Moi, Charlotte Simmons

Je ne sais pas pour quelle raison, mais je suis un grand fan d’un sous-genre littéraire – ce n’est pas péjoratif – relativement confidentiel portant le nom de campus novel et qui désigne – comme son nom l’indique – un roman se déroulant au sein d’une université. Je pense que tout a commencé avec les romans de David Lodge, la Trilogie de Rummidge, puis avec le livre de Donna Tartt Le maître des illusions, s’est poursuivi avec Le roman du mariage qui n’est pas dans le canon, mais s’en approche. Avec Moi, Charlotte Simmons par contre on est en plein dans l’archétype et c’est le grand Tom Wolfe qui s’y colle. Le dandy a promené son costume blanc sur les campus – il n’a pas dû passer inaperçu – afin de collecter, comme à son habitude, le matériel nécessaire à l’écriture de son livre. ...

Des raisons de se plaindre

La quatrième de couverture donne – pour une fois – une indication intéressante ne gâchant pas le plaisir de lecture. La gent masculine, voilà le sujet des nouvelles qui composent Des raisons de se plaindre. Leur petites lâchetés, leur mauvaise foi, leurs erreurs et leurs errances. Leurs soucis d’argent, leurs peines de coeur et leur compétition sexuelle… mais aussi leur charme, leur maladresse. On n’aimerait pas forcément croiser ces personnages dans la vraie vie. Mais l’humour et la cocasserie les rachètent. En somme, ils nous ressemblent. ...

C’est toi ma maman ?

J’avais été impressionné et plus que ça par la lecture de Fun Home d’Alison Bechdel. J’avais trouvé, et je trouve encore, que ce livre fait partie des très grandes bandes dessinées et des toutes meilleures dans le genre autobiographique. C’est pour cette raison que j’étais enthousiaste à l’idée de lire la suite, *C’est toi ma maman * avec laquelle ils forment un diptyque l’un consacré au père et l’autre à la mère. ...

5 nov. 2020 ·  BD

Eli & Gaston T1

Si vous avez envie d’une balade en forêt pour profiter des belles couleurs de l’automne, mais qu’il pleut dehors – ou que vous avez déjà utilisé votre attestation de sortie pour la journée – plongez-vous dans ce premier tome des aventures d’Eli & Gaston intitulé L’esprit de l’automne. Les couleurs sont chatoyantes et les dessins agréables avec un côté cartoon qui correspond bien au genre. L’histoire est celle d’une petite fille prénommée Eli et de son chat Gaston qui partent en vacances à contre coeur chez la grand-mère qui habite une campagne reculée. Ce séjour leur réserve quelques surprises, ils vont être confrontés à d’anciennes légendes et ne verront plus jamais les vacances à la campagne du même oeil. ...

Anatomie d'un instant

Ce livre aurait pu s’appeler autopsie d’un instant tant il examine avec une précision chirurgicale le coup d’état qui a eu lieu en Espagne le 23 février 19811 – mais le titre est très bien ainsi, il est parfait. Javier Cercas décortique cet évènement en partant, en excellent romancier qu’il est, de son point d’orgue: l’irruption dans l’hémicycle de la chambre du Parlement espagnol, en pleine séance du second vote d’investiture du président du gouvernement, de militaires armés. Ne vous y trompez pas, Cercas, malgré son remarquable talent d’écrivain, ne romance pas cet évènement historique car, il en a pleinement conscience, la réalité surpasse la fiction. ...

En cuisine avec Alain Passard

Gastronomie et bande dessinée font souvent bon ménage. Alors un grand chef, Alain Passard, raconté par un grand dessinateur de BD, Christophe Blain, donne forcément un grand livre ? Eh bien, pas forcément. Comme en cuisine, le tout n’est pas égal à la somme des parties, le syndrome de la mayonnaise ratée, même si on n’en est pas là, on reste un peu sur notre faim. Ce résultat en demi-teinte est la conséquence d’une indigestion de scènes trop similaires, celles des recettes. Elles se ressemblent toutes et apparaissent comme répétitives et lassantes. Dommage car la partie qui relève le livre, la visite dans l’un des jardins du chef est relégué vers la fin alors qu’elle constitue la matrice de ce qu’a voulu créer Alain Passard lorsqu’il a fait le choix audacieux et courageux de retirer la viande rouge de son menu, alors même qu’il était un spécialiste renommé de sa cuisson, pour laisser le champ libre aux légumes. La visite du potager sarthois est un petit bijou, j’ai été ébahi par un tel savoir faire, une telle exploitation raisonnée de la nature. ...

18 oct. 2020 ·  BD

Chroniques de l'oiseau à ressort

J’avais un tel bon souvenir de ce livre, lu il y a un quinzaine d’années, que j’ai décidé de le relire. Ce n’est pas une décision sans conséquence tout d’abord car le livre compte tout de même 850 pages et ensuite car relire – comme revoir – une oeuvre est prendre le risque de gâcher le souvenir enchanté de la première impression – il peut s’évanouir définitivement. Heureusement, j’ai évité cet écueil et cette relecture n’a fait que conforter ma première impression. Je trouve même qu’il s’agit très certainement de l’un des livres d’Haruki Murakami les plus aboutis – si ce n’est peut-être plus abouti, je n’ai pas encore tout lu, mais presque. Il contient l’essence de son oeuvre. J’ai même été surpris de constater qu’il a beaucoup de points communs avec son dernier livre, Le meurtre du commandeur: le puits / le sous-terrain, le passage entre les réalités, la présence de la guerre sino-japonaise, la disparition d’une soeur. ...

Sacrées sorcières

Méfiez-vous des sorcières et encore plus de leur reine car elles sont partout. Elles camouflent leur apparence sous des perruques, des gants et des chaussures. Le dernier point est certainement le moins connu et le plus facile à identifier, elles n’ont pas d’orteils – vous n’en croiserez donc pas en tongs à la plage. Dans la masterclasse1 qui lui a été consacrée, Pénélope Bagieu avoue avoir trouvé et utilisé ce subterfuge pour éviter de dessiner les pieds car elle dit ne pas savoir. Il faudra vérifier dans le livre de Roald Dahl2 s’il évoque cette particularité physique, puisqu’il s’agit d’une adaptation de son livre en BD. Méfiez-vous donc surtout si vous êtes un enfant puisqu’elles les détestent par dessus tout et veulent les éradiquer. Cette mise en garde est faite par la grand-mère à l’intention de son petit fils qu’elle a recueilli et qu’elle élève désormais. Mais que penser alors des pieds de la grand-mère ? ...

Ploutocratie

Quand j’ai emprunté cette BD à la bibliothèque, je me suis dit tiens encore une dystopie. Et puis les dessins ne m’ont pas trop attiré. Tout ceci pour dire que je n’étais pas très enthousiaste en commençant cette bande dessinée dont je n’avais jamais entendu parler et dont je ne connaissais pas son auteur, l’espagnol Abraham Martinez. En débutant ma lecture, je ne sais donc pas trop quoi en penser, je vois bien l’idée du scénario inspiré de la dérive actuelle, mais je peine à croire qu’il soit crédible – pourquoi pas après tout, mais je reste quand même sceptique et ça m’empêche d’entrer vraiment dans l’histoire. Quant aux dessins, ils sont vraiment très marqués, très particuliers, très noirs, certains personnages sont volontairement moches. Je sais que c’est un choix délibéré, mais ce n’est pas très agréable – je sais ce n’est pas fait pour l’être – mais ça n’aide pas à apprécier la BD. Dans le genre dystopie récente en BD je trouve que Préférences Systèmes a mis un grand coup y compris sur l’aspect graphique. Puis, des références, dans les dessins et dans le texte, à Ayn Rand et à son livre Atlas Shrugged1 ravivent mon intérêt. ...

25 sept. 2020 ·  BD  ♥

Dune

Dune, le grand oeuvre de Frank Herbert est certainement, avec Hypérion1 et Fondation, l’un des romans les plus connus de la science fiction. Comme il date de 1965, on peut le considérer comme un classique du genre. Et c’est peut-être la première chose qui frappe en lisant ce livre. Il n’a rien d’un classique, il n’est pas du tout daté dans sa forme et même étonnamment d’actualité sur le fond puisqu’il aborde des thèmes aussi contemporains que l’écologie, la géopolitique de l’accès aux ressources et les guerres, dont le djihad – ce sont aussi malheureusement des sujets qui ont tendance à rester d’actualité quelque soit l’époque. ...

Yoga

Emmanuel Carrère serait-il en train de concurrencer Christophe André sur son terrain ? J’ai beaucoup d’admiration pour lui – je parle d’Emmanuel Carrère sans dénigrer Christophe André – et je considère qu’il est, avec Michel Houellebecq, l’un des plus grands auteurs français de sa génération, j’ai aussi beaucoup de goût pour son travail et notamment pour ses derniers livres qui ne sont pas des romans – j’ai terminé mon disclaimer. Mais avec Yoga, j’ai eu la désagréable impression que ce livre n’avait pas de sujet, qu’il était un conglomérat, plus proche d’un journal – d’ailleurs les courts chapitres dont les titres s’enchaînent sans saut de page rappellent le format du journal –, fait d’un livre sur le yoga avorté, d’une expérience de la dépression vécue à un moment de la vie et de la confrontation avec le malheur à l’état brut, celui des réfugiés que l’on nomme aussi les migrants. ...

Zone

C’est l’un des plus grands livres que j’ai lu. C’est un livre antérieur à Boussole dans lequel Mathias Énard utilise le même procédé du monologue intérieur, du courant de conscience. Le tempo du récit n’est pas réglé cette fois sur les heures qui s’écoulent au cours d’une nuit d’insomnie, mais sur les kilomètres qui séparent Milan de Rome sur la voie de chemin de fer, au rythme de un kilomètre par pages sur 500 kilomètres – soit environ 500 pages. Le récit est fait d’une seule phrase interrompue seulement par l’insertion de quelques chapitres d’un livre que lit Francis, le narrateur, dans le train – je m’inquiétais de l’impact négatif de ce procédé sur la lecture, mais à mon grand étonnement, il n’en a aucun et a l’avantage de représenter au plus près le cheminement de la pensé. ...

L’arabe du futur T2-3

Passée la surprise du premier tome, on se penche plus en détail – j’aurais pu dire plus sereinement, mais je ne sais pas si c’est vraiment le cas – sur la vie quotidienne en Syrie, et notamment sur son système éducatif, c’est-à-dire plus prosaïquement l’école. Et c’est pour le moins surprenant voire choquant pour notre regard d’occidental – j’ai bien souvenir d’avoir entendu parler des coups de règle sur les doigts que les maîtres infligeaient parfois à la génération de mes parents, mais là on se situe un bon cran au-dessus me semble-t-il. Cette impression est largement partagée par la mère du jeune Riad qui semble avoir de plus en plus de mal à vivre dans ce pays si différent du sien. Pourtant le père de Riad, Abdel, s’échine à améliorer le quotidien et tente de le rendre plus agréable ou supportable pour sa famille. Même les visites sur le site antique de Palmyre et les vacances au bord sur la cote à Lattaquié ne sont qu’un palliatif et ne suffisent pas à compenser le confort rudimentaire du village de Ter Maaleh où vivent les Sattouf. ...

29 août 2020 ·  BD

UNIX

Comme l’indique le sous-titre A History and a Memoir il s’agit pour Brian Kernighan – le K du célèbre K&R – de rédiger un livre de souvenirs qui tient lieu à la fois d’histoire d’Unix – ou UNIX. C’est aussi à l’inverse un livre sur l’histoire d’Unix qui contient des anecdotes sur cette aventure et sur sa matrice, le Bell Labs et son fameux département 1127. Kernighan insiste d’ailleurs beaucoup tout au long du livre sur l’importance de cette structure et des personnes qui y ont été rassemblées. C’est-à-dire sur l’aspect organisationnel et collaboratif. Les membres de ce département formaient ce qui est appelé une jelled team dans le livre Peopleware et Brian Kernighan semble être du même avis que les auteurs de ce livre pour dire que ces liens ne se nouent pas de façon artificielle. ...

Le Troisième Testament

La parole de Dieu ! Non plus interprétée par l’Homme, mais littérale ! Dictée dans les mots qui ont suscité toutes choses ! Ces mots qui ont exilé Adam et béni Abraham. Ces mots qui se gravent dans la roche et commandent aux Hommes. Un verbe tout-puissant, le Troisième Testament ! Je ne sais pas si cette série a inauguré le genre ésotérique – que j’appelais aussi mystico-religieux – en bande dessinée, mais elle en est sans aucun doute une des meilleures représentantes. Suite à la parution du premier tome en 1997, d’autres séries de qualité ont été publiées dans son sillage comme Le Décalogue1 ou encore Le Triangle secret. Le Troisième Testament semble être inspiré, ou en tout cas partage de nombreux points communs, avec Le Nom de la rose2 adapté au cinéma en 1986. Les thèmes sont très proches, les deux histoires se déroulent à la même époque, et le design des personnages a un air de ressemblance avec la distribution du film tant on croit reconnaitre Sean Connery en Conrad de Marbourg et F. Murray Abraham en Bernardo Gui – c’est le rôle qu’il tenait dans le film. C’est ce dernier personnage d’inquisiteur qui m’a mis la puce à l’oreille car je ne savais pas, avant de m’y intéresser, que ce livre regorge de personnages réels ou, pour être plus précis, de personnages s’inspirant de personnages ayant existé. Pour plus d’information, je vous renvoie à l’article de Wikipédia consacré à la série. Ajoutez à cela une jeune et jolie héroïne au décolleté plongeant à donner des sueurs à toutes les robes de bure aux alentours et une horde stylisée et vous obtenez un panel de personnages qui tient largement la route. Un dernier mot sur l’esthétique – j’englobe en disant cela les dessins ainsi que les choix artistiques – qui est l’un des atouts de la série, il n’y a qu’à observer la couverture des albums pour s’en convaincre. Malgré la vingtaine d’années qu’ils accusent, les dessins, sublimés – je pense – par de la couleur directe, restent un des atouts de la série et proposent quelques décors somptueux comme la lugubre et impressionnante île forteresse de Stornwall. ...

13 août 2020 ·  BD

Par les routes

Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui partent. Et ceux qui restent. Et c’est un peu ça l’histoire de ce livre. Deux personnages, Sacha qui vient s’installer dans une petite ville du sud de la France simplement désignée par son initiale V. pour y trouver le calme qui sera propice à son projet d’écriture et qui retrouve là, par hasard – le hasard et l’un des grands thèmes de ce livre –, une ancienne connaissance qu’il avait perdu de vue, volontairement, depuis des années, l’autostoppeur. Il ne sera pas désigné autrement – certainement car il n’est que de passage, toujours fuyant – qui, comme son nom l’indique est un nomade, un vagabond qui semble s’être sédentarisé dans cette petite ville. Il y a évidemment entre eux un troisième personnage, une femme. ...

Les Intéressants

Au début je me suis dit qu’il s’agissait d’un de ces romans mettant en scène des étudiants, une sorte de campus novel. Pour être précis, j’ai pensé à un livre que j’ai lu il y a très longtemps – et que j’avais beaucoup apprécié à l’époque – Le maître des illusions. De la même manière, ce roman s’intéresse à la vie d’un groupe d’adolescents qui se sont connus dans un camp de vacances dédié au développement des talents artistiques. Mais Les intéressants, ne se focalise pas sur ce moment en particulier, il le prend comme le point de départ qui va influencer profondément le destin de ces personnages. Ils vont lier une amitié lors de ces vacances qui changera toute leur vie. Tout le noeud du roman se situe dans ce passage. ...

Les cahiers d'Esther T1

Riad Sattouf est un auteur précieux qui sous un angle humoristique se pose en témoin de sa génération – son sujet de prédilection étant la vie quotidienne. Il semble réaliser avec la série des Cahiers d’Esther une synthèse de plusieurs de ses précédents ouvrages. Comme dans La vie secrète des jeunes il y a indéniablement un côté témoignage – anthropologique ou ethnologique pourrait-on dire – puisque la aussi, a priori tout est vrai ou au moins basé sur des faits réels – il faut malheureusement se rendre à l’évidence, on est plus proche de la réalité que de la fiction. ...

25 juil. 2020 ·  BD

L’origine de la violence

Lorsque j’ai retrouvé ce livre dans ma bibliothèque, je ne me souvenais même pas de l’avoir acheté – ça commence à devenir grave – et je connaissais encore moins son auteur Fabrice Humbert. Mais le titre bien choisi m’a donné envie. Cette lecture a donc été une totale découverte pour moi. Il s’agit d’un autre roman sur la Shoah et sur le traumatisme subi par les générations suivantes, c’est-à-dire par les descendants des victimes. Je le rapproche un petit peu d’un roman célèbre, Le choix de Sophie1 de William Styron, d’ailleurs il est cité dans le livre. ...

Walking Dead

Je ne suis pas un grand fan des zombies et je déteste tous les films du genre – sauf Shaun of the Dead qui est vraiment excellent –, idem pour les jeux vidéos, ils sont tout simplement affreux, les BD c’est à peine mieux – j’ai quand même bien aimé 30 jours de nuit1 de Ben Templesmith, pour ce qui est des livres, j’ai juste lu La nuit a dévoré le monde que j’ai beaucoup aimé, mais je ne pense pas qu’il soit représentatif du genre. Mais comment échapper à Walking Dead ? Bon j’ai essayé de regarder les 5 premières minutes de la série télé et je n’ai pas supporté. Mais peu de temps après, j’ai appris plusieurs choses sur le comic Walking Dead. ...

10 juil. 2020 ·  BD  ♥