livre sur ce point, mais aussi plus généralement, est drôle et très second degré. ...

Sambre

Alice Géraud nous raconte une sordide histoire de viols. Un homme a sévi pendant des dizaines d’années autour de la Sambre dans le nord-est de la France. C’était à une époque où les tueurs et les violeurs en série ne remplissaient pas encore les écrans télé – c’était avant les affaires Marc Dutroux, Michel Fourniret et Guy Georges. Les profilers, l’analyse des données, le bornage téléphonique et la police scientifique n’existaient pas encore. Mais est-ce vraiment une excuse ? Ce qui semblait occuper les enquêteurs à cette époque préhistorique par rapport à la révolution #MeToo était plutôt la guerre entre la police et la gendarmerie et la tendance à minimiser le sort de victimes quand ce n’était pas les culpabiliser pour leur comportement ou leur tenue. ...

Le père Goriot

Je possède ce Folio depuis que l’on m’a demandé de l’acheter dans le cadre des cours de Français au collège – ou au lycée. A l’époque, je ne l’avais pas lu, seulement certaines parties – le strict minimum. Depuis, de temps en temps, il se rappelait à moi et j’ai enfin sauté le pas. Il n’y a pas de principes, il n’y a que des évènements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les évènements et les circonstances pour les conduire. ...

Kill It with Fire

L’exergue du livre donne le ton. We build our computer systems the way we build our cities: over time, without a plan, on top of ruins. Au début j’étais dubitatif en lisant le résumé sur l’histoire d’UNIX/Linux et sur celle des langages de programmation, mais c’était une façon d’introduire des concepts. Ensuite, le livre prend de l’ampleur. Marianne Bellotti nous fait partager son expérience concernant la modernisation des systèmes, elle a beaucoup travaillé sur ces applications que l’on nomme legacy – une appellation à double sens. Elle parait énoncer pas mal de généralités qui sont du bon sens, mais elle a raison, parfois le bon sens ne s’applique pas à l’informatique. ...

Un week-end dans le Michigan

Premier livre de la tétralogie qu’a consacré Richard Ford à son héros Frank Bascombe, l’écrivain devenu journaliste sportif – et pas l’inverse. Il date un peu, mais cette série, qui porte le nom de son héros, est considérée comme une pièce maîtresse de l’auteur américain. Ce côté un peu daté ne m’a pas gêné, c’était une autre époque qui a ses codes et ses conventions. Frank n’a pas été épargné par la vie, mais il est parvenu à surnager. Il se satisfait de son métier qui semble être un pis-aller à celui d’écrivain et tente de retrouver l’âme soeur. Au travers des rencontres de son personnage, Richard Ford veut explorer la vie des hommes dans ce pays, à cette époque. Il partage avec son héros une préférence marquée pour la ruralité. ...

Exorcisme

Gérald Bronner est un sociologue reconnu, il s’est même récemment vu confier une mission par l’Élysée connue sous le nom Les Lumières à l’ère numérique – ou plus prosaïquement commission Bronner. Dans ce livre, il revient sur sa jeunesse à Nancy. Enfant de la classe populaire, il a frôlé la délinquance avant d’être détourné de ce chemin et guidé vers des mondes mystérieux par un oncle taciturne qui ne sortait jamais de son appartement rempli de livres. Cette initiation a donné lieu à la formation du C.E.R.F., le rétroacronyme – puisqu’il a un double sens – de “Chercheurs En Réalisme Fantastique” qui réunissait tout ce que la ville de Nancy comptait d’enthousiastes pour la féérie, le mystère, le caché, en somme tout ce qui n’était pas la vie plate et ennuyeuse. Le Seigneur des anneaux et Le Matin des magiciens – sous-titré Introduction au réalisme fantastique – étaient leurs livres de chevet. ...

Slava T1

Pierre-Henry Gomont est l’un de nos grand auteurs de BD. Il a tellement de talent et sait tellement bien incarner ses personnages qu’il parvient à déranger le lecteur. C’est ce qu’il m’est arrivé en lisant Malaterre, j’ai tellement ressenti la toxicité du père que j’ai eu du mal à terminer le livre. Ici rien de tel, dans cette Russie entre deux mondes où nouveaux capitalistes rime avec banditisme, l’auteur fait se rencontrer un groupe de personnages qui a du potentiel. Dans ces eaux troubles ils évoluent dans un mélange d’aventure, d’humour et d’émotion. Les dialogues sont savoureux et les récitatifs sont bien écrits, il en va de même pour le scénario. ...

18 janv. 2024 ·  BD  ♥

City on fire

Je ne sais pas pourquoi je me suis mis en tête de lire ce roman et encore moins de le terminer – je me souviens d’avoir fait le même genre de bêtise il y a des années avec un autre défi lancé aux lecteurs les plus patients, Jonathan Strange & Mr Norrell. Il est vrai que j’apprécie tout particulièrement la littérature américaine, mais là quand même près de 1000 pages dans un style très classique – pour ne pas dire ennuyeux – ça s’apparente à du masochisme. L’auteur, Garth Risk Hallberg, par cette allusion semble s’amuser de son style à rebours de la tendance – un peu d’autodérision, ça ne peut pas faire de mal. ...