Dune

Dune, le grand oeuvre de Frank Herbert est certainement, avec Hypérion1 et Fondation, l’un des romans les plus connus de la science fiction. Comme il date de 1965, on peut le considérer comme un classique du genre. Et c’est peut-être la première chose qui frappe en lisant ce livre. Il n’a rien d’un classique, il n’est pas du tout daté dans sa forme et même étonnamment d’actualité sur le fond puisqu’il aborde des thèmes aussi contemporains que l’écologie, la géopolitique de l’accès aux ressources et les guerres, dont le djihad – ce sont aussi malheureusement des sujets qui ont tendance à rester d’actualité quelque soit l’époque. ...

L’arabe du futur T2-3

Passée la surprise du premier tome, on se penche plus en détail – j’aurais pu dire plus sereinement, mais je ne sais pas si c’est vraiment le cas – sur la vie quotidienne en Syrie, et notamment sur son système éducatif, c’est-à-dire plus prosaïquement l’école. Et c’est pour le moins surprenant voire choquant pour notre regard d’occidental – j’ai bien souvenir d’avoir entendu parler des coups de règle sur les doigts que les maîtres infligeaient parfois à la génération de mes parents, mais là on se situe un bon cran au-dessus me semble-t-il. Cette impression est largement partagée par la mère du jeune Riad qui semble avoir de plus en plus de mal à vivre dans ce pays si différent du sien. Pourtant le père de Riad, Abdel, s’échine à améliorer le quotidien et tente de le rendre plus agréable ou supportable pour sa famille. Même les visites sur le site antique de Palmyre et les vacances au bord sur la cote à Lattaquié ne sont qu’un palliatif et ne suffisent pas à compenser le confort rudimentaire du village de Ter Maaleh où vivent les Sattouf. ...

29 août 2020 ·  BD

UNIX

Comme l’indique le sous-titre A History and a Memoir il s’agit pour Brian Kernighan – le K du célèbre K&R – de rédiger un livre de souvenirs qui tient lieu à la fois d’histoire d’Unix – ou UNIX. C’est aussi à l’inverse un livre sur l’histoire d’Unix qui contient des anecdotes sur cette aventure et sur sa matrice, le Bell Labs et son fameux département 1127. Kernighan insiste d’ailleurs beaucoup tout au long du livre sur l’importance de cette structure et des personnes qui y ont été rassemblées. C’est-à-dire sur l’aspect organisationnel et collaboratif. Les membres de ce département formaient ce qui est appelé une jelled team dans le livre Peopleware et Brian Kernighan semble être du même avis que les auteurs de ce livre pour dire que ces liens ne se nouent pas de façon artificielle. ...

Le Troisième Testament

La parole de Dieu ! Non plus interprétée par l’Homme, mais littérale ! Dictée dans les mots qui ont suscité toutes choses ! Ces mots qui ont exilé Adam et béni Abraham. Ces mots qui se gravent dans la roche et commandent aux Hommes. Un verbe tout-puissant, le Troisième Testament ! Je ne sais pas si cette série a inauguré le genre ésotérique – que j’appelais aussi mystico-religieux – en bande dessinée, mais elle en est sans aucun doute une des meilleures représentantes. Suite à la parution du premier tome en 1997, d’autres séries de qualité ont été publiées dans son sillage comme Le Décalogue1 ou encore Le Triangle secret. Le Troisième Testament semble être inspiré, ou en tout cas partage de nombreux points communs, avec Le Nom de la rose2 adapté au cinéma en 1986. Les thèmes sont très proches, les deux histoires se déroulent à la même époque, et le design des personnages a un air de ressemblance avec la distribution du film tant on croit reconnaitre Sean Connery en Conrad de Marbourg et F. Murray Abraham en Bernardo Gui – c’est le rôle qu’il tenait dans le film. C’est ce dernier personnage d’inquisiteur qui m’a mis la puce à l’oreille car je ne savais pas, avant de m’y intéresser, que ce livre regorge de personnages réels ou, pour être plus précis, de personnages s’inspirant de personnages ayant existé. Pour plus d’information, je vous renvoie à l’article de Wikipédia consacré à la série. Ajoutez à cela une jeune et jolie héroïne au décolleté plongeant à donner des sueurs à toutes les robes de bure aux alentours et une horde stylisée et vous obtenez un panel de personnages qui tient largement la route. Un dernier mot sur l’esthétique – j’englobe en disant cela les dessins ainsi que les choix artistiques – qui est l’un des atouts de la série, il n’y a qu’à observer la couverture des albums pour s’en convaincre. Malgré la vingtaine d’années qu’ils accusent, les dessins, sublimés – je pense – par de la couleur directe, restent un des atouts de la série et proposent quelques décors somptueux comme la lugubre et impressionnante île forteresse de Stornwall. ...

13 août 2020 ·  BD

L’origine de la violence

Lorsque j’ai retrouvé ce livre dans ma bibliothèque, je ne me souvenais même pas de l’avoir acheté – ça commence à devenir grave – et je connaissais encore moins son auteur Fabrice Humbert. Mais le titre bien choisi m’a donné envie. Cette lecture a donc été une totale découverte pour moi. Il s’agit d’un autre roman sur la Shoah et sur le traumatisme subi par les générations suivantes, c’est-à-dire par les descendants des victimes. Je le rapproche un petit peu d’un roman célèbre, Le choix de Sophie1 de William Styron, d’ailleurs il est cité dans le livre. ...

En Russie

L’une des facettes d’Olivier Rolin est d’être ce que l’on appelle communément un écrivain voyageur, il a ainsi publié plusieurs volumes que l’on pourrait ranger dans la catégorie des récits géographiques. Parmi eux, En Russie a attiré mon attention. Olivier Rolin a un tropisme pour ce pays, ou plutôt pour cette vaste région du monde. Voici ce qu’il écrit à ce propos dans la préface à l’édition publiée dix ans après la première parution de son livre. ...

Deuxième génération

Ce roman graphique est un récit autobiographique d’un enfant de la deuxième génération autrement dit les enfants des survivants de la Shoah. Il s’inscrit donc dans la même veine que Maus1, filiation que l’auteur revendique de façon explicite puisqu’il raconte même avoir essayé en vain de le faire lire à son père. À la différence de son illustre aîné qui abordait les deux époques (le passé dans les camps et l’après, la génération du fils), ce livre se concentre exclusivement sur la vie après les camps. Ou comment construire une famille lorsque la sienne a été décimée par les nazis. Les scènes du passé ne sont évoquées qu’à l’occasion d’histoires racontées par le père de l’auteur. ...

19 juin 2020 ·  BD

La Saga de Grimr

Une saga (mot islandais, pluriel sögur) est un genre littéraire développé dans l’Islande médiévale, aux xiie et xiiie siècles, consistant en un récit historique en prose, ou bien une fiction ou légende. – Wikipedia C’est par un retour aux sources sur le sol de feu de glace islandais au Moyen Âge que Jérémie Moreau a souhaité livrer sa saga. Ce qui est intéressant dans son approche c’est qu’il n’utilise pas un personnage existant, mais en crée un de toute pièce. Son destin est intimement lié à celui de sa terre natale et à ce qui en est l’une des particularités les plus notables, ses volcans. Comme eux, il est doté d’un tempérament bouillonnant et imprévisible. Il personnifie l’Islande, sa chevelure rousse flamboyante et sa force hors du commun en sont la parfaite illustration – il est comparé à la créature des légendes scandinaves le troll. ...

20 mai 2020 ·  BD

Le Grand Mort

Le grand mort est une série de bande dessinée en 8 volumes qui avait démarré en 2007 et vient d’être conclue l’année dernière, en 2019. J’ai eu la change de pouvoir les lire d’un trait ce qui permet de s’immerger dans l’histoire sans avoir à attendre plus d’une année entre chaque tome. Cette lecture en continue m’a permis d’effectuer une première constatation, en plus d’une dizaine d’années le changement dans les dessins n’est pas flagrant. Ils se sont certes affinés un peu avec le temps, mais à la marge, le tout restant très cohérent. Je commence en parlant des dessins car leur qualité constitue une porte d’entrée des plus accueillantes vers cette oeuvre. Même s’ils ne sont pas de Loisel ils sont tout à fait dans son style – le personnage de Gaelle est typique, elle ressemble un peu à la jeune Mara de La quête de l’oiseau du temps. Ils sont conventionnels – dans la sens ou ils devraient plaire au plus grand nombre, très travaillés et de grande qualité. Des couleurs vives, mais naturelles (utilisation de la couleur directe) viennent parachever ce travail visuellement extrêmement attractif. ...

11 avr. 2020 ·  BD

American Tabloid

James Ellroy s’intéresse aux évènements qui animèrent les deux faces – pas si antagonistes que ça – de l’Amérique, la politique et la mafia, entre les 22 novembre 1958 et 1963. Pendant ces 5 années il va se passer beaucoup de choses et Ellroy nous les raconte à sa façon dans un mélange de dialogues qui semblent pris sur le vif et de reproductions de divers documents: rapports, correspondances, retranscriptions d’écoutes téléphoniques, etc. Comme souvent chez lui c’est très dense et un peu difficile à suivre, disons qu’il faut s’accrocher. J’ai eu la chance d’avoir vu, juste avant de démarrer la lecture, le film The Irishman the Martin Scorsese qui se déroule à la même époque et qui a en commun avec ce livre l’un des personnages réel, James Riddle Hoffa. Car ce roman – comme la plupart des autres romans d’Ellroy me semble-t-il – a la particularité d’entremêler des personnages réels Jimmy Hoffa donc, les Kennedy évidemment mais aussi un Howard Hughes fatigué et le terrible et toujours en forme John Edgar Hoover et des personnages de fiction, il sont trois: le bon Ward Little, la brute Pete Bondurant et le truand Kemper Boyd. ...

La clé USB

J’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver Jean-Philippe Toussaint après toutes ces années – ma dernière lecture remonte au très bon La Télévision en 2013. Son écriture est toujours aussi agréable, du pur style Minuit, un comparse d’Echenoz. Ils ont un style similaire fait de ce minimalisme – peut-être moins flagrant chez Toussaint – qui caractérise la maison d’édition à l’étoile et d’une dose d’humour. Autre similarité entre les deux auteurs l’univers du polar ou de l’espionnage, qui est très présent chez Echenoz depuis ses débuts et qui est de retour dans ses derniers romans Envoyée spéciale et Vie de Gérard Fulmard, et qui sous-tend l’intrigue de ce dernier opus de Toussaint. J’utilise le terme avec prudence car il ne s’agit pas d’un polar, mais d’un livre qui se situe dans l’univers des romans d’espionnage. ...

Peopleware

Le jeu de mots qui compose le titre Peopleware livre la clé de cet essai. Le software (de la conception à la mise en production de logiciels) est avant tout une affaire de personnes. Les auteurs nous apprennent dès le début du livre que parmi toutes les observations qu’ils ont menées au cours de leur carrière, les échecs des projets ne sont jamais imputables – au moins en totalité – à des problèmes techniques. Il faut donc chercher les raisons des succès et des échecs ailleurs, c’est-à-dire dans les facteurs humains puisque l’on a affaire à des travailleurs intellectuels – on ne fait pas des cheeseburgers, c’est le titre d’un chapitre. Ces conseils tournent beaucoup autour du fait de mettre les développeurs au centre du dispositif car ils ont besoin des meilleures conditions pour effectuer le meilleur travail. Et c’est un vaste champ qui s’ouvre ici puisqu’il englobe entre autres: l’organisation, les conditions de travail, le bien être au travail, la créativité, la motivation, la qualité de ce qu’ils produisent qui valorise plus que tout autre chose le travail effectué. ...

Murena T1-4

La série Murena est devenue au fil des années un classique de la bande dessinée. Lorsque je l’ai emprunté à la bibliothèque, j’y allais un peu à reculons justement pour cette raison. Je préfère souvent l’originalité. J’ai donc été surpris d’être autant conquis par l’histoire. Il faut dire que de ce côté là, il y a de la matière puisque la série est consacrée à l’Empire romain. Plus précisément au règne de l’un des empereur qui a le plus marqué cette période, Néron. Le premier tome relate la fin de l’Empereur Claude et les évènements qui vont mener au couronnement de Néron. ...

2 févr. 2020 ·  BD

L’Affaire des affaires

Je me souviens très bien avoir emprunté à la bibliothèque gérée par le CE de mon premier employeur un titre qui m’avait intriqué, La Boîte noire1. Je ne savais pas du tout ce qu’il y avait à l’intérieur – je m’étais dit que ça devait être le concept. Et j’ai découvert un univers extrêmement complexe que je ne connaissais pas du tout – mais alors pas du tout. Il était question de flux financiers entre des comptes hébergés un peu partout autour du globe, des listings, du blanchiment d’argent. J’étais loin de tout cela, ma seule connaissance était l’informatique – c’était déjà mieux que rien. Mais je me souviens d’avoir paradoxalement été attiré par cette complexité, par cet univers. Ce travail de fourmis de David contre Goliath était l’oeuvre d’un journaliste dont le nom sera pour toujours associé à la société Clearstream, Denis Robert. ...

22 déc. 2019 ·  BD

L’Ère de l’égoïsme

Voilà une BD à ranger dans la série des BD d’économie au côté de La survie de l’espèce et de la référence dans le domaine Economix1. L’Ère de l’égoïsme est moins générale que les deux références citées puisqu’elle s’intéresse plus particulièrement à une évènement récent connu sous le doux nom de crise des subprimes. Le TARP [Le plan Paulson] injecterait des liquidités dans le système bancaire, tout en assainissant les comptes des banques en rachetant les actifs toxiques tant redoutés. Et donc, sans supervision du Congrès ni examen judiciaire, c’est en fin de compte le contribuable américain qui fit les frais de l’incompétence et de la malhonnêteté colossale de l’industrie financière. ...

14 déc. 2019 ·  BD

Pauvre Verdurette

C’est l’histoire d’une grenouille qui aimait les histoires, les histoires de grenouilles. Elle était bien placée pour le savoir puisque sa propre cousine avait voulu devenir plus grosse que le bœuf. Mais l’histoire de sa cousine ne se terminait pas très bien et la plus populaire de la mare restait celle du fameux prince charmant qui d’un baiser pouvait transformer une verte grenouille en une magnifique princesse. Alors, après avoir attendu, elle partit à sa recherche. ...

Phénomènes naturels

Il y a toujours un peu de méfiance lorsqu’un ouvrage publié en 1992 n’est traduit que plus de 25 ans après. Cette méfiance est encore plus légitime lorsqu’il s’agit d’un des auteurs les plus bankable d’une maison d’édition, auteur de nombreux best sellers: Jonathan Franzen. Deuxième alerte, j’avais entendu des critiques pas très positives qui pointaient l’une des erreurs les plus répandues chez les jeunes auteurs – Franzen était un jeune auteur à l’époque même si on peine à l’imaginer – le fait de mettre trop de choses dans ses romans, autrement dit d’en faire trop ou de vouloir trop en faire. ...

Young Frances

Je suis tombé sur ce livre en parcourant une liste des meilleures BD et j’ai craqué sur les dessins – la ligne claire, mon point faible. Ici elle est pure et moderne, dépourvue de couleur, ce qui est très bien puisqu’elle se suffit à elle-même. Les deux personnages féminins colocataires m’ont immédiatement fait penser à Strangers in Paradise. Les dessins, même s’ils ne sont pas comparables, ne sont pas étrangers à cette association de pensées. ...

16 nov. 2019 ·  BD

Moins que zéro

Si j’en crois la date inscrite au crayon sur la dernière page du livre, ma précédente lecture de ce roman date de 2005 – je ne pense d’ailleurs ne pas l’avoir apprécié à sa juste valeur à l’époque. C’était déjà quasiment une vingtaine d’années après sa sortie, Bret Easton Ellis n’avait alors que 21 ans. J’ai décidé de le relire pour plusieurs raisons. La première est liée à la couverture médiatique dont a bénéficié l’auteur à l’occasion de la parution de son dernier livre, White, cette année. La deuxième est que j’ai pour projet de lire Suite(s) impériale(s) qui se déroule 25 après les évènements de Moins que zéro. ...

The Devops Handbook

S’il n’y avait qu’un livre sur le DevOps à lire – et il faut en effet n’en lire qu’un seul, la vie est trop courte – ce serait celui-là. Enfin non ce n’est pas vrai, je dis déjà des bêtises, si on a un peu de temps et que l’on travaille dans ce domaine, il faut aussi lire Site Reliability Engineering1. Ce Devops Handbook n’est pas passionnant à lire – on ne peut pas dire que ce soit la grosse poilade –, mais ce n’est pas ce que l’on attend d’un tel livre. Si on cherche une introduction plus divertissante sur ce sujet, il faut lire son pendant en roman. Ecrit par les mêmes auteurs, il a précédé la parution de cet opus technique et a connu un succès retentissant, le désormais célèbre: The Phoenix Project2. ...