L’arabe du futur T2-3

Passée la surprise du premier tome, on se penche plus en détail – j’aurais pu dire plus sereinement, mais je ne sais pas si c’est vraiment le cas – sur la vie quotidienne en Syrie, et notamment sur son système éducatif, c’est-à-dire plus prosaïquement l’école. Et c’est pour le moins surprenant voire choquant pour notre regard d’occidental – j’ai bien souvenir d’avoir entendu parler des coups de règle sur les doigts que les maîtres infligeaient parfois à la génération de mes parents, mais là on se situe un bon cran au-dessus me semble-t-il. Cette impression est largement partagée par la mère du jeune Riad qui semble avoir de plus en plus de mal à vivre dans ce pays si différent du sien. Pourtant le père de Riad, Abdel, s’échine à améliorer le quotidien et tente de le rendre plus agréable ou supportable pour sa famille. Même les visites sur le site antique de Palmyre et les vacances au bord sur la cote à Lattaquié ne sont qu’un palliatif et ne suffisent pas à compenser le confort rudimentaire du village de Ter Maaleh où vivent les Sattouf. ...

29 août 2020 ·  BD

UNIX

Comme l’indique le sous-titre A History and a Memoir il s’agit pour Brian Kernighan – le K du célèbre K&R – de rédiger un livre de souvenirs qui tient lieu à la fois d’histoire d’Unix – ou UNIX. C’est aussi à l’inverse un livre sur l’histoire d’Unix qui contient des anecdotes sur cette aventure et sur sa matrice, le Bell Labs et son fameux département 1127. Kernighan insiste d’ailleurs beaucoup tout au long du livre sur l’importance de cette structure et des personnes qui y ont été rassemblées. C’est-à-dire sur l’aspect organisationnel et collaboratif. Les membres de ce département formaient ce qui est appelé une jelled team dans le livre Peopleware et Brian Kernighan semble être du même avis que les auteurs de ce livre pour dire que ces liens ne se nouent pas de façon artificielle. ...

Le Troisième Testament

La parole de Dieu ! Non plus interprétée par l’Homme, mais littérale ! Dictée dans les mots qui ont suscité toutes choses ! Ces mots qui ont exilé Adam et béni Abraham. Ces mots qui se gravent dans la roche et commandent aux Hommes. Un verbe tout-puissant, le Troisième Testament ! Je ne sais pas si cette série a inauguré le genre ésotérique – que j’appelais aussi mystico-religieux – en bande dessinée, mais elle en est sans aucun doute une des meilleures représentantes. Suite à la parution du premier tome en 1997, d’autres séries de qualité ont été publiées dans son sillage comme Le Décalogue1 ou encore Le Triangle secret. Le Troisième Testament semble être inspiré, ou en tout cas partage de nombreux points communs, avec Le Nom de la rose2 adapté au cinéma en 1986. Les thèmes sont très proches, les deux histoires se déroulent à la même époque, et le design des personnages a un air de ressemblance avec la distribution du film tant on croit reconnaitre Sean Connery en Conrad de Marbourg et F. Murray Abraham en Bernardo Gui – c’est le rôle qu’il tenait dans le film. C’est ce dernier personnage d’inquisiteur qui m’a mis la puce à l’oreille car je ne savais pas, avant de m’y intéresser, que ce livre regorge de personnages réels ou, pour être plus précis, de personnages s’inspirant de personnages ayant existé. Pour plus d’information, je vous renvoie à l’article de Wikipédia consacré à la série. Ajoutez à cela une jeune et jolie héroïne au décolleté plongeant à donner des sueurs à toutes les robes de bure aux alentours et une horde stylisée et vous obtenez un panel de personnages qui tient largement la route. Un dernier mot sur l’esthétique – j’englobe en disant cela les dessins ainsi que les choix artistiques – qui est l’un des atouts de la série, il n’y a qu’à observer la couverture des albums pour s’en convaincre. Malgré la vingtaine d’années qu’ils accusent, les dessins, sublimés – je pense – par de la couleur directe, restent un des atouts de la série et proposent quelques décors somptueux comme la lugubre et impressionnante île forteresse de Stornwall. ...

13 août 2020 ·  BD

Par les routes

Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui partent. Et ceux qui restent. Et c’est un peu ça l’histoire de ce livre. Deux personnages, Sacha qui vient s’installer dans une petite ville du sud de la France simplement désignée par son initiale V. pour y trouver le calme qui sera propice à son projet d’écriture et qui retrouve là, par hasard – le hasard et l’un des grands thèmes de ce livre –, une ancienne connaissance qu’il avait perdu de vue, volontairement, depuis des années, l’autostoppeur. Il ne sera pas désigné autrement – certainement car il n’est que de passage, toujours fuyant – qui, comme son nom l’indique est un nomade, un vagabond qui semble s’être sédentarisé dans cette petite ville. Il y a évidemment entre eux un troisième personnage, une femme. ...

Les Intéressants

Au début je me suis dit qu’il s’agissait d’un de ces romans mettant en scène des étudiants, une sorte de campus novel. Pour être précis, j’ai pensé à un livre que j’ai lu il y a très longtemps – et que j’avais beaucoup apprécié à l’époque – Le maître des illusions. De la même manière, ce roman s’intéresse à la vie d’un groupe d’adolescents qui se sont connus dans un camp de vacances dédié au développement des talents artistiques. Mais Les intéressants, ne se focalise pas sur ce moment en particulier, il le prend comme le point de départ qui va influencer profondément le destin de ces personnages. Ils vont lier une amitié lors de ces vacances qui changera toute leur vie. Tout le noeud du roman se situe dans ce passage. ...

Les cahiers d'Esther T1

Riad Sattouf est un auteur précieux qui sous un angle humoristique se pose en témoin de sa génération – son sujet de prédilection étant la vie quotidienne. Il semble réaliser avec la série des Cahiers d’Esther une synthèse de plusieurs de ses précédents ouvrages. Comme dans La vie secrète des jeunes il y a indéniablement un côté témoignage – anthropologique ou ethnologique pourrait-on dire – puisque la aussi, a priori tout est vrai ou au moins basé sur des faits réels – il faut malheureusement se rendre à l’évidence, on est plus proche de la réalité que de la fiction. ...

25 juil. 2020 ·  BD

L’origine de la violence

Lorsque j’ai retrouvé ce livre dans ma bibliothèque, je ne me souvenais même pas de l’avoir acheté – ça commence à devenir grave – et je connaissais encore moins son auteur Fabrice Humbert. Mais le titre bien choisi m’a donné envie. Cette lecture a donc été une totale découverte pour moi. Il s’agit d’un autre roman sur la Shoah et sur le traumatisme subi par les générations suivantes, c’est-à-dire par les descendants des victimes. Je le rapproche un petit peu d’un roman célèbre, Le choix de Sophie1 de William Styron, d’ailleurs il est cité dans le livre. ...

Walking Dead

Je ne suis pas un grand fan des zombies et je déteste tous les films du genre – sauf Shaun of the Dead qui est vraiment excellent –, idem pour les jeux vidéos, ils sont tout simplement affreux, les BD c’est à peine mieux – j’ai quand même bien aimé 30 jours de nuit1 de Ben Templesmith, pour ce qui est des livres, j’ai juste lu La nuit a dévoré le monde que j’ai beaucoup aimé, mais je ne pense pas qu’il soit représentatif du genre. Mais comment échapper à Walking Dead ? Bon j’ai essayé de regarder les 5 premières minutes de la série télé et je n’ai pas supporté. Mais peu de temps après, j’ai appris plusieurs choses sur le comic Walking Dead. ...

10 juil. 2020 ·  BD  ♥

En Russie

L’une des facettes d’Olivier Rolin est d’être ce que l’on appelle communément un écrivain voyageur, il a ainsi publié plusieurs volumes que l’on pourrait ranger dans la catégorie des récits géographiques. Parmi eux, En Russie a attiré mon attention. Olivier Rolin a un tropisme pour ce pays, ou plutôt pour cette vaste région du monde. Voici ce qu’il écrit à ce propos dans la préface à l’édition publiée dix ans après la première parution de son livre. ...

Comment je suis devenu stupide

Ceux qui pensent que l’intelligence a quelque noblesse n’en ont certainement pas assez pour se rendre compte que ce n’est qu’une malédiction. Martin Page a consacré un livre à ceux que l’on appelle les surdoués, les hauts potentiels ou de manière – je trouve – plus appropriée les zèbres. J’ai croisé ce terme pour la première fois en lisant Petit guide à l’usage des gens intelligents qui ne se trouvent pas très doués et j’avais à cette occasion entendu parlé du roman de Martin Page dont il est question ici. L’histoire est celle d’un jeune homme chez qui, et pour qui, l’intelligence est une tare. Elle est plus qu’un frein, elle est une barrière dans à peu près tous les registres de son existence et l’empêche en résumé de vivre une vie “normale”. Le problème se situe bien dans cette notion de normalité qui n’existe pas ou qui est artificiellement fabriquée. Elle est un produit de la société moderne qui créée bien des déboires à de nombreuses personnes qui pensent se trouver en dehors de leur perception de cette notion de normalité. ...

Deuxième génération

Ce roman graphique est un récit autobiographique d’un enfant de la deuxième génération autrement dit les enfants des survivants de la Shoah. Il s’inscrit donc dans la même veine que Maus1, filiation que l’auteur revendique de façon explicite puisqu’il raconte même avoir essayé en vain de le faire lire à son père. À la différence de son illustre aîné qui abordait les deux époques (le passé dans les camps et l’après, la génération du fils), ce livre se concentre exclusivement sur la vie après les camps. Ou comment construire une famille lorsque la sienne a été décimée par les nazis. Les scènes du passé ne sont évoquées qu’à l’occasion d’histoires racontées par le père de l’auteur. ...

19 juin 2020 ·  BD

Légendes de la Garde HS1

Lorsque j’ai eu vent – un peu tardivement il est vrai – de la sortie d’un nouveau tome des Légendes de la Garde mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis rué dans ma librairie. Je suis un grand fan de la série et j’ai mis ce volume sous mon bras après l’avoir cherché pendant deux bonnes minutes qui m’ont semblé durer un quart d’heure. Une fois de plus je suis victime de la psychose de l’indisponibilité hypothétique des ouvrages que je soupçonne les éditeurs d’entretenir. ...

13 juin 2020 ·  BD

La maladie de Sachs

Ce n’est un secret pour personne – ou presque –, Martin Winckler est un pseudonyme, peut-être même l’un des plus connus de la littérature contemporaine. Dans la vraie vie il se nomme Marc Zaffran et exerce, ou plutôt exerçait, la profession de médecin généraliste. Et c’est précisément ce livre qui est en rapport avec son métier qui l’a fait entrer en littérature par la grande porte et l’a rendu célèbre sous son nom d’emprunt. De quoi s’agit-il ? En fait il s’agit d’un roman inspiré de faits réels écrit pour donner l’illusion du réel. Tout ceci est un peu paradoxal et pas très clair – c’est le serpent qui se mord la queue –, mais c’est pourtant a peu près ça. Son objectif est de raconter le quotidien de ce que l’on appelle communément le médecin de campagne – en fait, plus prosaïquement, un médecin généraliste de petite ville ou de village. ...

Persepolis

Ce livre de la belle maison d’édition L’Association a connu la célébrité grâce à son adaptation très réussie au cinéma. Persepolis est une autobiographie puisque Marjane Satrapi raconte une partie de sa vie, de son enfance à l’entrée dans l’âge adulte. La particularité de Marjane – si l’on met de côté son caractère bien trempé – est qu’elle a grandi en Iran durant une période pendant laquelle ont eu lieu la révolution et l’instauration du régime islamique, puis la guerre contre l’Irak. Dès l’instauration du régime islamique les choses ont bien changé et les Satrapi devaient se cacher pour vivre en obturant leurs fenêtres à l’aide de rideaux noirs. Voici ce qui était arrivé à l’un de leurs voisins. ...

2 juin 2020 ·  BD  ♥

Le Meurtre du Commandeur T2

J’avais cru, après la lecture du premier tome, que l’histoire allait prendre de l’ampleur dans le second tome, que les éléments patiemment mis en place allaient enfin s’assembler pour créer une histoire belle, profonde et très originale. Mais j’ai l’impression que tout cela n’est jamais arrivé. Il est vrai que la lecture est plaisante, mais tant de pages pour si peu de densité, c’est un peu exagéré. Même si la phrase de Murakami est toujours aussi agréable, ce n’est pas suffisant sur la durée – vu la longueur totale des deux tomes. Je sais que tout n’est pas au premier degré et que certaines choses ne sont qu’évoquées, mais tout de même. Je pense avoir déjà constaté ce défaut dans les livres les plus récents de Murakami comme 1Q84, mais ici c’est le summum. A contrario on ne peut pas reprocher à l’auteur japonais de faire dans le main stream, dans le roman calibré où chaque chapitre se termine par un cliffhanger – on en est loin. ...

La Saga de Grimr

Une saga (mot islandais, pluriel sögur) est un genre littéraire développé dans l’Islande médiévale, aux xiie et xiiie siècles, consistant en un récit historique en prose, ou bien une fiction ou légende. – Wikipedia C’est par un retour aux sources sur le sol de feu de glace islandais au Moyen Âge que Jérémie Moreau a souhaité livrer sa saga. Ce qui est intéressant dans son approche c’est qu’il n’utilise pas un personnage existant, mais en crée un de toute pièce. Son destin est intimement lié à celui de sa terre natale et à ce qui en est l’une des particularités les plus notables, ses volcans. Comme eux, il est doté d’un tempérament bouillonnant et imprévisible. Il personnifie l’Islande, sa chevelure rousse flamboyante et sa force hors du commun en sont la parfaite illustration – il est comparé à la créature des légendes scandinaves le troll. ...

20 mai 2020 ·  BD

Portugal

Portugal est une oeuvre majeure de la bande dessinée moderne. L’avalanche de prix qu’elle a reçu est là pour en attester. Cette consécration est amplement méritée tant l’ouvrage est abouti sur tous les plans. Scénaristiquement c’est la perfection. Un jeune homme qui entre dans l’âge adulte est en plein doute, désorienté et franchement au bord de la déprime. Il a peur de s’engager et sa relation bat de l’aile. C’est à ce moment, qu’à l’occasion d’un mariage, il va retrouver sa famille et renouer avec elle. Ce sera pour lui le début d’une nouvelle vie, un retour aux sources. Il partira bientôt en quête de ses racines, sur les traces de son grand-père au Portugal. C’est émouvant, profond, subtil, poétique et parfaitement bien mené, sans temps mort. Une vraie réussite, un scénario et une narration qui frôlent la perfection s’ils ne l’ont pas atteinte. ...

15 mai 2020 ·  BD  ♥

Lire !

Lire ! est un recueil de textes sur la lecture écrit à quatre mains par Bernard Pivot et sa fille Cécile. Cet ouvrage est agrémenté de photos et d’illustrations particulièrement bien choisies. J’aime habituellement ce genre de livres consacrés à la lecture en voici quelques exemples plus ou moins réussis Bouquiner Les vertes lectures Premier bilan après l’apocalypse Dernier inventaire avant liquidation Journal d’un lecteur1 Mais ici on a à faire à une succession de banalités. Sans le nom de Pivot ce livre n’aurait jamais été publié. Les seules parties dignes d’intérêt sont celles qui relatent les anecdotes du temps où Bernard Pivot animait l’émission Apostrophes2. A part ces maigres consolations, tout le reste de son contenu est insipide et la qualité des textes, utilisant des polices de caractères différentes en fonction de son auteur – le classissisme du serif pour Bernard et la modernité du sans serif pour Cécile, quelle originalité –, ne rattrapent pas la platitude des propos – notamment ceux tenus par Cécile Pivot. Il s’agit donc d’un livre objet à laisser trainer sur une table basse. ...

Le Photographe

J’ai reçu cette belle intégrale lorsque j’ai quitté ma première entreprise – pour le dire vite, ça remonte un peu. Je ne sais pas pourquoi je ne l’avais pas lue depuis et je ne sais pas non plus pourquoi j’ai eu envie de la lire maintenant – peut-être que le confinement n’est pas étranger à cet appel des grands espaces. Et c’est peu de dire que j’ai pris une énorme claque, cette BD est un monument. ...

1 mai 2020 ·  BD  ♥

Metro 2033

Ce livre est fondé sur une particularité du métro de Moscou. Premièrement il est monumental, certaines stations ressemblent à des palais recouverts de marbre, deuxièmement ce métro a été conçu et construit en partie pour être un abris anti-atomique. La construction de la partie profonde de la ligne “Arbatskaïa” est terminée au début de la Guerre froide. Les stations profondes devaient servir d’abris contre les bombardements en cas de guerre nucléaire. ...